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 Musique traditionnelle japonaise

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Cornemuse
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MessageSujet: Musique traditionnelle japonaise   Jeu 13 Jan - 23:52

Musique traditionnelle japonaise

INTRODUCTION



Dans cet article je ne parlerai pas de ça :





Mais de ça :

You don’t fuck with the japanese




Depuis quelques temps, je me suis intéressé aux musiques traditionnelles japonaises (définition large : les musiques qui existaient avant l’arrivée de la musique occidentale à la fin du XIXème siècle). J’ai notamment lu Musiques traditionnelles du Japon, et La musique classique du Japon, d’Akira Tamba, musicologue et compositeur japonais, que j’ai fichés en détail. Les articles qui suivront (haha oui, y’en aura plusieurs) s’appuieront très largement sur mes fiches, et donc sur ces livres.

A quoi servent ces articles puisqu’ils rediront, grosso modo, ce qu’il y a dans les livres d’Akira Tamba ? Trois réponses :

- Ce sera résumé et admirablement rédigé par mon édifiante personne.
- Ce sera vulgarisé, je l’espère de manière intelligente, ce qui vous évitera des pages de musicologie pointue ou des concentrés de détails historiques.
- Ca me servira à moi, qui espère ancrer bien mieux dans ma mémoire tout ce que j’ai appris en faisant cet effort de rédaction et de synthèse.


Diverses raisons m’ont poussé à vouloir connaître et comprendre les musiques traditionnelles japonaises. Je les cite dans l’espoir d’attiser votre propre curiosité, et m’assurer ainsi un meilleur profit économique de points de karma.

1/ L’histoire qu’on nous enseigne à l’école concerne l’Occident à 99%. Toute l’histoire des pays asiatiques nous est quasi entièrement inconnue quand on sort du lycée. Il y a donc un autre monde qu’on ne connait pas. De même pour ses arts, etc.

2/ Les japonais sont complètement tarés et semblent venir d’une autre planète. Les mangas suffisent à s’en rendre compte. Qu’est-ce que cette civilisation complètement folle a pu créer comme musique avant qu’on leur balance la nôtre ?

3/ Et d’ailleurs, comment se fait-il que notre musique, complètement différente de la leur, se soit si bien intégrée à leur culture pourtant relativement fermée à l’Occident jusqu’aux années 1950, au point de relayer leur propre musique traditionnelle au rang de culture marginale ? Quand la transition s’est-elle faite ? Comment l’ont perçue les japonais ?

4/ Les musiques japonaises traditionnelles ont la réputation d’être insupportables aux oreilles de l’occidental. Du coup, les principes esthétiques qui la régissent doivent bien être complètement différents. Que se passe-t-il dans cette musique ? Quels sont les codes ?

Quels sont les codes qui régissent un truc comme ça ?

Heureusement quand même qu’il y a d’autres trucs plus catholiques pour nous.





Repères historiques


Je ne me suis intéressé qu’à la musique pour le moment. J’ai donc une connaissance hyper floue et généraliste de l’histoire du Japon, qui correspond en gros au découpage des grandes périodes. Pour la musique, ça suffit en général pour comprendre le contexte.

Le découpage historique qui a été fait est marrant car ils ont repris les mêmes termes pour les découpages que ceux utilisés en occident : préhistoire, période antique, Moyen-âge, période moderne, période contemporaine. Les dates ne correspondent absolument pas, mais c’est vrai qu’au niveau des changements de société il y a souvent beaucoup de points communs qui justifient ces mêmes dénominations.



Préhistoire : IIIe av. J.-C. à fin époque Asuka (552-645).

Grosso modo les premières pistes pour les historiens au Japon sont très tardives, vers le IIIème siècle avant J-C. Ce qu’on appelle Préhistoire au Japon dure jusqu’au VIIème siècle après J-C.

Avant le IIIème siècle il est difficile de savoir ce qu’il s’y passait. Pendant longtemps les historiens se sont demandés s’il existait une population autochtone, ou si les hommes sont arrivés au Japon depuis le continent. Aujourd’hui la thèse la plus partagée est qu’il existait bel et bien une population autochtone avant l’arrivée des chinois et des coréens, et je parlerai pas mal de musique et d’instruments autochtones, en opposition aux instruments et musiques importés de Chine, de Corée ou d’Inde.

Le Japon autochtone est shintoïste (culte de la nature et des ancêtres), mais le culte n’est pas organisé en institution.



Période antique : époque de Nara (645-794) à fin époque Heian (794-1185)

En musique, et dans tous les autres domaines, la période antique se caractérise par l’introduction et l’assimilation des cultures chinoises et coréennes, qui ont une autorité à peu près équivalente à celle que l’Empire Romain a eue chez nous. Pour comparer, le phénomène ressemble à l’introduction de la culture greco-romaine dans la France géographique.

Le bouddhisme chinois est intégré au Japon. Il ne remplace pourtant pas le shintoïsme, et les deux cultes sont pratiqués tout autant l’un que l’autre par la population, sans aucune confrontation (tout le monde est les deux en même temps). Par la suite le bouddhisme aura une évolution qui le différencie de plus en plus du bouddhisme chinois.



Moyen-âge : époque Kamakura (1185-1333) à fin époque Muromachi (1333-1573) :

Le Japon médiéval est sous la domination d’un empire. C’est donc un pouvoir aristocratique, assez autoritaire. La musique de cette époque est une musique savante, très structurée, au rythme très cadré. Elle a certains points communs avec la musique savante occidentale, qui sont vraiment étonnants vu que la musique occidentale n’a été connue du Japon qu’à partir du XVIème lors de l’arrivée des portugais.



Période moderne : époque Momoyama (1573-1603) à restauration de Meiji (1868)

Au XIVe le pouvoir impérial est remplacé par un pouvoir militaire. C’est un changement énorme dans la culture japonaise. En opposition à la musique aristocratique, qui est presque abandonnée, la musique qui se développe à cette époque est une musique très libre, au rythme libre, souvent méditative. C’est aussi l’essor de toutes les musiques théâtrales (c’est amusant car cette fois-ci, les dates correspondent vraiment à l’apparition de l’opéra en Italie, la musique théâtrale de chez nous), dont le fameux théâtre nô, musique qui semble nous conseiller de ne pas faire chier les japanese guys, oh grand non.



Période contemporaine : De l’ère Meiji (1868-1912) à nos jours

La restauration de Meiji est le retour de l’aristocratie au pouvoir. C’est aussi une énorme réforme de la société japonaise, voulant recenser administrativement tous les métiers existants, et rendant obligatoire l’éducation. Cette éducation se veut la même pour tous les enfants, ce qui s’avère très complexe à mettre en place puisque la société japonaise est hyper stratifiée à cette époque.

