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 [Nouvelle] Visions

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Gordon Blake

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Date d'inscription : 31/12/2010
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MessageSujet: [Nouvelle] Visions   Ven 31 Déc - 22:04

Visions


Une lumière. Une vague lumière. Une vague lumière au milieu des ténèbres. Elle apparut soudainement. Elle n'était en aucun cas réconfortante. Il ne s'agissait pas du Soleil. Des ombres blanches flottaient dans l'air, et je les identifiais péniblement, en faisant quelques efforts, comme étant de la brume. Je tiens à préciser que mon acuité visuelle était pratiquement nulle, et ce depuis toujours. Des gouttelettes de pluie tombaient avec abondance, ainsi que la sensation qu'elles laissaient au contact de ma peau et le bruit qu'elles faisaient au contact du bitume me laissaient deviner. Derrière la lumière je distinguais vaguement un grand objet massif, d'une couleur chatoyante, un splendide rouge éclatant au travers de l'obscurité, frappant ma rétine tel un éclair flamboyant. Un bruit sec et violent de contact se fit entendre. Puis la lumière disparut. Tout bascula. Tout disparut, aussi rapidement que tout était apparu, dans le clignement d'un oeil, en l'espace de quelques misérables secondes. Les ténèbres dominaient.

Je me réveillais, en sueur. Il s'agissait du même rêve que je faisais depuis ce qui me semblait une éternité, au point que je ne puisse m'en souvenir clairement. Chaque jour, je me réveillais de la même manière, au point d'en finir par craindre mon sommeil. Chaque jour, de nouveaux détails, indéterminables avec clarté, s'ajoutaient subrepticement. Les premières fois, je n'avais vu que la lumière m'aveuglant. Chaque jour, la vision se faisait de plus en plus claire, de plus en plus menaçante, de plus en plus réelle. Je ressentais véritablement de la peur, et je me surpris à sursauter en apercevant la lumière de l'aube à travers les rideaux de ma chambre.

Reprenant mes esprits, je me levais, m'habillais rapidement. Ma femme dormait toujours à mes côtés et sa présence, bien qu'elle fut endormie, me rassura. Je vérifiai également dans sa chambre que ma fille dormait toujours. C'était le cas. L'embrassant sur le front, je sortis de la chambre et me prépara sommairement, avec une sorte de maussade lassitude, bien que la peur s'était évanouie. Simplement, je pressentais que quelque chose allait se produire aujourd'hui, et je commençais à douter quant à la nature de cet évènement à venir, si toutefois il advenait. Il était ma foi fréquent que je ressente cela, surtout depuis que ces maudites visions torturaient mon sommeil. Mais aujourd'hui, quelque chose semblait différent, quelque chose d'imperceptible qui semblait se situer au-delà des gouffres de l'infini, du temps et de l'espace de ce monde, paraissait s'éveiller. Oui, c'était différent.

Je partais travailler. Il n'est d'aucune nécessité que je décrive mon travail ici. Sachez simplement que ce n'était pas le travail le plus intéressant, le mieux payé ou le plus facile à exécuter, mais il me convenait. Il permettait à ma famille de subvenir à ses besoins, et je pense bien que c'est là l'essentiel. Notez qu'il me permettait également de développer mon imagination et ma créativité, mais en dire plus ne servirait à rien. J'étais donc sur le trottoir, attendant que parmi la foule des automobilistes pressés quelqu'un de moins pressé daignerait me laisser passer.

