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 Tableau de la crise économique contemporaine

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Erfëa

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Messages : 52
Date d'inscription : 24/12/2010

MessageSujet: Tableau de la crise économique contemporaine   Dim 2 Jan - 4:42

Encore une fois, je me permets de vous transmettre ici un petit article que j'ai tapé sur la crise, où j'essaie d'en expliquer les tenants et les aboutissants. Je me suis appuyé pour cela sur certains de mes cours, sur mes manuels, et aussi sur des articles tirés d'Alternatives Economiques, un excellent magazine qui éclaire de façon claire l'actualité économique. Pour ceux qui voudraient aller plus loin, vous pouvez également lire La crise de Michel Aglietta, où les hors-séries qu'Alternatives Economiques a consacré à la question.

Je m'excuse d'avance pour l'apparente aridité des concepts et du vocabulaire employé, mais j'essaie d'en faire une explication aussi claire que possible à chaque fois que j'y fais appel. Si toutefois vous veniez à ne pas comprendre, vous pouvez bien entendu me poser les questions que vous estimerez nécessaire^^!



De la crise des subprimes à la crise financière
Quand cela a-t-il commencé?
Beaucoup d'analystes estiment qu'on est entré en crise à partir de l'automne 2008, bien qu'à certains égards la crise des subprimes aux Etats-Unis qui l'a précédé au cours de l'été 2007 ait pu jouer le rôle de catalyseur, et qu'à ce titre les Etats-Unis puissent être considérés comme en crise depuis décembre 2007. La date qui restera néanmoins dans les livres d'histoire sera probablement le 14 septembre 2008, lorsqu'un grand nombre d'établissements financiers américains entreèrent en situation de cessation de paiements et sont pour la plupart sauvés de justesse par la Fed (Federal Reserve, la Banque centrale américaine). Néanmoins, la chute du géant Lehman Brothers (créé en 1850) reste emblématique de la violence du krach boursier.

Revenons d'abord ici sur la crise des subprimes, ce qui nous permettra d'identifier les acteurs de la crise financière actuelle (ils ne changent pas beaucoup).

La crise des subprimes, kézako?
Un prime désigne aux Etats-Unis un crédit à la consommation fait aux ménages. Un subprime désigne quant à lui un crédit immobilier (dit hypothécaire) fait aux ménages populaires. Il se caractérise par un risque élevé (du fait de la forte probabilité de non-remboursement par les ménages susmentionnés), et donc en conséquence par un taux d'intérêt relativement élevé. Ce marché s'est développé durant les années 1980 jusqu'aux années 2000, jusqu'à représenter 110 milliards de dollars. L'expansion de ce marché a été rendue possible par deux phénomènes : premièrement, la formation d'une bulle spéculative qui faisait croître le prix de l'immobilier aux Etats-Unis (et requérait donc un prêt). Deuxièmement, une politique de taux directeur (et donc d'intérêt) bas pratiquée par la Fed, pour pallier les conséquences négatives de l'éclatement de la bulle Internet au début des années 2000.
La crise a donc, en conséquence, été rendue possible par le retournement simultané de ces deux conjonctures : d'une part, la bulle a éclaté (et le prix de l'immobilier s'est effondré). Autrement dit, ce dans quoi les débiteurs ont investi a subitement perdu de la valeur, rendant le remboursement du prêt hypothécaire encore plus difficile. D'autre part, la Fed a remonté progressivement son taux d'intérêt de 1% à 5%. Les débiteurs s'étant endettés à taux variable (le taux d'intérêt fluctue au cours du temps), ceux-ci se sont retrouvés étranglés.
Ici, on a un premier chainon de transmission de la crise : placé dans l'incapacité de rembourser, ceux-ci ont fait défaut vis-à-vis des banques qui leur avaient prêtées. Celles-ci, à leur tour, ont fait défaut vis-à-vis des autres banques, ce qui a entraîné une crise de confiance entre les banques. Or, la confiance est essentielle dans le fonctionnement du système financier.

STOP! Pourquoi?
Pourquoi? C'est le moment de faire un petit point sur le fonctionnement des banques.
Une banque est un agent économique qui prête et qui emprunte. Elle prête aux ménages, aux entreprises qui investissent. Elle emprunte aux ménages (qui déposent l'argent qu'ils ne consomment pas : c'est ce que vous faites quand vous épargnez). Le profit de la banque se compose de la différence entre le taux d'intérêt auquel elle emprunte, et du taux d'intérêt auquel elle prête. Le but du jeu pour une banque est donc d'équilibrer ses prêts et ses emprunts, de façon à ce que lorsque des gens viennent retirer leur argent, elle ne fasse pas défaut. On appelle crise de liquidité la situation dans laquelle la banque est temporairement incapable de rendre à ses créanciers (les ménages) l'argent qu'elle leur doit, et crise d'insolvabilité la situation dans laquelle les investissements qu'elle a financés ne lui permettent de toute façon pas de rembourser sa dette. Cette situation se résout généralement par un bankrun : tout le monde file à la banque, essaie de retirer tout l'argent déposé sur son compte, et la banque fait faillite. C'est ce qui rend la confiance en sa banque si importante. Pour ceux qui ont du mal à visualiser, regardez la crise de la banque d'Angleterre dans Mary Poppins, c'est exactement ça. Pour éviter cette situation, il existe des règles dites micro-prudentielles, qui consistent à imposer aux banques un seuil minimal de "réserves obligatoires". Ainsi, avec un seuil de réserves obligatoires de 10% une banque qui a 100 euros en dépôt ne pourra prêter que 90 euros (les 10 derniers euros étant déposé dans la réserve).
Cependant, on trouve une autre source de complication dans notre raisonnement : il n'y a pas qu'une banque, mais des banques. Ca a l'air évident, mais ça complique sensiblement les choses. En effet, lorsque vous achetez avec votre carte de crédit, ou que vous payez par chèque quelque chose, il se peut que le vendeur ne soit pas à la même banque que vous. Auquel cas, l'argent est transféré de votre compte à celui de la banque de votre vendeur. Cependant, cela pose un problème à la banque, car vous appauvrissez ses dépôts. De plus, comme elle ne peut pas "ouvrir un compte" à la banque (du type : "je te dois 100 que tu peux retirer quand tu veux), en vertu de la règle "Nul ne peut payer avec sa propre dette", elle est forcée de la payer en monnaie dite "centrale". La monnaie centrale est la monnaie émise par la banque centrale, qui représente pour les banques une capacité à produire de la monnaie (la monnaie "scripturale", celle qui est indiquée sur votre compte, mais aussi de la monnaie "fiduciaire" comme les billets par exemple).
Il peut donc arriver temporairement à une banque que ses réserves totales ne correspondent pas à ses réserves obligatoires : si le taux est de 10%, qu' elle a 100 euros, elle doit payer 20 euros, donc son total tombe à 80 euros. Tombant à 80 euros, ses réserves obligatoires doivent être de 8 euros. Elle ne peut donc prêter que 72 euros et plus 90 euros.
Pour régler ce problème, elle doit donc se refinancer. Pour cela, elle va sur le marché interbancaire, où elle peut emprunter auprès d'autres banques de la monnaie, pour un certain taux d'intérêt (comme sur tout marché où l'on prête).
Ce taux d'intérêt est encadré par deux taux : le taux dit des "facilités de dépôt" (une banque peut déposer à tout moment pour 24H de la monnaie ici, qui est rémunérée à un certain taux d'intérêt), et des "facilités de prêt" (ou taux directeur : une banque peut emprunter pour 24H à tout moment de la monnaie ici, pour un certain taux d'intérêt). Ces deux taux servent à minorer et majorer le taux auquel s'effectue les prêts sur le marché interbancaire.
Ce chaînon a joué un rôle bien plus important dans la propagation de la crise, puisqu'en situation de défiance, les banques refusent de se prêter les unes aux autres. Le refus de prêter entre banques a une incidence majeure sur tout le système économique, comme nous le verrons par la suite.