C’est à cette époque que la musique occidentale s’est imposée au Japon. La raison principale est que, compte tenu du nombre considérable d’écoles musicales différentes (voire opposées), de la nécessité absolue dans les musiques traditionnelles d’apprendre la musique auprès d’un maître, et du nombre considérable de notations musicales différentes, le gouvernement de Meiji a tout simplement préféré enseigner dans ses écoles la musique occidentale, à la notation plus pratique pour l’apprentissage. En gros, depuis la fin du XIXème, les jeunes japonais étudient à l’école la musique occidentale et non la musique traditionnelle du Japon. Ce phénomène me parait complètement hallucinant et n’a aucun équivalent chez nous.

Au XXème siècle, des compositeurs contemporains, en particulier japonais, redécouvrent et s’inspirent de la musique traditionnelle japonaise. En Occident, la figure la plus marquée par le Japon est John Cage, et d’ailleurs c’est notamment par la découverte de John Cage que les compositeurs japonais sont revenus à leur propre musique traditionnelle, ce qui est quand même assez ironique.




Quelques caractéristiques générales de la musique japonaise

Les genres qu’on trouve dans la musique traditionnelle japonaise peuvent être très différents. Mais il reste quelques points généraux qu’on peut citer, en opposition à la musique occidentale :

• Les goûts des japonais en sonorités et en rythme sont à peu près à l’exact opposé des goûts occidentaux traditionnels. Notre musique « classique » privilégie les sons ronds, la douceur des attaques, les notes stables et précises, le rythme mesuré avec un tempo stable. La musique japonaise aime les sons aigres et secs, les attaques claquantes, les notes instables et glissées, les rythmes libres et les changements radicaux de tempo. A ce niveau la musique japonaise ressemblerait plus à certaines musiques contemporaines qu’à notre musique classique.

• Tous les gestes des musiciens sont hyper ritualisés et sont associés à une méditation

• La musique savante japonaise est à peu près aussi complexe que notre propre musique savante, utilise elle aussi de la notation musicale (qui apparaît chez eux plus tôt que chez nous) et une forme de polyphonie (idem, elle apparaît chez eux avant nous). Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est à l’opposé de tout ce que les musicologues ont pu prétendre sur l’exception de la musique occidentale jusqu’à il y a peu. Je l’ai moi-même appris ainsi: on m’a présenté l’Occident comme la seule civilisation à avoir théorisé la polyphonie, et la première civilisation à inventer une écriture musicale. C’est faux.

• Les principes esthétiques qui régissent la musique japonaise sont très éloignés de ceux qui régissent la musique occidentale. D’ailleurs l’esthétique japonaise a été intégralement recopiée par John Cage, qui a fait figure d’absolue révolution esthétique chez nous. Les japonais privilégient l’absence d’expression sentimentale (le musicien doit éviter d’incorporer ses émotions dans la musique) ; l’imperfection (considérée comme naturelle, vitale ; ainsi au lieu par exemple d’atténuer le plus possible les bruits liés au jeu instrumental qu’un occidental considérerait comme parasites, comme par exemple le souffle pour un flûtiste, le japonais va les accentuer) ; l’asymétrie et l’absence de repères stricts (comme d’ailleurs dans leurs jardins, forme artistique à part entière chez eux).

• L’expressivité de la musique n’est donc pas sentimentale, en général. Elle est immédiatement issue des techniques instrumentales et du son même des instruments. En gros la différence entre l’Occident traditionnel et le Japon à ce niveau est que pour l’Occidental traditionnel, le musicien exprime des sentiments à travers la technique de son instrument, qui est donc un médiateur de sa sensibilité. Au Japon, on s’en fout pas mal du musicien, et celui-ci doit au contraire s’effacer le plus possible, se faire oublier. L’émotion du public est associée directement au son même de l’instrument, détaché d’un quelconque lien affectif avec l’instrumentiste. Et lorsque la musique exprime vraiment des sentiments, ce sont les sentiments du personnage joué par le musicien/danseur, et non celles du musicien/danseur lui-même.





Panorama des principaux genres de musique japonaise

Le shômyô : Le shômyô est le chant rituel bouddhique. Il est pratiqué par les moines, et non par les fidèles, qui peuvent assister aux cérémonies mais n’y participent pas.





Le gagaku : Le terme gagaku désigne toutes les musiques et danses savantes et aristocratiques. C’est la musique japonaise qui ressemble le plus à la musique occidentale, et assurément celle qui passe le plus souvent en musique de fond dans les restaurants à sushi par chez nous (quand ce n’est pas de la world music naze à tendance ambiant, vous voyez ce que je veux dire, le genre de trucs façon Nature & Découvertes). Ce qui ressemble à la musique occidentale, c’est qu’elle est majoritairement basée sur un rythme fixe, sur des notes à hauteur fixe et déterminée, et par ailleurs qu’elle pratique souvent l’idée d’exposition d’un ou deux thèmes principaux sur lesquelles elle fera des développements subtils et raffinés : voilà qui rappelle l’école classique chez nous (Mozart et tout le toutim). C’est la musique impériale par excellence. Mais le terme gagaku rassemble parfois des musiques assez différentes, comme par exemple la musique qui accompagne le culte shintô, ou le bunraku, qui n’est autre que la danse accompagnant le gagaku.

Plusieurs extraits différents sur cette vidéo, dont certains comportant du bugaku.




Le théâtre nô : Forme hyper stylisée et codifiée d’expression musico-théâtrale. C’est sans doute la musique japonaise la plus extra-terrestre aux oreilles occidentales. L’instrumentation est complètement incompréhensible au départ pour nous (4 tambours et… une seule et unique flûte suraigüe), et la façon de chanter nous est très perturbante. C’est le fin du fin des divertissements de la haute classe du pouvoir militaire. Et pas uniquement parce que des types crient « yôôOô » et « rrrôoOôô » avec un air sérieux et détaché.





Le théâtre kabuki : Autre forme de musique théâtrale, plus populaire, et pour nous un brin plus accessible. Visuellement le kabuki est beaucoup plus tape à l’œil que le nô, avec force de machineries, de costumes démesurés, de mises en scènes pourléchées, un grand nombre de musiciens, etc. Enfin, parfois. C’est aussi beaucoup de scènes avec des danses en soliste.







Le théâtre bunraku : Aussi plus populaire que le nô, c’est un théâtre musical caractérisé par l’utilisation de marionnettes au lieu d’acteurs, et un effectif musical restreint.


Putain ta gueule le commentateur.


You'll shit bricks.



Au Japon pas mal de styles musicaux sont liés à un instrument précis :


La musique de shakuhachi : Le shakuhachi est une flûte au statut très étrange, lié à une histoire assez folle, comme vous le verrez dans mon article sur l’instrument. La musique de shakuhachi est une méditation sonore, normalement plutôt faite pour être pratiquée que pour être écoutée. Ce sont des musiques très libres, très longues (une vingtaine de minutes en général), sur quelques notes seulement, très lentes, où tout se joue sur les effets de jeu et la manière qu’a l’instrumentiste de faire naître, vivre et mourir les notes.