Mais soudainement, un bruit déchira le ciel. Celui-ci s'était complètement obscurci pendant une seconde ou moins, avant de retrouver son aspect naturel tout aussi rapidement. Des blocs gris se déversaient en masse sur le sol, formés d'un solide béton. Des blocs de poussière immenses se soulevaient dans un énorme fracas tandis que le béton s'écroulait avec une incroyable violence sur la route. Rien ni personne n'y prêtait attention. Les voitures traversaient les blocs comme s'il s'agissait de fantômes imperceptibles provenant d'un autre univers, venus ici porteurs de quelque message ou autre sinistre nouvelle. La source de tout ce fracas était un grand immeuble, désormais pratiquement réduit à l'état de ruines, bien que l'entrée, le premier étage et une moitié du second subsistent. Des gens continuaient d'entrer, de sortir ou de passer devant le bâtiment. Ils ne montraient aucun signe d'anxiété ou de peur, ou au contraire de particulier bonheur. Ils semblaient ne pas remarquer ce qui s'était passé. Le ciel changea encore et un nouveau bruit se fit entendre.

Il s'agissait d'un cri. Je sursautais, observant tout autour de moi : aucune voiture ne s'était arrêtée, aucun passant ne semblait l'avoir remarqué. Pourtant, le cri, aigu, avait été parfaitement audible. J'en étais persuadé. D'autres bruits se firent entendre. D'autres cris, mais également des sons d'une autre origine. Mon ouïe était particulièrement sensible, en dépit de ma vue, et ainsi il me semblait entendre le bruit de la pluie qui tombait, celui d'une armée de gouttelettes s'entrechoquant violemment contre la noirceur du bitume ou encore le crissement aigu et profondément désagréable des pneus d'une voiture. Personne ne réagissait davantage qu'auparavant. Je levais les yeux vers le ciel pour constater que le soleil brillait, malgré l'omniprésence de nuages filtrant ses rayons, donnant à la ville un aspect poussiéreux et morne.

Les cris se renforçaient. Ils étaient nombreux mais parmi eux un se distinguait. Une voix d'origine féminine. Il me semblait très bien connaître cette voix, bien qu'elle fut déformée par un mélange de désespoir et de tristesse. Je n'avais aucun doute là-dessus. Il s'agissait de la voix de ma femme. Elle hurlait mon prénom, comme si je venais de mourir sous ses yeux ... Elle hurlait mon nom, ponctuant ses cris de sanglots et de prières adressées à quelque dieu. Les bâtiments continuaient à s'écrouler, les uns après les autres, avec toujours plus de violence, déformant complètement la structure du sol même. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais rien de ce qu'il se passait. Je regardais tout autour de moi. Personne ne réagissait. Personne.

Ma femme n'était nulle part autour de moi. Elle dormait par ailleurs très certainement toujours, tout comme ma fille. Et surtout, le fait le plus étonnant était que je ne souffrais d'aucun traumatisme, d'aucun coup violent ou autre. La circulation était toujours aussi fluide. Les cris cédèrent leur place à ce que je reconnaissais être une sirène. Une sirène de police ou d'ambulance. J'entendais également le bruit du moteur du véhicule, mêlé aux tintements aigus de la sirène. Le ciel continuait de se modifier, avec un rythme de plus en plus élevé, dans la parfaite indifférence générale, au point qu'au bout d'un certain temps c'aurait été sa soudaine blancheur qui aurait suscité quelque interrogation.

Soudain, le ciel changea pour de bon. Il n'y avait plus de soleil ou de lumière. Tout ce qui permettait encore de voir était les phares des voitures qui traversaient les routes distordues en bafouant toutes les lois de la physique, me comblant d'horreur et d'incompréhension. Le monde semblait au bord de l'annihilation. Si jamais l'Apocalypse devait avoir une forme parmi toutes, ce serait ce que j'avais devant mes yeux. Un amas infini de véhicules passant à travers de fantomatiques et pourtant, je l'avais constaté, tangibles blocs, comme si rien n'était sur leur route. Aucun bâtiment n'était plus indemne autour de moi. Le sol était profondément marqué par l'impact de ces blocs. Et pour finir, le ciel n'existait plus. Il avait tout simplement disparu. Aucun astre ne s'y trouvait, aucune étoile, pas même la Lune. La seule lumière qui existait, c'était celle des phares des voitures.