Bon, on peut reprendre le fil des évènements, vu qu'on comprend mieux pourquoi la confiance est essentiel au fonctionnement du système financier. D'ailleurs là vous vous posez sûrement une question, qui est : "d'accord, mais comment le système financier a pu dérailler à ce point? Une bulle spéculative ça se voit, et des crédits pourris aussi, non?"

On peut sérier une série de problèmes qui permettent de mettre en évidence pourquoi tout le système financier a déraillé.
Tout d'abord, il faut faire un petit état des lieux du système financier actuel. Ainsi, on peut signaler que les banques étaient jusqu'au début des années 80 divisées en deux catégories, banques d'affaires (chargées des investissements risqués, et éventuellement de financer des opérations de spéculation), et les banques de dépôt (tout est dans le nom : le livret A de la Caisse d'Epargne peut s'apparenter à ça). Cette division a depuis été abolie. C'est ce qui explique que des cadres supérieurs norvégiens qui épargnaient pour leur retraite se soient retrouvés privés de leur retraite alors même qu'ils ne se seraient jamais doutés qu'on prêtait à des Américains. Comme dirait mon prof d'éco : "en short les mecs! En short en Norvège, vous vous rendez compte?"
En fait, c'est même plus compliqué que ça. En effet, un prêt, en théorie, ça engage une banque et un débiteur (ici les ménages américains). Qui plus est, vu le niveau de risque, il est surprenant qu'on n'ait pas pu déterminer que beaucoup allaient faire défaut. Répondons d'abord à la première question.
En fait, on a pu observer un mouvement de titrisation. La titrisation, c'est la création de titres financiers (ou produits dérivés) alors même qu'on n'a que des crédits. Je ne vous détaille pas les produits dérivés (les swaps, les options, etc...), mais le principe est simple : vous vendez à quelqu'un un titre qui lui donne un droit dans six mois à l'argent écrit sur le titre. En clair : un ménage se fait prêter 100 et doit rembourser 100+le taux d'intérêt dans six mois dans six mois. Je crée un titre que j'échange sur un marché. Quelqu'un me l'achète à 200, et ne touche que 150 (taux d'intérêt de 50%. C'est juste pour que l'exemple soit parlant en fait) Je me suis fait 50 sur son dos. En fait c'est un peu le jeu de la patate chaude : vous vous refilez la bombe jusqu'à ce qu'elle explose sur vous.
En plus de ça, comme il a été dit, tout ceci était couplé à des crédits pourris. Pourquoi n'a-t-on pas détecté que c'était des crédits pourris?
Il existe en effet des agences de notation chargée de noter la qualité des crédits. En clair : AAA : forte probabilité de remboursement, CCC : "junk bonds", vous ne reverrez jamais votre argent. Le but du jeu pour les fabricants de produits dérivés a été de mixer ensemble des crédits AAA et des crédits CCC, de façon à ce que les agences de notation s'y perdent. Qui plus est, celle-ci étant indépendante du pouvoir politique, elles ont pu parfois se laisser corrompre par les banques soucieuses de refiler leurs produits dérivés. Aux Etats-Unis, Fannie Mae et Freddie Mac étaient les deux entreprises chargées de noter les produits dérivés. En plus de ça, les banques à qui on vendait ça ne comprenaient pas toujours bien en quoi tout ceci consistait, mais y voyait juste une opération spéculative juteuse.
La spéculation est en effet bien l'une des raisons principales de la crise des subprimes, et de la crise financière, rendue possible par l'excès de crédit des banques. Les hedge funds en particulier (ou fonds d'arbitrage) ont joué un rôle clef, puisque ceux-ci ont investi massivement dans des produits dérivés de tous types, à des seules fins spéculatives. Les hedge funds sont en fait des fonds qui rassemblent les retraites par capitalisation des personnes âgées. Elles sont particulièrement influentes dans la Sun Belt (Californie notamment).
Les banques centrales sont ainsi insuffisamment intervenues au cours de la période précédant la crise, laissant se former la bulle spéculative. Or, c'est justement lorsque la banque centrale a voulu remonter son taux directeur qu'elle a entraîné la dynamique de la crise (puisque cela a alourdi la charge sur les débiteurs qui ont massivement fait défaut, et se sont pour un grand nombre retrouvés expulsés du jour au lendemain). Nombre d'analystes contemporains se servent de cet exemple pour pointer l'absence de régulation macro-prudentielle (contrôle de la circulation des fonds spéculatifs), et l'opacité du marché financier (qui sont en fait souvent des négociations de gré à gré, et ne se font pas sur un "marché" à proprement parler), comme causes principales de la crise, et l'insuffisance de la régulation micro-prudentielle (en zone euro, les réserves obligatoires ne sont que de 1%).

On peut mentionner également les paradis fiscaux. En effet, la plupart des banques et des fonds spéculatifs ont placé certaines de leurs filières les plus importantes dans les paradis fiscaux, ce qui permettait d'accumuler une manne qui n'était pas contrôlé par l'Etat. C'est en réaction à cela qu'aujourd'hui on peut comprendre le fait que le G20 exige des paradis fiscaux qu'ils dévoilent la liste de leurs clients.

On peut d'ores et déjà donc, mettre en évidence les principaux acteurs de la crise des subprimes, et le rôle respectif de ceux-ci
-D'abord la Fed, qui a permi par un taux directeur bas un excès de crédit des banques. Cet excès de crédit a en effet servi à former la bulle spéculative dans l'immobilier, et a rendu possible un dérèglement tout entier du système.
-Les banques, qui ont prêté alors que les risques étaient bien trop élevés. Il faut savoir que certains taux était de l'ordre de 15%, ce qui est énorme, monstrueux même. Un taux "normal" se situe en effet entre 2 et 3%...
-Les hedge funds, qui ont constitué des fonds spéculatifs considérables.
-Les paradis fiscaux, qui ont permis à ces fonds de rester invisibles aux yeux de l'administration.
-Les agences de notation, qui n'ont pas effectué correctement leur rôle
-Certains accusent également les ménages américains d'avoir accepté des prêts à des taux bien trop élevés, qu'ils savaient ne pas pouvoir rembourser alors qu'ils étaient en situation de précarité.