La musique de shamisen :
C’est une des musiques les plus accessibles pour nous, souvent improvisée, ressemblant parfois un peu à une sorte de blues pour orientaux, et développant beaucoup l’idée de virtuosité technique (très naturelle chez nous, chez eux un peu mal vue, et d’ailleurs la musique de shamisen est entièrement profane et populaire). Par ailleurs il existe beaucoup de genres de chants spécifiquement accompagnés de shamisen.


A mon avis le style est très influencé par les solos occidentaux de guitare électrique là.



La musique de koto
: le koto est un instrument qui a un statut un peu équivalent au piano chez nous. C’est l’instrument classieux, bourgeois, et par ailleurs polyphonique, dont toutes les jeunes filles de bonne famille se doivent de jouer pour être de bonnes petites filles bien éduquées qui se feront retrousser le cul avec joie par leur oncle bedonnant. Les pièces de koto sont en général au rythme fixe, et les notes sont fixes par la simple facture de l’instrument. Elles sont en général intégralement écrites et ne laissent pas de part à l’improvisation.


Extrait d’un morceau du XVIIème.



La musique de biwa : trou actuel, je suis en train de m’informer dessus. J’updaterai ^^





Le sankyoku : Equivalent de notre musique de chambre pour les japonais, généralement pour trio de koto, shakuhachi et biwa. Parfois les musiciens chantent, aussi, comme sur cette vidéo :





Les chants et récits épiques : inutile d’en citer tous les sous-genres, y’en a un paquet. Ce sont des chants accompagnés par un ou quelques instruments, au rythme très libre calqué sur le rythme de la narration (chantée ou non), le chanteur étant aussi plus ou moins acteur. Les instruments accompagnent avec des formules mélodiques, quelques accords, ou encore des imitations de bruitages en rapport avec le récit. Malheureusement les récits ne parlent jamais de prout ou de caca.

On dirait un peu une sorte de caricature asiatique du blues :p




Les articles à venir

Après cette introduction, voici le coming soon des articles que je vais poster dans ce topic dans les prochains jours, pas forcément dans cet ordre :

Le théâtre nô

Le gagaku

Le shômyô


Le bunraku

Le shakuhachi

Toru Takemitsu (un peu HS mais pas trop : c’est un compositeur contemporain japonais qui renoue avec sa tradition)

L’esthétique japonaise et John Cage (idem, HS mais pas trop)


Je vous laisse pour l’heure sur cette vidéo qui présente deux instruments japonais assez awesome, le shô (orgue à bouche) et le hichiriki (un petit instrument à vent faisant un putain de boucan et transformant le visage de son joueur en cul).




Moar later.
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Ven 14 Jan - 0:43

Ça tombe bien, je m'étais réintéressé à la musique traditionnelle japonaise récemment, suite au visionnage des animes ~ayakashi~ Japanese Classic Horror et Mononoke. En fait, j'avais découvert une première fois le domaine (comme beaucoup d'autres ici sûrement) avec ... Ôkami. J'avais particulièrement bien aimé l'OST qui, si elle était évidemment bien plus mélodieuse et plus moderne que ce qu'on peut écouter sur cet article, reprend tout de même certaines sonorités clés. J'avais été particulièrement envoûté par le son diffus de l'instrument qu'on peut entendre à partir de 0:58 sur la vidéo de Gakagu, et je trouvais que les "YÔÔÔÔÔÔÔ" s'intégraient parfaitement bien dans certaines tracks. Je trouvais aussi un certain type de tambour assez epic, mais j'en ai pas entendu dans ce topic par contre ...

Après, si j'ai beaucoup aimé cette OST et ses sonorités, je me vois sérieusement mal écouter Les Chroniques de la Noble Expédition Guerrière de Fonsudaru-no-Gaburieroru pendant deux heures. J'y arriverais juste pas. Autant les instruments en jettent quand ils sont utilisés de manière originale, autant y a certaines vidéos qui me donnaient envie de mourir quoi ... Pas toutes hein, je kiffe le koto par exemple. Mais le théâtre Nô ... No indeed. Just no. Et pourtant c'est le genre de truc qui rendait un combat dans Ôkami complètement épique une fois accompagné du nécessaire. En fait, la musique traditionnelle japonaise me fait le même effet que plein d'autres genres : "Putain, ça en jetterait si on mélangeait ça avec d'autres trucs".

Voilà mon avis en gros. J'y connais pas grand chose, mais je dois avouer que ça m'intéresse pas mal. Un article intéressant et pour le moins original en tout cas, je reviendrai checker à chaque MàJ pour voir ce qu'il y a de nouveau. génial1
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Cornemuse
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Ven 21 Jan - 13:53

Le shakuhachi



Les pièces de shakuhachi sont longues, d’environ 20min. La lecture de ce petit article ne durera même pas ce temps, mais je vous invite quand même à le lire en écoutant du shakuhachi.

Mukaiji-Reibo

Et là ça y est, on y est, on médite sur la pureté des saisons avec les vieux sages du Mont Fuji tout en pratiquant le rituel du bukkake sur Naruto.

J’aime sincèrement cette musique, surtout pour l’instrument en lui-même. Beaucoup de ses effets me tirent les larmes des yeux, pas parce que ça me semble triste, mais d’une manière plus physique. C’est surtout à partir du moment où le morceau est bien lancé que le joueur développe des sons excellents.



C’est une des musiques japonaises qui pour moi représentent le mieux l’idéal de l’esthétique japonaise issue du bouddhisme : détachement des sentiments, simplicité, beauté issue du matériau sonore lui-même et non « saturé d’intentions » comme dirait John Cage. J’avais lu quelque-part dans des commentaires Youtube (oui, je lis toujours les commentaires Youtube) un type qui disait que cette musique avait la capacité de mettre en trance, mais une trance spéciale où on est toujours capable de rester concentré. J’aime bien cette idée et la partage.


Le shakuhachi est une flûte droite en bambou existant en plusieurs longueurs. Sa longueur traditionnelle usitée est 54,5cm, qui est la signification littérale de son nom (1,8 shaku), mais on a ensuite appelé shakuhachi toutes les flûtes droites de différentes longueurs et de différents nombres de trous. Le shakuhachi est réputé pour être extrêmement difficile à jouer.

L’histoire du shakuhachi est plutôt sympa. C’est un instrument qui se fait interdire, qui réapparait dans une secte, qui est utilisé par les mendiants et les délinquants, mal vu par le peuple tout en ayant un sens spirituel, bref. C’est pas pour rien que la flûte de Bill lui ressemble beaucoup (mais ce n’est pas la même : le shakuhachi est droit, alors la flûte de Bill est façon flûte traversière).



Ceci n’est pas un shakuhachi.

Je commence donc par raconter son histoire.