J'avançais, abasourdi, vers la chaussée. Plus rien n'avait aucun sens, tout n'était que folie. Je priais un instant avec toute ma conviction tous les dieux que je connaissais, je priais pour que je sois fou, je priais pour que tout ceci ne soit qu'un rêve, qu'un immonde et indicible cauchemar dans un esprit torturé. Je priais. Je pensais à ma famille. Où étaient-ils ? Etaient-ils vivants ? La seule réponse à mes questions était le bruit de la sirène de l'ambulance d'une scène que je ne pouvais pas voir.

Le flot des voitures s'était arrêté. Tout était obscur. Tout était noir. Tout n'était que ténèbres. Je ne sais pas combien de temps s'est alors écoulé. Tous concepts existants comme le temps ou la réalité avaient été abolis à la seconde où le premier bâtiment volait en éclats. Rien n'était réel. Tout était réel. Il s'était écoulé cinq minutes. Il s'était écoulé une heure. Non. Oui. Si. Non. Quoi. J'étais au bord du précipice de la folie, à deux misérables doigts de perdre ma santé mentale, quand la sirène s'éteignit et qu'une lumière apparut. Une lumière. Une vague lumière. Une vague lumière au milieu des ténèbres. Non, elle n'était pas réconfortante. La brume flottait dans l'air et la pluie tombait violemment sur le sol. J'avançais sur la chaussée, comme si la lumière était salvatrice, comme si m'en approcher aurait pu me tirer des ténébreux abysses de la folie où je menaçais de me noyer.

La lumière provenait d'une large voiture rouge qui avançait à toute allure. Un bruit sec et violent se fit entendre. Le sol se déroba sous mes pieds. Je n'avais rien senti de la collision. Mais les souvenirs frappaient ma mémoire comme des éclats lumineux. J'avais déjà vécu cette scène. J'avais déjà été heurté par cette voiture. Tout devenait clair. Parfaitement clair. Je comprenais absolument tout ce qui s'était passé.

Ma femme m'attendait de l'autre côté de la route. Il pleuvait et un épais brouillard était omniprésent. Aucune voiture ne semblait en vue et je traversais alors. C'est alors qu'une massive voiture d'un rouge éclatant surgit des ténèbres, camouflée par le brouillard abondant et traversa la route à toute allure. J'étais sur son passage. Le conducteur n'avait pas eu le temps de m'apercevoir ou de freiner. Il me heurta avec violence et je fus propulsé violemment vers l'avant. Ma tête retomba sur le bitume avec fracas, dans un bruit sourd, tandis que ma femme se précipitait vers moi, abasourdie et choquée.

Je ne me souvenais de rien d'autre. Mais je pouvais le deviner. Le ciel revint à la normale et tout le paysage déformé reprit une allure naturelle, comme si rien ne s'était passé. Comme si tout ce violent spectacle n'avait jamais eu lieu que pour que je me souvienne de ces évènements. Tout devenait clair. Tout était parfaitement clair.

J'étais prisonnier d'un profond coma, condamné à vivre dans les rêves jusqu'à ma mort ...

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Nouvelle écrite dans le cadre d'un concours auquel j'hésite à donner ma participation, sous le pseudonyme d'Abysse. N'hésitez pas à donner vos avis, qu'ils soient négatifs ou positifs, il s'agit de ma première nouvelle et je ne demande qu'à m'améliorer.
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Haganeren
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Visions   Dim 27 Mar - 13:54

Il aurait pu se réveiller à la fin. T'abuses. moai1

J'avais dit que je lirais un jour ou l'autre.
Pour ce qui est du scénario, j'avoue que je m'attendais à ce genre de fin mais faut dire aussi que j'ai l'esprit tordu.
Le plus dur ça a été le rapport avec l'objet rouge. Ça a bien brouillé les pistes donc ça c'était pas mal.
J'aime bien le fait que le héros ait une famille, ça change. moai1

Sinon tu as un style descriptif que je t'envie énormément et qu'il faut que tu gardes à tout prix. Même si j'y connais absolument rien, je trouve que tu écris très bien.
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