Enfin, last but not least, on peut signaler le rôle essentiel de la théorie économique dans la crise. En effet, le dogme actuel dans la théorie est qu'il ne peut pas y avoir de crise des marchés financiers. Pourquoi? Tout simplement car les acteurs sont rationnels, incorporent toute l'information disponibles, et il est donc impossible que les fluctuations du cycle financier débouchent à terme sur une crise. Même aujourd'hui, certains économistes s'arc-boutent sur ces conceptions qui ont pour partie mené à la crise.





De la crise financière à la crise de l'économie réelle


Je me propose maintenant de développer le fil de la crise financière qui a suivi, sans aller jusqu'à la crise de l'économie réelle.

Si on reprend donc le fil des évènements, on a donc la crise des subprimes qui s'est étalée pendant à peu près un an. Outre le fait que la crise des subprimes a déstabilisé un monde financier dérégulé (c'est-à-dire tout simplement que l'Etat n'encadre d'aucune façon, selon le dogme néolibéral qui s'est imposé depuis les années 1980 dans les pays développés à l'économie de marché), il faut souligner l'endettement structurel des américains vis-à-vis du reste du monde, qui a mené à ce que l'on a appelé les "twin deficits". Loin d'être l'espace laissé par la chute des deux tours (okay blague de mauvais goût, j'avoue), il faut y voir un double déficit du solde de la balance des transactions courantes américaines. On a eu en effet un excès de crédit (ainsi qu'il a été dit), qui a servi à financer la spéculation, mais aussi la consommation américaine. Cela a eu donc pour effet un déficit structurel de la politique budgétaire américaine. Celle-ci a été financée en grande partie par les fonds chinois, qui ont accumulé des millions de dollars en ne les convertissant pas en yuan (je reviens sur le problème que cela pose dans un instant). En contrepartie de ce financement, les consommateurs américains ont surtout consommé des produits importés, ce qui a eu pour effet un second déficit structurel, celui du solde de la balance commerciale, puisque les Américains ont davantage consommé qu'ils n'ont exporté.


Un point sur le problème de l'endettement américain vis-à-vis de la Chine avant de continuer :
Normalement, ainsi qu'il a été dit auparavant, "nul ne peut payer selon sa propre dette". C'est vrai... Sauf aux Etats-Unis. En effet, le dollar s'est imposé comme monnaie mondiale au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, et a conservé un rôle prédominant aujourd'hui. Malgré la volonté de certains économistes (notamment Keynes) de créer une monnaie mondiale, le dollar reste à ce jour la monnaie dominante pour régler la plupart des transactions, y compris lorsque les Etats-Unis ne sont pas directement impliqués.
Dans le système qui s'est mis en place après les accords de la Jamaïque (1976), le régime des changes flottants impose cependant que les valeurs respectives des monnaies les unes par rapport aux autres soient gagées sur l'offre et la demande de chacune. Ainsi, un pays exportateur étant payé dans sa propre monnaie, cela a pour conséquence une appréciation de celle-ci par rapport aux autres (et pourra à terme jouer en sa défaveur du point de vue de la compétitivité). Réciproquement, un pays importateur paye dans la monnaie de l'autre pays, ce qui diminue donc la demande de sa propre monnaie et provoque une dévaluation de celui-ci. A terme, cela joue en sa défaveur en ce qui concerne les importations, mais cela redonne de la compétitivité à ses entreprises (qui peuvent vendre moins chers à l'étranger).
Ainsi, le stockage massif de dollars par la Chine permettait, en ne les convertissant pas en yuan, de préserver une monnaie compétitive et de permettre de multiplier les importations. D'un point de vue politique, cela aurait aussi pu permettre de racheter les 10 premières entreprises américaines. Comme dit mon prof d'éco : "C'est là qu'on va voir si c'est des vrais révolutionnaires. C'est vrai : du jour au lendemain, ils peuvent provoquer le chaos. Vous vous rendez compte? LE CHAOS! HAHA"
Fin de la parenthèse chinoise.


Ainsi, la situation des Etats-Unis s'étant détériorée au cours de la période, la route était pavée pour une propagation de la crise financière dans la sphère réelle. Ainsi, la crise financière de septembre 2008 voit poindre la peur d'un effondrement systémique : des banques énormes disparaîtraient du jour au lendemain, laissant derrière elle une économie désorganisée. D'où le fameux plan Paulson (du nom du secrétaire au Trésor de l'administration Bush), qui prévoyait que la Fed agisse comme "prêteur en dernier ressort" : les banques refusant de se prêter entre elles et de se refinancer, la Fed a accepté de prêter aux banques dont le bilan s'était détérioré, notamment en leur rachetant leurs junk bonds.
L'un des problèmes essentiels qui est apparu ici a été de fixer un prix pour racheter ces bons. La demande de junk bonds est en effet soudainement devenue nulle, ce qui a posé un problème d'évaluation du prix auquel les racheter. Au final, ce sont 700 milliards de dollars qui seront dépensés pour sauver le système financier et le préserver de l'effondrement. Certains critiques ont dès cette époque souligné le risque "d'aléa moral" d'un tel plan de sauvetage. L'aléa moral, pour le dire simplement, c'est quand vous n'avez pas de garantie que celui à qui vous déléguez une action fasse bien ce que vous voulez qu'il fasse, et que celui-ci abuse même de la situation à son profit. Ainsi, certaines banques ont affirmé qu'elles étaient "too big to fail" (trop grosses pour s'effondrer : elles risqueraient d'entraîner le système avec elle), et ont parfois laissé leur bilan se détériorer en sachant que la Fed les sauverait. D'où la piqûre de rappel que l'effondrement de Lehman Brothers a pu représenter. Cependant, rien n'a été entrepris pour exiger des contreparties en échange du sauvetage des banques (Paulson ayant travaillé pour Goldman Sachs, certains y ont vu là une preuve de sa sympathie pour Wall Street), ce qui n'a pas été sans conséquences, comme nous le verrons plus tard.


Cette mesure a été imitée par divers pays dans le monde, notamment la Grande-Bretagne de Gordon Brown le 28 octobre. Celui-ci, en mal de légitimité depuis sa succession à Tony Blair, a ainsi pu apparaître pendant quelques semaines comme le "sauveur du système financier". Certains déchanteront bien vite lorsqu'ils s'apercevront que la crise financière a, hélas, atteint la sphère de l'économie réelle.