Histoire du shakuhachi

On divise l’histoire du shakuhachi par les différentes formes qu’il a connues. Ces différentes formes correspondent à différents noms, et une utilisation par des personnes de milieux très différents. En réalité, l’histoire du shakuhachi est marquée par des séries de rejets. L’instrument se fait jarter de tel groupe social, devenant interdit, puis est récupéré par tel autre groupe social. C’est ainsi qu’au fur et à mesure c’est devenu l’instrument des gens louches, au statut social douteux, un peu truands sur les bords, ou simplement mendiants.




Le gagaku-shakuhachi

Comme son nom l’indique, le tout premier shakuhachi était celui joué dans la musique de gagaku (rappel : musique savante impériale). Il a été importé de Chine en même temps que le gagaku, au VIIIème siècle.

Il n’existe plus aujourd’hui, tout simplement parce qu’il a été interdit. La raison est politique : le shakuhachi est utilisé en Chine par les Tang dans des cultes taoïstes. Or le taoïsme est bien le seul truc que les japonais n’ont pas piqué aux chinois à ce moment-là. Ils sont bouddhistes et shintoïstes, mais pas taoïstes. Ils s’intéressent d’ailleurs bien plus aux sectes minoritaires chinoises impliquant des vieux sages dans les montagnes, comme le bouddhisme zen.

Bref, jouer du shakuhachi devient très vite considéré comme pactiser avec l’ennemi. L’instrument disparaît de l’orchestre de gagaku et n’y reviendra plus jamais. Etant donné que cet instrument n’existe plus, et que la toute première musique de gagaku n’a pas été conservée, on ne peut pas trop savoir le rôle qu’avait le gagaku-shakuhachi.



Le hitoyogiri-shakuhachi

Le shakuhachi se fait donc virer par les nobles, et arrive tout naturellement, selon une logique un peu robinienne des bois, chez les bouseux. Il est récupéré par les paysans des rizières. Ces sous-êtres osent avoir des activités culturelles et sont même allés jusqu’à développer une forme de musique dansée, le denraku (une des musiques à l’origine du nô). Ces ignorants de bas-étage ont été assez stupides pour incorporer dans leur musique le shakuhachi, cet instrument de traître.

Le shakuhachi survit donc sous son nouveau nom, le hitoyogiri, appelé aujourd’hui hitoyogiri-shakuhachi pour une raison qui, sans doute, dépasse tout entendement. Il est légèrement modifié par rapport au premier shakuhachi.

Je n’ai pas trouvé dans mes documentations la raison de son changement de nom de "shakuhachi" à "hitoyogiri". Je vois deux solutions : soit il a été récupéré sans même que les bouseux ne sachent ce que c’est, et ils l’ont donc nommé ; soit ils ont changé le nom en sachant que l’autre shakuhachi a été banni. La seconde option me parait plus fun, alors je préfère imaginer celle-ci, en attendant d’avoir (ou pas) une réponse.

Rappel : un pouvoir militaire remplace le pouvoir impérial vers le XIIIème siècle. L’instrument qui a fait rager les nobles coincés attire alors le nouveau pouvoir en place. Ainsi le hitoyogiri retrouve partiellement son nom en se nommant hitoyogiri-shakuhachi, et est joué par les classes de guerriers, les moines, et, au final, les nobles aussi. Mais ça reste un instrument marginal.

En 1608, Sôkun Oomorie publie un répertoire de hitoyogiri-shakuhachi (oui car nous verrons que cette musique, comme toutes les musiques japonaises, était notée sur partition, avec un système de notation typique). Il y a deux types de pièces :

• Les pièces de méditation, en solo, qui étaient jouées par les moines bouddhistes ou encore les musiciens de nô en quête spirituelle. En gros la musique de vieux sage par excellence, qui suppose un travail spéculatif de la part du musicien, et qui est bien plus destinée à être jouée qu’à être écoutée. C’est une pratique avant d’être un spectacle. Mais par le miracle de la société postmoderne, vous êtes en train d’en écouter sous forme de MP3 en streaming sur internet.

• Les pièces d’accompagnement vocal du kouta, forme de chanson très brève, et des chansons citadines à la mode au XVIème siècle, jouées par les musiciens de kouta.

Au-delà de tout ça, une certaine tradition se développe, celle des mendiants qui jouent du hitoyogiri-shakuhachi. On les nomme les komuzô, sans doute parce qu’ils partagent le même museau.



Le ten-puku

Je ne vais pas m’étendre sur celui-là. C’est un shakuhachi qui apparaît mi-XVIème, quasiment sans répertoire. Chaque musicien doit construire son propre ten-puku. Aujourd’hui il est utilisé dans le folklore du sud du Japon.



Le Fuke-shakuhachi

C’est le shakuhachi tel que vous l’entendez actuellement si vous avez lancé le MP3 du début de l’article, et en fait le shakuhachi qu’on utilise majoritairement aujourd’hui.

Commençons du début.

En Chine, une légende (que je ne connais pas, sorry), parle d’un moine nommé Fuke, qui errait en mendiant. Pour mendier, il agitait une clochette. Je me suis demandé si l’omniprésence des clochettes dans les mangas et jeux vidéos japonais (je pense notamment à certains monstres des Final Fantasy) avaient un quelconque rapport avec cette légende, mais j’ai pas vraiment pu en trouver (en même temps voilà, les références culturelles dans les RPG et les mangas, Shiva quoi).

Au Japon, après de longues guerres civiles au XVIème siècle, on note une prolifération des rônin. Ce sont des guerriers errants. Après les guerres, ils n’ont plus aucun statut social et ont, en gros, le choix entre devenir des mendiants, ou devenir des hors-la-loi. En général ils deviennent les deux.



En voilà un qui est à la fois sympa et evil.

Ces rônin, près de 250 000 après les guerres civiles du XVIème, fondent la secte Fuke, basée sur un mélange entre la légende du moine chinois, et la tradition des komuzô, les mendiants japonais jouant du hitoyogiri-shakuhachi. Ce sont donc des moines errants en quête spirituelle, et mendiants en jouant du shakuhachi. Vu le nombre de rônin, cette secte prend une dimension assez impressionnante, qui inquiète donc le gouvernement Tokugawa.


Les komuzô mendiaient et erraient constamment avec un panier d’osier recouvrant leur visage, symbolisant leur détachement de la vie matérielle. (Marrant : le titre du jpg est « A begging criminal »).

Pour pallier au problème, le gouvernement décide de protéger la secte Fuke afin de la contrôler. Le meilleur moyen de contrôler les rônin est de leur offrir une place dans la société, puisque ceux-ci sont hors-la-loi pour la simple raison qu’ils ne peuvent rien faire d’autre. Le gouvernement Tokugawa décide donc d’officialiser le phénomène des komuzô (mendiants au shakuhachi) et de réserver cette pratique uniquement aux membres de la secte Fuke. Grâce à cette obligation, et aux rapports amicaux ainsi entretenus avec la secte Fuke, le gouvernement s’assure un contrôle et une gestion administrative des rônin, qui jusqu’ici étaient l’équivalent des sans papiers chez nous. Pas con, quand même.