En fait, je vais juste revenir brièvement sur les motifs pour lesquels les banques centrales sont intervenues en tant que prêteur en dernier ressort.
Cette question est en effet discutée parmi les économistes, certains (ceux issus de l'école des autrichiens) affirmant qu'il fallait punir ces banques en les laissant couler.
En réalité, l'action de la Fed a été largement guidée par la crainte que ne se reproduise le scénario catastrophe des années 1930, lorsque la Fed a laissé s'effondrer un grand nombre de banques, entraînant le système financier dans son ensemble dans un effondrement systémique. C'est donc bien pour cela qu'elle a arrosé l'ensemble du secteur financier de monnaie, en rachetant aux banques leurs junk bonds. On peut reparler que la zone euro a été relativement inactive en la matière, ce qui s'explique par le fait que la Banque Centrale Européenne (BCE) n'est pas une banque nationale comme la Fed ou la banque d'Angleterre. La politique monétaire n'est donc pas en zone euro associée étroitement au pouvoir politique, ce qui explique sa relative inefficacité. D'autant plus que l'objectif du gouverneur Jean-Claude Trichet est de lutter contre l'inflation, et pas de lutter contre la crise financière...


Les chainons de transmission de la crise financière à la crise économique réelle

Bref, tout ceci nous amène aux chaînons de transmission de la crise financière à la sphère réelle.
Celle-ci s'effectue essentiellement par le biais du crédit. Alors que la crise des subprimes ne concernait que les crédits faits aux plus pauvres, la crise financière a entraîné avec elle une défiance non seulement entre les banques, mais aussi avec les débiteurs. C'est ainsi que les entreprises voulant investir, ou les ménages voulant emprunter (par exemple pour se loger), se sont vus refuser des prêts. Autrement dit, les banques renflouées par les banques centrales n'ont pas utilisé l'argent pour le prêter aux investisseurs privés (ce qui est la fonction normale d'une banque), mais ont préféré le thésauriser, ou bien l'utiliser pour acheter des bons publics (aux Etats-Unis par exemple, les bons du Trésor américains qui servent à financer le déficit public).
On a ainsi un phénomène d'aversion pour le risque qui se développe chez les banques : celles-ci préfèrent limiter le risque autant que faire se peut, même au prix de taux d'intérêt très faible. Or, sauf exception (la Grèce... sur laquelle nous reviendrons), un Etat se trouve rarement en situation de faillite. Les bons qu'il émet sont donc très sûrs.

Ce maillon de la chaîne est essentiel pour comprendre ce qui suit, à savoir une crise "classique" de surproduction.
En effet, en refusant des prêts aux ménages, ceux-ci n'ont pas pu consommer autant qu'il le voudrait, et les ont contraint à épargner. D'autre part, en refusant des crédits aux entreprises, elles les ont empêché d'investir en capital. Ce double phénomène va interrompre la dynamique de la croissance.
Ici, on est donc bien dans une situation du type "années 30", c'est-à-dire 'une crise de la demande. La consommation décroissant, les entreprises ont des invendus, et sont forcées de baisser les prix. Baissant les prix, elles font moins de bénéfices, et sont forcées de licencier. Ayant été licencié, les chômeurs consomment moins qu'auparavant (même si cette décroissance ne correspond pas à la décroissance brutale de leur revenu, grâce par exemple à l'épargne accumulée "au cas où", ou aux minima sociaux), ce qui entraîne une baisse de la consommation, qui entraîne une baisse des prix, et ainsi de suite. Cette spirale infernale est rendue possible par les anticipations que font les différents acteurs : les entrepreneurs anticipent une baisse de la demande effective (c'est-à-dire de la demande à venir), donc licencient, et la baisse de la consommation causée par ces licenciements entraîne bien la baisse de la demande. Ce sont donc des prophéties dites autoréalisatrices.
Une remarque sur le fait que les entreprises licencient : certains affirment qu'il suffirait de baisser les salaires pour résoudre ce problème. Cependant, il est évident que cette solution est difficile à imposer politiquement. Voilà pourquoi cet ajustement s'effectue en "éliminant" les surnuméraires, et explique la croissance forte du chômage durant toute l'année 2009 (et qui dépasse les 10% en France actuellement). Dans un même temps, le recours au chômage partiel (en France) ou aux comptes épargne-temps (Allemagne), ont permis de préserver malgré tout un nombre significatif d'emplois (ce qui permet ainsi aux salariés de préserver une partie de leurs revenus)

Ce mouvement est donc un mouvement dit de déflation, c'est-à-dire que la baisse des prix est la conséquence d'un déséquilibre macroéconomique (la réduction de la demande).

Ce mouvement est qui plus est amplifié par le mouvement dit de "déflation par la dette" (debt deflation theory), théorisé par Irving Fisher. Il est assez simple à comprendre : les créanciers des entreprises étant soumis à des contraintes de liquidité (c'est-à-dire les banques ici), et faisant face à une crise de confiance, elles exigent un remboursement rapide aux entreprises, et vendent les actifs qu'elles détiennent, ce qui a pour conséquence de faire plonger la valeur des entreprises. En clair : les capitaux dont disposent les entreprises diminuent, et celles-ci pour rembourser leurs dettes sont forcées de vendre leurs actifs, ce qui diminue encore la valeur de l'entreprise. Elle est de plus forcée de réduire sa production et de baisser ses prix, ce qui entraîne une détérioration de son bilan. Qui plus est, la contraction de la masse monétaire en circulation a pour conséquence une diminution de la valeur de la monnaie, ce qui fait qu'alors que les entreprises font tout pour se désendetter, elles s'endettent de plus en plus. Cela accentue le climat de défiance et incite les banques à vendre encore plus d'actifs, et ainsi de suite...

Bref, comme vous le voyez, on se trouve dans une situation où la déflation (c'est-à-dire donc un déséquilibre qui se traduit par une baisse généralisée du niveau des prix) engendre elle-même la déflation, et peut avoir des conséquences destructrices à terme sur le fonctionnement de l'économie (comme l'a montré la chute de General Motors au cours de l'année 2009).


L'Etat entre (à nouveau) en scène



Face à cela, l'intervention de l'Etat est nécessaire (je montrerai pourquoi), et c'est pourquoi j'expliquerai dans la partie à venir les différents remèdes employés par l'Etat pour tenter de faire repartir la machine économique.