Le shakuhachi devient donc un instrument sacré réservé aux membres de la secte Fuke. De même, l’enseignement du shakuhachi est exclusivement desservi dans les temples Fuke. A ce sujet, les temples Fuke ne sont pas des lieux de cultes, puisque la secte Fuke privilégie la quête spirituelle nomade, mais simplement des lieux d’habitation de membres. Les membres de la secte Fuke peuvent donc également devenir des maîtres de shakuhachi à leur domicile, qui pour le coup est véritablement une place sociale de bon rang. GG Tokugawa.

Le problème, comme toujours, c’est la bonne vieille populace. Le peuple regarde d’un très mauvais œil la secte Fuke, protégée ou non par le gouvernement, et considèrent les temples Fuke comme des lieux à éviter, rassemblant toute la racaille du pays. Ce n’est pas, de toute façon, comme si c’était entièrement faux. Ce fait est accentué par la multiplication de faux komuzô, illégaux, qui n’ont pas obtenu la dérogation de la secte Fuke, et qui se battent entre eux. Cette multiplication des faux komuzô survient surtout aux XVIIIème et XIXème après la multiplication de problèmes économiques, et donc l’augmentation de la pauvreté.

Néanmoins, et malgré le contexte difficile, la secte Fuke réussit à faire accepter son esthétique musicale, associant la pratique du shakuhachi à la méditation.



Technique

Le shakuhachi, malgré les apparences, est extrêmement complexe à construire, et demande une technique de fabrication très pointilleuse. Il ne faut donc pas considérer l’absence de clés (ces mécanismes qu’on trouve par exemple sur la flûte traversière, la clarinette ou le saxophone en Occident, et permettant de boucher les trous de manière parfaite) comme une faiblesse de la lutherie japonaise, mais bien comme un choix.

En effet la technique instrumentale du shakuhachi privilégie énormément les sons glissés. Pour cela, on profite de la largeur des trous pour les boucher, par exemple, à moitié, ou aux trois quarts, etc. Ou encore, on entrouvre un trou très progressivement. Ces techniques permettent d’obtenir des sons glissés d’une note à l’autre de manière très continue, ou des quarts de ton, huitièmes de tons (qui ne sont pas considérés comme des changements de note mais comme des effets).

Enormément d’effets sont nommés et répertoriés par les joueurs de shakuhachi, impliquant diverses sortes de mouvement du menton, de jeux avec les lèvres, de roulements de langue, ou différentes manières de boucher les trous avec les doigts. C’est ce qui permet d’avoir, sur quelques notes, des milliers de petits détails de timbre.


Sur cette vidéo certains gros plans permettent de bien se rendre compte de tous les mouvements très précis de la tête, du menton, des lèvres et des doigts.

Un exemple de technique répertoriée : kazachi (assombrir) implique de ne recouvrir le trou que sur un millimètre pour baisser très légèrement la note.



Pour les musiciens, précisions techniques sur la musique :

Les pièces de shakuhachi sont en général en mode « in », un mode japonais approximativement équivalent au mode de si, le moins utilisé chez nous. Chez eux ce mode est divisé en deux tétracordes (de si à mi, et de fa à si), dont les notes extrêmes sont les pôles et les notes intermédiaires sont secondaires, auxiliaires.




Notation

Il y a deux types de notations, en fonction de si la musique est déterminée (rythme mesuré, notes fixées) ou indéterminée (rythme libre, notes fluctuantes).

Le rythme des pièces méditatives est libre, ce qui ne veut pas dire non plus que les musiciens peuvent faire n’importe quoi et improviser des rythmes avec les notes écrites. Le rythme libre implique seulement qu’on ne puisse pas caler de métronome dessus (aucun tempo régulier), mais les notes gardent quand même toujours les mêmes idées de durées (celle-ci est longue, celle-ci non, etc, sans plus de précision). Le rythme de l’exécution est en fonction du souffle du musicien, et de la manière dont son maître lui a appris à jouer la pièce. Il n’y a aucune improvisation, une simple souplesse rythmique, sans pulsation régulière.


Notation de la musique indéterminée, méditative.

Cette notation se lit de haut en bas et de droite à gauche. Les signes désignent des positions de doigts, donc les notes, et les longs traits verticaux désignent la longueur des notes.



Le rythme des pièces profanes (accompagnement de chansons, ou trio sankyoku) est mesuré. Dans ce cas, la notation mise en place a été inspirée par la notation occidentale, et on fractionne les mesures à l’aides de cadres :


Chaque cadre correspond à une mesure, qui compte en général 4 temps. Les notes sont représentées par les mêmes syllabes que dans l’autre notation, mais sont accompagnées à leur droite de petits signes indiquant si elles durent un temps, un demi temps, etc.






En guise de conclusion, je fais un coming soon approprié de mon article sur Toru Takemitsu, en vous passant une œuvre de Takemitsu pour orchestre occidental, shakuhachi et biwa. Aucune volonté de mélanger les deux, le compositeur a préféré contraster le plus possible les cultures occidentale et orientale. Et putain, c’est contrasté, en effet.

PS : la joueuse de biwa est bien une joueuse.



Mais a priori, mon prochain article sera celui sur le nô. See you later prin2
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Haganeren
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Sam 22 Jan - 17:49

J'ai mis beaucoup de temps à lire ton article parce que j'ai une connexion naze.
Je souhaitais lire tout en écoutant la musique mais avec ma connexion de merde, ça prenait un bon moment pour juste la charger. (vingt bonne minutes la musique de 5 minutes)

Donc en attendant que ça charge je faisais autre chose et je zappais que j'avais un article en cours et le lendemain je repartais à zéro.
Je sais, ma vie est un drame. moai1

Toujours est il que j'ai trouvé ces articles particulièrement intéressant. (Je considère qu'il y'a vraiment deux articles dans ce topic)

Pour le premier, vu que je n'ai pas pu apprécier les différentes classifications de musiques japonaises à leurs justes valeur, j'ai néanmoins trouvé particulièrement pertinente les différences qu'il peut y avoir entre les modèles d'esthétisme occidentaux et orientaux. (C'est bien d'eux de lié l'individualité comme ça même dans la musique moai1 )

Dans les deux articles, les passages historiques sont particulièrement intéressant et bien écrit. Finalement en prétextant un cours sur les musiques traditionnel, tu nous fais carrément un cours sur l'histoire global du Japon tout bien synthétisé et c'est quand même assez énorme.

Pour le deuxième article, étant moi même musicien, j'ai d'abord été déçu de ne pas voir une "partition" japonaise... Au fait tu en avais mis, c'est juste que ma connexion est tellement naze que les images ne se sont pas chargé. C'est quand même incroyable de voir comment une culture aussi différente de la notre a pu se développer! Du coup par ailleurs ces images qui sont sur fileden, c'est des hotlink ou tu les as réuploadé? Parce que je peux les réuploadé avec notre hebergeur d'image favoris pour le site si c'est du hotlink.

Bref, la prochaine fois, j'espère que je pourrais écouter au lieu de simplement lire moai1
Excellents articles!
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Cornemuse
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Sam 22 Jan - 19:39

Merci pour les compliments Smile Et content que ça t'intéresse ! Je ne savais pas que tu étais musicien : tu joues quoi ?

Les images uploadées sur fileden sont des scans que j'ai fait à partir d'un bouquin emprunté à la médiathèque, donc elles ne sont pas disponibles ailleurs sur le net. Par contre ça prend vraiment rien en place donc on peut les laisser sur fileden, je pense, pas la peine de s'embêter ! ^^
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Haganeren
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Sam 22 Jan - 21:48

Je sias même pas ce qu'est fileden...

En tout cas de toute façon il y'a pas mal d'image de l'article qui sont des hotlink à réuploadé donc tu sais, ça m'aurait pas gêné...

Sinon moi... Bah je fais du Trombone dans une harmonie municipal... moai1
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Sam 13 Aoû - 4:20

Le théâtre nô






So awesome.




« Nô » est l’abréviation de « nô-gei », qui signifie « art du spectacle ». Le théâtre nô est un spectacle musical profane où, à l’image de l’opéra occidental, la musique s’associe à d’autres arts : théâtre, danse, costumes, narration. La musique est omniprésente et assez complexe pour être écoutée sur un CD par exemple, mais on y perdrait beaucoup, tout comme lorsqu’on écoute un disque d’opéra. Le mieux serait donc un DVD, encore mieux s’il est sous-titré pour pouvoir comprendre l’intrigue. Je n’en ai toujours pas trouvé à prix abordable, mais je persévère.

Comme dit Saturnome, le meilleur moyen de voir du nô au final est de regarder des films japonais. Par exemple dans Banshun (Late Spring) d’Ozu il y a une scène d’une bonne dizaine de minutes où on assiste à une représentation. On se contentera pour cet article des vidéos Youtube, la plupart du temps enregistrées par des amateurs, durant rarement plus d’une minute et avec une qualité de merde.

A première écoute, on serait tenté de définir le nô comme un théâtre avec des types bizarres qui ont un malus en vitesse de -200% et des musiciens samouraï qui crient « yôôo » pour intimider l’homme du public ou s’apprêter à le tuer s’il ose respirer. En fait c’est bel et bien une forme d’art, et souvent réputée pour être extrêmement raffinée, et qui demande une technique conséquente (« nô » seul voulant d’ailleurs dire « habilité, capacité, efficacité »).

Mais c’est étrange : très rapidement, après les premières écoutes douloureuses ou marrantes, on s’habitue aux sonorités. Ca reste très facilement en tête, et ça finit vite par devenir très addictif, d’autant qu’on ne trouve ces sonorités nulle part ailleurs. Et quand en plus on comprend ce qui se passe, on devient un gros taré qui cherche à acheter des DVD de nô sur internet (75€, autant dire que je n'ai pas encore passé le cap).

C’est peut-être aussi parce que même s’il est au premier abord difficile d’accès pour l’occidental par ses sonorités, le théâtre nô est d’un point de vue esthétique assez proche de l’Occident, du fait qu’il est peu influencé par le bouddhisme (contrairement à beaucoup de musiques comme celle du shakuhachi, ou le gagaku). Les notions de technique, de virtuosité, de divertissement et de spectacle sont très présentes, et ces notions caractérisent beaucoup la musique occidentale.




Catégories

Les japonais ont une tendance impressionnante à tout catégoriser, tout nommer, etc. Concrètement, dans le nô, ça fait que tel mec peut se spécialiser à vie dans la pratique d’un seul et unique type de tambour, en jouant les deux seules frappes différentes théorisées et nommées pour ce tambour. Cette spécialisation à vie est une obligation, c'est-à-dire que ce joueur de tambour là n’a pas le droit de jouer ne serait-ce que d’un autre tambour. Sinon harakiri. Non bon ok, c'est juste le déshonneur, mais ça revient à peu près au même.

Il y a cinq instruments différents dans le nô (on les verra dans la rubrique à leur sujet), et donc cinq classes d’instrumentistes spécialisés à vie dans leur instrument.

De même, les acteurs se spécialisent à vie dans une seule classe d’acteur. Il y a trois classes d’acteurs :

- Le waki : acteur de rôles principaux

- Le shité : acteur de rôles secondaires

- L’acteur de kyûgen (pièce comique)

Il y a aussi des acteurs spécialisés dans les rôles féminins, car les femmes ne peuvent pas être actrices de nô. Il va falloir écrire un yaoï se passant dans une troupe de nô.

A noter que quand je parle d’ « acteurs », c’est un terme générique. Ce sont techniquement des acteurs, danseurs et chanteurs, tout à la fois, un peu à la manière des chanteurs d’opéra (même si chez nous l’aspect danse est rarement présent).

La spécialisation va au-delà de l’instrument ou de la classe d’acteur. Chaque instrumentiste ou chanteur s’est formé dans une école précise, chez tel ou tel maître auquel il voue un respect absolu et duquel il diffuse l’enseignement et la conception. On ne peut faire partie de plusieurs écoles, là aussi c’est un engagement de toute une vie. De fait, l’apprentissage de la musique dans le Japon traditionnel ressemble pas mal à l’apprentissage des arts martiaux.


Même si c’est un maître chinois, imaginez-le qui vous apprend à jouer du tambour à la perfection et vous aurez compris.



Brève histoire

L’histoire du nô est moins intéressante que celle du shakuhachi et n’a pas grande influence sur la compréhension de la musique elle-même, donc on va faire ça rapide juste pour situer les choses.

Depuis le XIème siècle, les divertissements populaires donnent naissance à plusieurs activités musicales et théâtrales. Au final, à la fin du XIIème siècle, toutes ces activités sont synthétisées et finissent par donner deux formes majeures : le sarugaku (théâtre musical), et le dengaku (musique et danse), ce dernier étant d’ailleurs le genre populaire dont on a parlé dans l’histoire du shakuhachi, qui a récupéré l’instrument après que les nobles l’aient chié de leur palais.

Le sarugaku et le dengaku se côtoient sans s’influencer jusqu’à la fin du XIIIème siècle, où ils commencent finalement à se mélanger.
Au XIVème siècle, on parle de « sarugaku-nô » et de « dengaku-nô », puis enfin simplement de « nô » regroupant les deux. Les premiers noms de compositeurs de nô apparaissent. A l’origine une pratique populaire, le nô devient de plus en plus prisé par les nobles jusqu’à devenir le divertissement majeur de la classe dirigeante.