Il faut signaler que les politiques économiques se divisent en deux grandes catégories : la politique budgétaire d'une part (qui agit sur le montant de la dépense publique), et la politique monétaire d'autre part (qui agit sur la quantité totale de monnaie en circulation).
La politique budgétaire consiste généralement, en situation de crise, à accroître le déficit public par une augmentation des dépenses (ou une diminution de la taxation), pour utiliser le mécanisme du multiplicateur. Le multiplicateur dit keynésien fonctionne en effet ainsi : on augmente de 100€ les dépenses publiques. Admettons que ce que l'on appelle la "propension marginale à consommer" (c'est-à-dire la portion du revenu qui est employée à la consommation lorsque le revenu augmente) soit de 0,8. Sur ces 100€, 80€ sont utilisés, 20€ sont épargnés au premier tour. Ce sont donc 80€ qui vont dans les caisses des entreprises (celles-ci anticipant une hausse de la demande, elles produisent en conséquence), lesquelles les redistribuent ensuite entre actionnaires, salariés, etc... Ce qui signifie donc que c'est 80 euros se retrouvent au second tour entre les mains des consommateurs. A ce moment là, on aura donc 64 euros qui seront consommés, le reste étant épargnés. Ce sont donc 64 euros qui vont dans les caisses des entreprises.
Pour ceux qui aiment les maths, on a en fait, si l'on note G la dépense publique, c la propension marginale à consommer et Y les revenus distribués, on a l'équation suivante, qui synthétise l'accroissement total des revenus distribués permis par l'accroissement des dépenses publiques (Delta indique en effet des variations) :
Delta Y = (1-c)Delta G + (1-c)²Delta G+ (1-c)^3Delta G+...+(1-c)^n Delta G.
On reconnaît la somme des termes d'une suite géométrique, d'où le fait qu'on puisse l'écrire :
Delta Y = (1-(1-c)^n+1)/(1-c) Delta G
En faisant tendre n vers plus l'infini, on a donc :
Delta Y = 1/(1-c) x Delta G.
1/(1-c) représente le multiplicateur dans cette équation, et c'est tout l'enjeu de certains débats économiques actuels de déterminer combien celui-ci vaut.
Le mécanisme de réduction de la taxation fonctionne à peu près de la même façon, c'est pourquoi je ne l'exposerais pas pour ne pas trop compliquer. Mais dites-vous qu'à chaque fois que vous entendez "plan de relance" (par exemple le plan Obama), il s'agit d'accroître les déficits publics pour mener une politique contracyclique et freiner la réduction de la production.
Il faut y ajouter d'autres contraintes qui pèsent sur l'action publique ici, celle des 3T : Timely, Targeted, Temporary. Timely signifie tout simplement que la politique budgétaire doit arriver à temps. Elle ne doit pas intervenir au moment où la reprise a lieu, car elle aurait un effet inflationniste faiblement expansionniste (la demande croit plus vite que l'offre). Targeted signifie qu'il faut en priorité viser ceux dont les propensions marginales à consommer sont les plus élevés, ainsi les classes populaires. Temporary signifie enfin que l'aide doit être temporaire, afin de ne pas devenir un facteur de déficit structurel du budget (j'expliquerai dans les conséquences pourquoi ce paramètre compte).
C'est dans cette logique par exemple que Gordon Brown en Angleterre a décidé de réduire la TVA pour un an, ou que Nicolas Sarkozy a fait augmenter la prime à la casse.

Le problème essentiel de ces politiques, dans un monde où les économies sont mondialisées, est le problème de la coordination. En effet : en finançant la consommation des ménages, ceux-ci vont consommer des produits importés, ce qui va avoir un effet positif pour les entreprises étrangères, mais pas sur les votres. C'est pour cela qu'en coordonnant les politiques budgétaires, il devient possible de réduire cet effet pervers. Néanmoins, certains Etats ont ouvertement assumé le fait de jouer les "passagers clandestins", c'est-à-dire de laisser les autres Etats relancer leur économie à leur place. C'est le cas par exemple de l'Italie de Silvio Berlusconi.
A noter que l'accroissement du déficit a pour conséquence un accroissement de la dette, ce qui n'est pas scandaleux tant que celle-ci apparaît comme soutenable, et que la confiance en la monnaie et dans le gouvernement est préservée. Or, en Grèce, c'est justement l'accroissement considérable de la dette, ainsi que des paris spéculatifs sur l'euro, qui ont eu pour conséquence la crise dans laquelle ce pays est plongé (qui se conjugue au fait que les institutions sont encore largement vérolées par la corruption et que le marché du travail est en grande partie un marché noir).

Le second volet des politiques économiques est la politique monétaire. Celle-ci est menée par les banques centrales des différents Etats, et est au coeur du "policy mix" qu'on observe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Le policy mix consiste à "mélanger" les politiques budgétaires et les politiques monétaires (j'exposerai comment les économistes modélisent cela dans le modèle IS-LM si cela en intéresse certains), en vue de relancer la production.
Ainsi, alors que la politique des banques centrales est généralement une politique de lutte contre l'inflation (qui consiste à fixer un taux directeur relativement élevé), la politique actuelle a été au contraire de lutter contre la déflation (dont nous avons souligné les effets catastrophiques). D'où un abaissement du taux directeur, qui frôle les 0% aux Etats-Unis et est encore aux environs de 1% en zone euro.
Cependant, tout n'est pas si simple. En effet, les banques centrales agissent sur des grandeurs "nominales", c'est-à-dire le "prix" au jour le jour. Il faut néanmoins retirer du taux d'intérêt l'inflation pour obtenir le taux d'intérêt réel, tel qu'il pèse "réellement" sur les agents. On dispose pour cela de l'équation de Fisher, r=i-Pi (R le taux d'intérêt réel, I le taux d'intérêt nominal, Pi le taux d'inflation).
Et là, c'est le drame. A l'évidence, même si i est nul, si le taux d'inflation est négatif (c'est-à-dire qu'on a de la déflation), le taux d'intérêt réel est malgré tout positif et étrangle les débiteurs.

Dans ce cas là, la banque centrale est en situation de trappe à liquidité : malgré le fait qu'elle crée sans cesse de la monnaie, elle ne parvient pas à endiguer la déflation.
Il a alors fallu procéder à une politique monétaire dite non conventionnelle. C'est ce à quoi Ben Bernanke, gouverneur de la Fed (aussi surnommé "Helicopter Ben" depuis le jour où il a proposé de larguer des sacs de dollars en hélicoptère au-dessus de New York. Aurait-il lu Death Note?) a procédé. Il a ainsi repris la politique de "quantitative easing" menée par le Japon au cours de la crise financière de la fin des années 1980 (politique qui a... échoué), en distribuant massivement de la monnaie, afin de saturer la demande en monnaie des agents économiques. Mais il lui a aussi adjoint le credit easing, qui consiste à prêter aux agents économiques dont on sait qu'ils utiliseront la monnaie ainsi créé. Ainsi, la Fed achète actuellement massivement des bons du Trésor américains, c'est-à-dire finance le déficit public américain. Alors que l'augmentation de l'offre de bons publics aurait pour effet l'augmentation du taux d'intérêt et canaliserait d'autant plus l'épargne privée, le fait d'accroître la demande de bons publics (par le biais du credit easing) a pour conséquence de maintenir celle-ci à un taux faible. Le taux d'intérêt des entreprises reste ainsi supérieur et une partie de l'épargne privée va se diriger vers elle.

Je reconnais qu'il y a ici une ambiguïté du fait que j'ai dit précédemment qu'on avait un phénomène de "fuite" vers les bons publics, ce n'est pas aussi simple. En réalité, je me suis même trompé et je vous prie de m'excuser : avec la hausse du déficit public, l'offre de bons publics augmente, ce qui fait augmenter le taux d'intérêt. Parallèlement, les banques vendent leurs bons privés, ce qui a pour effet de faire baisser le taux d'intérêt des entreprises privées. On a donc un effet d'éviction que la banque centrale va endiguer en achetant massivement des bons publics, afin que les bons privés soient à un taux d'intérêt supérieur et attirent l'épargne.
J'espère que j'ai été compréhensible sur ce point là.