Le plus important est sans aucun doute Zeami, qui en plus d’avoir un nom classe et facile à retenir, a composé plus de 200 pièces de nô et a écrit de nombreux ouvrages théoriques sur cet art. Il fixe la forme du nô, et la notation musicale du nô (différente pour chacun des instruments, et comportant aussi des indications de mise en scène). Dans la théorie de la musique de nô, il est aussi important que, par exemple, Rameau dans notre musique classique, et pour ceux qui ne savent pas qui est Rameau, retenez simplement que Zeami a une big big influence théorique.

En 1591, le décret de Hidéyoshi (idée Yoshi) ordonne de recenser les professions et interdit tout changement de métier. C’est là que toutes les catégories d’acteurs et d’instrumentistes sont définies, et aussi de là que vient l’interdiction de changer de pratique. Par la suite au XVIIème siècle le nô, sclérosé par ce type de décret, arrête d’évoluer et entre en phase de conservation : diffusion du répertoire, de l’enseignement, de la théorie, etc. Le nô joué aujourd’hui est le même que celui du XVIIème siècle.

XXème : Il y a quelques tentatives de rénovation du nô par des compositeurs, mais ça ne marche pas vraiment, notamment parce que la musique occidentale a pris le dessus. C’est pourtant rigolo de constater que les compositeurs occidentaux sont fascinés par le nô, comme par exemple Boulez qui rend hommage à cette musique (et pourtant, Boulez qui aime une musique traditionnelle, c’est un peu comme si les Guns’n Roses rendaient hommage à Pascal Sevran vous voyez).



Instruments et chanteurs

Une dernière petite partie descriptive avant d’entrer dans les élucubrations sur « comment ça marche » et « quels sont les codes ». Mais déjà, avec les instruments, on entre un peu dans les codes à comprendre.

Il y a cinq instruments dans le nô : une flûte et quatre tambours. Dans des écrits de Zeami, on trouve parfois des mentions du shakuhachi, mais ce dernier n’est utilisé dans aucune des pièces transmises jusqu’à nos jours. Il était sans doute utilisé dans les tous premiers nô, étant donné que le nô est une association du sarugaku et du dengaku, et que le shakuhachi était utilisé dans le dengaku.



Le nô-kan



Comme vous pouvez le voir sur cette superbe image aux taille et qualité exceptionnelles, le nô-kan est une flûte de type traversière, toute petite. Elle a la même tessiture que le piccolo, la flûte la plus aiguë de l’orchestre occidental.

http://rapidshare.com/files/426350189/01-AudioTrack_01.mp3

Mp3 avec cette flûte seule, qui joue des cellules de nô (on verra plus tard cette histoire de cellule).



Le ko-tsuzumi


Non, regardez le tambour qu’elle tient, pas elle. C’est une geisha, elle annihilerait votre fierté virile en 5min avec deux doigts.

Le ko-tsuzumi est un tambour qui comprend une cordelette. En tirant sur la cordelette, on peut modifier la hauteur du son. Quatre sons spécifiques du ko-tsuzumi sont théorisés et nommés : Otsu, Hodo, Kan, et Kashira. Le joueur ne fait donc que ces quatre sons pendant toute sa vie. L'instrumentiste produit aussi des interjections vocales ("yÔoOooo") qu'on nomme les kakégoé.

A noter que le ko-tsuzumi n’est pas joué par une geisha dans le théâtre nô, donc calmez vos pénis et continuez à méditer sur la nature.



Le ô-tsuzumi


Le ô-tsuzumi a un son plus aigu que le ko-tsuzumi et ne peut pas faire varier la hauteur de ses sons. On ne distingue que deux sons différents : faible et fort.

Le ko-tsuzumi et le ô-tsuzumi sont inséparables et antithétiques. On verra que le nô est divisé en périodes de 8 temps. Le ô-tsuzumi intervient pendant les 4 premiers temps, et le ko-tsuzumi pendant les 4 suivants, ce qui divise grosso modo les périodes de 8 temps en deux parties. Ces deux instruments sont écrits sur une seule et même partition (où apparaissent aussi les kakégoé), qui montre à quel point ils sont considérés comme un seul élément de la musique.

http://rapidshare.com/files/426350190/03-AudioTrack_03.mp3

Mp3 avec les joueurs de ko-tsuzumi et ô-tsuzumi seuls, pratiquant des cellules avec leurs tambours, certaines avec kakégoé, d’autres non.


Cette vidéo montre bien comme ces deux petits tambours peuvent être hypnotiques et puissants quand c’est bien joué, surtout quand ça accélère.



Le taïko


Ok Donkey Konga avec du Nô, vive le Japon.

Le taïko est le plus gros tambour et le plus grave du nô, plus ou moins facultatif. Il n’intervient généralement qu’à la dernière des cinq parties qui constituent une pièce de nô, pour appuyer le paroxysme narratif et rythmique, comme le suggère l’image ci-dessus. Encore une fois, le joueur produit aussi des kakégoé.





Les kakégoé

Ce n’est pas un instrument, mais parlons-en.

Les kakégoé sont donc les interjections vocales des percussionnistes, et sont d’ailleurs inscrites sur leurs partitions. Elles font pleinement partie de leur jeu musical, puisque c’est l’association entre le jeu de tambour et les kakégoé qui forment les cellules rythmiques.

Les kakégoé ont par ailleurs deux fonctions :

- Elles ont le même rôle qu’un chef d’orchestre, permettant aux musiciens de savoir où on en est. Le rythme du nô est bien divisé, notamment en périodes de 8 temps, mais ces temps ne sont pas réguliers. Les kakégoé permettent aux musiciens d’être ensemble malgré cette fluctuation de tempo. On dit « iya » avant les 1er, 3ème et 5ème temps, et on dit « y-------oï » avant la frappe du 3ème temps (le y--- dure jusqu’à ce que le temps soit frappé, et le oï est dit en même temps que la frappe).

- Les kakégoé ont également un rôle dans la narration. Les kakégoé changent d’intensité, de timbre, etc, en fonction de la nature de la section qui est jouée (exemple : pour une section impliquant des dieux, les kakégoé seront solennels et graves ; pour une section impliquant une héroïne, les kakégoé seront doux et longs).

Les kakégoé sont peut-être un des quelques rapprochements qu’on peut quand même faire encore le nô et le bouddhisme, ici le bouddhisme zen. En effet ils rappellent les katsu du bouddhisme zen, des cris que l’on produit dans le but de se détacher de son corps et du monde matériel, et d’atteindre l’état de sûnyatâ (vacuité). Ces katsu sont une spécificité des moines zen, qui reprochent au bouddhisme chinois son intellectualisme, et privilégient l’irrationalité (à ne pas prendre au sens négatif, en tout cas pour eux). Les kakégoé, qui sont eux-mêmes des cris décrivant des états ou des caractères de personnages, ressemblent à cette déconstruction du langage du bouddhisme zen. Cependant il est important de rappeler que le nô n’a aucune dimension religieuse.