Enfin, un dernier aspect qu'embrassent ces deux politiques consiste également à redonner confiance aux agents, pour que leurs anticipations redeviennent positives... Et ça, c'est loin d'être facile.

Pour synthétiser le bilan de ces politiques, on peut affirmer que sans avoir endigué la crise (on a une hausse généralisée du chômage dans tous les pays du monde), on a sans doute pu éviter le pire. Nous verrons la prochaine fois les enjeux actuels de la résolution de la crise, et peut-être les conséquences à venir de celle-ci.


Question : Si l'économie est relancée et que les prix ont chuté, est-ce que cela nous est au final bénéfique à nous, jeunes consommateurs?

Ce n'est pas aussi simple. En effet, Pigou mettait en évidence un effet dit "d'encaisses réelles", c'est-à-dire que la baisse des prix avait pour effet d'accroître la valeur de la monnaie détenue par les agents, ce qui faisait que ceux-ci à leur tour pouvaient consommer davantage, et au final on assiste à un retour à l'équilibre.
Sauf que comme je l'ai déjà dit, il faut prendre en compte les anticipations dans le raisonnement : si les agents anticipent une baisse des prix, ils risquent de délayer leur consommation présente afin de consommer encore plus dans le futur (un comportement donc de spéculation). Ne consommant pas aujourd'hui, cela a pour effet d'aggraver la crise pour les entreprises, qui licencient encore plus.

D'ailleurs, les jeunes sont les plus durement affectés par la crise, et cela pourrait avoir des conséquences de long terme sur l'emploi de notre génération. Pourquoi? Parce qu'on assiste à un effet de dévalorisation du capital humain (c'est-à-dire que les compétences acquises disparaissent), ou bien que le "signal" envoyé par notre génération est négatif : des actifs jeunes qui n'ont pas été employés dans la période actuelle seront demain moins intéressants que des actifs jeunes arrivant tout juste sur le marché du travail.
Qui plus est, on pensait que le papy boom allait avoir pour effet positif un "appel" d'entrée sur le marché du travail, mais avec la crise, cette idée est plus que remise en cause. D'autant plus qu'il faudra pourvoir aux retraites des fameux "papys", puisque le système des retraites français est un système de retraite par répartition : les cotisations d'aujourd'hui paient les retraites d'aujourd'hui, ouvrant la voie à une retraite demain payée par les cotisants de demain.

En plus de ça, l'accroissement considérable de la dette dans les pays de la zone euro (cf le cas grec) sera un problème essentiel à gérer dans un horizon plus ou moins proche. Pour rappel, la dette publique doit d'après les critères de Maastricht (qui sont des critères permettant en théorie le bon fonctionnement de la zone euro) être maintenue à moins de 60% du PIB, sauf circonstances exceptionnelles. Or, nous sommes aujourd'hui bien au-delà d'un tel pourcentage. Je crois qu'au Japon on doit être proche des 130% du PIB, et en France on doit avoir dépassé les 100% aussi.
Ce qui amène à l'hypothèse de l'équivalence ricardienne, présentée par Ricardo au XIXème siècle et défendue par Barro au XXème : une hausse de la dépense publique n'a aucun effet net. A long terme, en effet, il faut que les agents épargnent pour rembourser la dette créée par l'Etat. Ce qui dans le contexte actuel, signifie essentiellement que ce sont les jeunes générations qui paieront la dette accumulée aujourd'hui.

Bien sûr, plusieurs scénarios sont possibles. L'un d'entre eux porte ainsi sur le fait de ramener à maintenir un taux d'intérêt réel à un niveau relativement bas, et d'avoir une croissance de l'économie suffisamment forte, afin de stabiliser voire de rembourser la dette sans ponctionner outre mesure les générations futures. On le voit d'après une équation assez simple :
Spt= (r-g)Bt

Bt représente la dette à l'instant t, r le taux d'intérêt réel, g le taux de croissance de l'économie, Spt le solde budgétaire primaire (G-T, pour le dire simplement).
Cette équation indique le niveau de solde budgétaire primaire nécessaire pour stabiliser la dette. Ainsi, si r=g, alors la dette n'augmente pas si le budget est à l'équilibre. Si rg, il faudra dégager un excédent budgétaire suffisamment important pour éviter l'effet "boule de neige" de la dette : pour rembourser la dette, il faut s'endetter.


Vers l'après-crise?


La situation de l'après-crise évoluera donc probablement vers un affaiblissement des pays les plus développés au profit de leurs créanciers, en l'occurrence les fonds souverains de certains Etats (Chine en particulier).

Ceci dit, cela n'est qu'une partie (et non des moindres) des conséquences de la crise. On peut en signaler toute une série d'autres, qui sont plus ou moins liées entre elles.

Tout d'abord, il faut souligner que nous ne sommes pas encore vraiment tout à fait engagés dans "l'après-crise", au sens où ça y est, la reprise aurait eu lieu et jouerait à plein. En fait, une reprise s'est esquissée en France, mais elle menace d'être brisée par l'absence de politique de lutte contre le chômage. D'ailleurs, on a bien vu ici l'inefficacité relative du pouvoir politique en place, puisqu'après avoir annoncé que l'aide accordée aux entreprises était conditionnelle au maintien de l'emploi, le gouvernement Sarkozy n'a finalement pas appliqué ses propres mesures. D'où le mécontentement dont on a vaguement eu écho dans les médias, dans les entreprises qui ont licencié tout en cumulant cette aide. Or, on a déjà vu auparavant les conséquences perverses de la montée du chômage, qui dérègle toute la machine économique.
Bref, on a donc un espoir pour une sortie de crise, mais c'est bien mince.

Vient ensuite la question du "règlement de comptes" attendu avec le monde de la finance. Ainsi que je l'ai expliqué auparavant, le système actuel fonctionne selon des règles microprudentielles : il suffit que chaque banque ait un budget équilibré (c'est-à-dire qui respecte son taux de réserves obligatoires), et le système financier fonctionnera à merveille. Or, plusieurs voix se sont élevées contre un tel système, sur plusieurs points.
Tout d'abord, il a été souhaité d'ajouter à ces règles microprudentielles des règles macroprudentielles, c'est-à-dire que les Etats devraient intervenir pour prévenir un risque systémique tel que celui qu'on a vu récemment. En clair : faire éclater systématiquement les bulles spéculatives avant qu'elles n'occasionnent de trop gros dégâts, ce qui implique de s'intéresser de très près à la circulation des capitaux. D'où la récente requête adressée par les pays de l'OCDE aux paradis fiscaux de publier la liste des noms de leurs clients, ainsi que le montant de leur compte. En Europe, c'est donc la Suisse qui a été visée, aux Etats-Unis Panama, et ainsi de suite. Les résultats ne sont pour le moment pas très clairs, mais la Suisse a fait savoir qu'elle accepterait de publier un certain nombre de noms, après avoir affirmé qu'elle ne publierait que les dont les noms leur auraient été fournis au préalable. On est toujours en attente.
De façon plus anecdotique, on peut remarquer ce "détail" amusant, qui est que les banques ont recommencé à distribuer des bonus à leurs traders. Cela permet de souligner plusieurs choses :
-L'aide inconditionnelle apportée aux banques par les divers plans de sauvetage aux Etats-Unis étaient une erreur stratégique. En ne les engageant pas par un contrat, ils ont laissé les banques libres de leurs agissements. Celles-ci étant par ailleurs sûre qu'en cas de risque systémique elles seront sauvées, l'aléa moral est pour ainsi dire plus grand qu'auparavant.
-Les traders ont un énorme pouvoir de marché au sein des banques. Cela ne veut pas dire que ce sont des vilains capitalistes, au contraire ce sont des salariés dans une entreprise, qui occupent une position de monopsone. Ils sont les seuls à pouvoir faire ce qu'ils font, et sont présents en assez petit nombre. Si on peut leur distribuer des bonus, c'est donc que les banques de leur côté y trouvent leur compte. Cela signifie donc que malgré ce que l'on peut entendre, le système bancaire est de nouveau pleinement opérationnel.

En clair : à moins d'une régulation internationale forte, il sera impossible de changer un iota au système bancaire actuel (enfin, cela dit, cela relève plus de mon avis personnel).

A tout ceci se greffe l'enjeu écologique, puisque la crise économique est pour la première fois concomitante d'une crise de l'environnement. Ainsi, on a pu assister à la suprême ironie d'un Obama qui défend d'une main la réduction de la pollution via la loi du "cap-and-trade" (je reviens dessus dans un instant), et qui de l'autre donne des millions de dollars à General Motors pour éviter que l'une des industries les plus polluantes de la planète ne soit condamnée à la disparition.
Pourtant, des opportunités intéressantes de résolution de la crise par la voie écologique s'ouvrent aujourd'hui. Cela permettrait notamment la création d'emplois de qualité dans de nouveaux secteurs, qui ne réclameraient pas nécessairement une haute qualification. Sans aller jusqu'à idéaliser l'environnementalisme, il y a néanmoins une voie à explorer de ce côté, les initiatives en ce sens étant encore largement insuffisantes.

Aspect méconnu des questions d'actualité, on peut également souligner comment les économistes tentent (ou ne tentent pas) actuellement de faire leur mea culpa. En effet, la principale théorie des marchés financiers découle de la théorie de Robert Lucas des "anticipations rationnelles", à savoir que structurellement les gens corrigent leurs erreurs d'interprétation. Cette théorie, dite des marchés efficients, a pour conséquence que les crises financières sont en théorie impossibles. Il a fallu ressusciter le modèle keynésien pour tenter une interprétation, c'est-à-dire une interprétation vieille de plus d'un demi-siècle (une éternité dans la science économique).
Certains économistes ont de plus souligné que leur profession s'était tâchée les mains en abandonnant son indépendance, et en allant travailler comme conseillers auprès de diverses institutions financières, avec pour seul bagage théorique cette... "théorie". Pourquoi? Parce qu'il y avait de l'argent à se faire, tout simplement.
Autrement dit, la science économique est aujourd'hui profondément déstabilisée, certains ne comprenant toujours pas où est leur erreur ("après tout c'est vrai quoi, les gens sont rationnels"), les autres tentant de sortir du paradigme hyper-mathématisé de l'économie actuelle (qui contribue à son opacité), en y ajoutant ça et là de la sociologie, de la psychologie, de l'histoire... Bref, en s'acheminant vers une plus grande transdisciplinarité (on peut citer Joseph Stiglitz, économiste reconnu en la matière).
Etant donné que ces débats m'intéressent beaucoup mais que pour certains c'est peut-être un débat sur le sexe des anges, je n'irais pas plus loin. Je posterai à nouveau si cela en intéresse certains, ceci dit.

Deux problèmes régionaux : le cas chinois et le cas européen

On peut ensuite passer aux problèmes d'ordre moins internationaux et plus régionaux.

Je passe rapidement sur la question de l'appréciation du yuan, qui va se faire progressivement, aux dernières nouvelles. Comme je vous l'ai dit, la RPC a pu maintenir un yuan bas en stockant du dollar et en ne les convertissant pas. D'où les réclamations de nombre de pays de l'OCDE que cette appréciation se fasse. Evidemment, les Chinois sont plutôt réticents face à cela, mais ils ont annoncé qu'une appréciation aurait lieu.

Pour les Etats-Unis, cela a pu entraîner une diminution de leur puissance, la question étant de déterminer si elle sera conjoncturelle ou structurelle. Quoi qu'il en soit, la plupart des Américains n'ont pas digéré l'idée que leur pouvoir d'achat allait baisser dans les années à venir, non pas du fait de la mauvaise gestion des comptes publics par leur président actuel, mais du fait de la surconsommation que la politique excessivement généreuse de crédit permise par l'administration Bush a rendue possible. Conjugué au retour du populisme (Tea-Party movement, Sarah Palin et consorts), et au fait que nombre d'économistes s'accordent à affirmer que Barack Obama n'est en fait qu'un conservateur, déterminé à ne pas transformer les racines profondes du système actuel, les Etats-Unis sont appelés à être profondément déstabilisés pour les années à venir.

En Europe, la question n'est pas tant d'une déstabilisation du pouvoir en place (pourquoi faire?) que celle du maintien de la cohésion de la zone euro. En effet, la crise actuelle en Grèce tient au fait que son économie n'est plus en phase avec la zone euro. Celle-ci a en effet fait financer son déficit public par des banques, qui se sont ensuite livrées à des activités de spéculation sur sa dette. D'où la conséquence actuelle qui est une explosion de la dette, nouvelle crise financière qui a très vite renforcé la crise économique. La Grèce n'était en effet plus en mesure de financer une reprise de l'activité par le déficit public (du fait que ses créanciers voyaient là un risque de défaut). D'où d'ailleurs l'interrogation actuelle sur sa souveraineté effective.
L'Espagne et le Portugal sont dans une situation similaire à celle de la Grèce, bien que la crise n'y soit pas aussi grave.
Face à cela, nombre de dirigeants importants de la zone euro (notamment Angela Merkel, la chancelière allemande), ont affirmé qu'ils n'aideraient pas un pays dont la gestion avait été si désastreuse au cours des dernières années. Ceci permet de pointer du doigt le fait que l'intégration de la zone euro (c'est-à-dire son "unité" en tant qu'entité économique et politique) est encore largement en devenir. Il n'y a pas de dépenses publiques communes (hormis la PAC), du fait d'une insuffisante intégration institutionnelle (que d'ailleurs les Etats ne désirent pas).
En conséquence, nombre des commentateurs ont souligné le fait que potentiellement, la zone euro pouvait exploser. Cependant, au vu de la situation actuelle, il apparaît difficilement envisageable de sortir de la zone euro.
En revanche, cela pourrait porter un coup dur à toute velléité d'intégration future de la zone, d'autant plus que la Grèce pourrait être placée sous tutelle du FMI (dont l'aide est conditionnelle au vote d'un plan d'austérité).
Bref, la zone euro, au-delà de son unité monétaire, présente encore des situations extrêmement diverses : d'un côté les pays "moteurs" de l'Union assistent à une reprise, de l'autre les pays "périphériques" peinent encore. Cela tient à ce que le rattrapage économique de ces derniers n'a été qu'imparfait, et que la nécessaire révision institutionnelle qui aurait du s'opérer chez les nouveaux arrivants ne s'est pas faite (par exemple la trop grande tolérance accordée au travail souterrain en Grèce, qui représente une part très importante de l'économie, plus encore qu'en Italie).


Aujourd'hui, en Europe

J'attends d'avoir plus d'éléments pour pouvoir poster avec plus de précision, mais au vu de la tournure actuelle des choses, il est bien évident que les démêlés autour du sauvetage de la Grèce sont appelés à paralyser durablement le fonctionnement de l'Union Européenne, faute d'une solution "par le haut".

Cela tient essentiellement d'ailleurs à un manque de clarté du point de vue du fonctionnement des institutions communautaires elles-mêmes. Ainsi, si les commissaires européens sont supposés représenter "l'Europe", et donc se détacher autant que possible de la défense d'un pays en particulier, on a pu voir un commissaire allemand non délégué aux questions financières défendre publiquement le modèle économique de son pays, sans être remis à sa place par le président de la commission (José Manuel Barroso).
De même, l'Eurogroupe (qui rassemble les ministres des Finances de chaque pays) n'a pas joué en faveur d'une harmonisation fiscale dans les différents pays, et son président, Jean Claude Juncker, est loin d'être un européiste convaincu. Bref, on n'a toujours pas aujourd'hui de volonté de décider en commun d'une politique fiscale à l'échelle européenne, ce qui par ailleurs reste cohérent avec l'objectif de maintenir les dépenses publiques de l'Union Européenne à moins d'1% du PIB de l'Union (objectif pour lequel s'est battu la France).
Seule la Banque Centrale joue "à peu près" correctement son rôle aujourd'hui, puisqu'elle annonce être prête à mener une politique de quantitative easing (déjà exposé précédemment) en achetant les obligations émises par
les différents Etats. Cependant, elle sera amenée à durcir sa politique monétaire dans l'avenir (en diminuant les quantités de monnaies en circulation), ce qui pourra avoir un effet très pénalisant pour les économies.

Quant au cas grec, on a pu entendre ça et là qu'il fallait qu'il "quitte" la zone euro, le temps de dévaluer sa monnaie parrapport à l'euro et ainsi de retrouver sa compétitivité. Une telle solution n'est pas "impossible", mais elle amènerait au démantèlement de la zone, puisqu'il faudrait ré-évaluer l'euro dans les pays restants.
Cela pourrait de plus engager un mouvement de désengagement de l'Union Européenne, ce qui signifierait revenir à une situation antérieure à celle du Traité de Rome (1957). Bref, cela impliquerait des coûts faramineux pour les économies, que celles-ci ne sont pas capables d'accepter pour le moment.

Pour le cas français maintenant, je ne sais pas trop comment me prononcer de façon "objective" pour le moment, mais j'ai bien l'impression qu'on a encore droit à une gigantesque pantalonnade politique. La priorité est désormais de consolider, voire de réduire la dette, en taillant dans les déficits publics. Or, si le gouvernement prétend réduire les niches fiscales, il n'a pas pour objectif de remettre en cause le bouclier fiscal (qui était avant les années Sarkozy à 75% du revenu, aujourd'hui à 50%). Pour ceux qui ne comprennent pas ce que c'est, le bouclier fiscal, c'est tout simplement un "bouclier" qui stipule qu'on ne peut pas taxer plus de 50% de vos revenus. Une mesure qui bénéficie aux revenus les plus aisés, clientèle traditionnelle de la droite. En plus de ça, on veut réduire les dépenses publiques (toujours dans ce même objectif), c'est-à-dire tailler dans les budgets qui pour partie permettent la croissance de long terme (notamment dans l'éducation, en ne renouvelant pas certains postes de fonctionnaire).

Ici en fait, tout se fonde sur les petits modèles que je vous ai présentés auparavant. L'équation Spt = (r-g)Bt permet bien en effet de montrer que pour réduire la dette, il faut réduire les déficits publics. Mais on est aujourd'hui dans une situation où la croissance ne peut permettre d'atteindre un tel objectif qu'en faisant
des économies considérables, alors qu'il faudrait au contraire tout faire pour relancer la croissance (et notamment une croissance de long terme), afin de pouvoir ensuite efficacement réduire la dette.
Qui plus est, la réduction à court terme des déficits publics par la réduction des dépenses publiques est susceptible d'avoir un effet négatif, du fait justement des équations du multiplicateur keynésien déjà présentées auparavant : réduire les dépenses publiques aura pour conséquence de réduire plus encore la production, donc les revenus distribués. D'ailleurs, il est intéressant de remarquer que dans un tel cadre, si l'on veut "absolument" réduire les déficits publics, il serait plus intéressant d'élever les impôts, dont l'impact en terme de consommation est moindre. Alors même qu'on ne veut pas toucher au bouclier fiscal. Enfin, après, je dis ça je ne dis rien...

Le plus génial dans tout ça, c'est qu'alors qu'on est parvenu à éviter la "première phase" de la crise de 1929, on va sauter à pieds joints dans la seconde phase de la crise de 1929, qui a été bien plus destructrice, celle de la déflation par la dette. Je l'ai déjà présentée auparavant, mais je la rappelle brièvement : en cherchant à se désendetter, les agents vendent massivement des actifs, lesquels subissent une dépréciation (augmentation de l'offre sur un marché à demande constante => Diminution du prix sur ce même marché). Cette dépréciation a pour conséquence un renchérissement de la dette (on rembourse en nominal et pas en réel. En clair : vous devez 100 euros à quelqu'un, mais si tous les prix sont divisés par deux, en nominal vous lui devez toujours 100
euros, mais en termes réels vous lui devez maintenant 200€). Du coup, les agents vendent encore plus d'actifs, et ainsi de suite.

Bref, tout ça pour dire que je suis impatient qu'on y soit :ahdé:.

Sinon, le gag dans tout ça c'est qu'on essaie de nous vendre la résolution des problèmes liés au régime
des retraites comme un sous-produit de la crise alors que cela n'a strictement RIEN à voir. C'est même honteux de prendre les gens pour des cons (oui, c'est le mot), quand on en arrive là.





J'essaierai de tenir ce topic à jour au cours des évènements à venir, même si bien entendu l'actualité "contemporaine" est toujours plus délicate à traiter car elle est sujette à polémique de part et d'autres...
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