La partie vocale

La partie vocale se comporte d’un chœur et des chanteurs solistes. Je n’ai pas intégré les kakégoé dans la partie vocale en raison de leur fonction rythmique et de leur dépendance aux frappes de tambour et vice-versa.

Le chœur, à droite de la scène, a un rôle de mise en situation et d’ambiance. Il évoque les décors, les saisons, les états d’âme des personnages.


On ne le voit pas, mais au début de la vidéo on entend bien le chœur.

Les chanteurs solistes quant à eux, qui sont aussi les danseurs et les acteurs, ont trois manières de dire un texte : kotaba, la déclamation, qui est ce que nous appellerions une déclamation de théâtre classique, le sashi-utaï, chant récitatif, équivalent du récitatif dans nos opéras (du parlé-chanté), et le utaï, le chant. Les trois techniques se succèdent sur scène dans cet ordre, en rapport avec l’évolution dramatique, et selon le principe esthétique jo-ha-kyû, que nous verrons plus en détail dans la partie suivante.

Pour ce qui est du chant, deux techniques sont différenciées :

- Le tsuyogin : chant très puissant, avec des vibratos très larges, et des syllabes qui claquent. Il est utilisé lors des scènes de batailles, par exemple. On l'entend dans la vidéo du début de cet article vers 2min 50, mais ça dure pas bien longtemps.

- Le yowagin : chant doux, lent, petits vibratos, et des syllabes liées. Il est utilisé plutôt pour les scènes psychologiques, les plaintes, les descriptions de sentiments, etc. On l’entend dans la scène de nô de Banshun (Late Spring) de Ozu :


A 1min10 de la vidéo, et ensuite il est suivi par le chœur. Je le trouve vraiment prenant.



Structure dramatique

Je viens parler de « section impliquant des dieux », et de « section impliquant une héroïne ». En fait, chaque pièce de nô est divisée en 5 sections qui correspondent à des successions de personnages principaux, toujours dans le même ordre : 1/ Divinité ; 2/ Héros ; 3/ Héroïne ; 4/ Fou ; 5/ Démon. A chaque fois, entre deux sections, on joue une pièce de kyûgen, pièce comique. Aujourd’hui, le public étant moins habitué aux longues représentations, on a tendance à ne jouer que 3 sections, en respectant néanmoins l’ordre d’origine et en conservant les kyûgen intercalés.



Le principe jo-ha-kyû et la structure globale

L’évolution de la structure dramatique s’explique par un principe fondamental de l’esthétique musicale japonaise : le jo-ha-kyû (littéralement : introduction, brisé, rapide). Ce principe n’est pas une division en 3 parties, mais sous-entend l’évolution progressive et imperceptible du plus lent au plus rapide, du plus calme au plus intense, du plus faible au plus fort, etc.

Le côté imperceptible est très important : en général, quand le public peut clairement se dire « tiens, on a changé de rythme là, c’est soudainement plus rapide », il ne peut pas cela dit définir à quel moment exact ça a changé : c’est arrivé de manière progressive. En gros, il y a une division perceptible entre des parties présentant des rythmes différents (de plus en plus rapide globalement), mais la division elle-même est imperceptible, masquée par une évolution progressive. Pour donner un exemple visuel, ce serait comme un arc-en-ciel présentant plusieurs couches de couleurs distinctes, mais les zones transitoires entre les couches seraient des dégradés. Du coup, même si on perçoit des couches distinctes, on ne saurait pas exactement où placer les frontières qui les séparent.

L’extrait qu’on voit sur cette vidéo montre plusieurs périodicités rythmiques. Dommage que les transitions soient coupées du film, du coup là on sent vraiment le passage d'une partie à une autre (attention volume fort) :


Le principe jo-ha-kyû régit tous les éléments du nô, du plus général au plus infime. La pièce entière (les cinq sections) est régie par ce principe, allant du plus lent et solennel (divinité) au plus rapide et fort (démon). Chaque section elle-même présente une narration régie par ce principe. Et même les cellules mélodiques et rythmiques sont chacune régies par ce principe. Le principe jo-ha-kyû influe donc sur la macrostructure autant que la micro.



Histoire

Il y a deux types d’action : la première est celle la plus usitée chez nous, l’action chronologique, présentant les évènements dans l’ordre. La seconde est la plus courante dans le théâtre nô, et présente deux actions rétrogrades : la première se déroule dans le présent, et la seconde dans le passé.
Cette deuxième structure dramatique est la plus prisée car elle permet des scénarios mettant en scène d’anciennes vies. En général, le passé qu’on découvre montre une vie antérieure de l’âme du personnage qu’on a découvert dans la première partie. Cette vie antérieure explique les situations du présent qu’on a pu voir, et des traits de caractère du personnage du présent. Le personnage du présent et celui du passé sont en général radicalement différents (exemple : au présent une villageoise, mais dans son ancienne vie un démon), mais joués par le même acteur du fait qu’il s’agisse de la même âme, ce qui fait partie du caractère virtuose de l’acteur principal (le waki).



Structure musicale

Le nô est une musique intégralement écrite qui ne laisse pas de part à l’improvisation. Une marge de fluctuation est nécessairement permise, puisque le rythme n’est pas régulier, et les notes non plus. Mais en aucun cas les musiciens ne font ce qu’ils veulent, ni n’inventent quoi que ce soit. La marge de fluctuation ne permet que la souplesse de l’interprétation, mais pas l’improvisation. Les musiciens peuvent néanmoins pratiquer quelques ornements sur les cellules, à condition que ce soit léger et que ça n’empêche pas de les reconnaître.

La structure musicale du nô est divisée en trois unités de construction : la cellule, la séquence et la section.

La plus petite unité est la cellule, qu’elle soit mélodique (flûte et voix) ou rythmique (percussions). Une cellule est un motif qui dure 8 temps.

En Occident traditionnel la plus petite unité est la note : on perçoit les notes une par une, on compose les notes une par une, et les musiciens apprennent des phrases musicales en jouant distinctement chaque note, parfois en les détachant, etc. Dans le théâtre nô la note n’est qu’un constituant d’une cellule. On n’apprend jamais par exemple une cellule en la découpant en notes. Dans l’apprentissage, le maître apprend à l’élève les cellules entières. Et lorsqu’ils composent, les compositeurs ne construisent pas avec des notes mais avec des cellules.

Ces cellules sont répertoriées, nommées, et sont communes à toutes les pièces de nô : elles constituent le matériau de composition de base. Le nô-kan (flûte) dispose d’environ 50 cellules, et chacun des trois tambours en possède environ 250.

Les cellules mélodiques sont adaptées au texte : notes répétées, cellules répétées, etc, en fonction de la prosodie du texte pour que le texte se cale sur les cellules. Au niveau de la métrique, le texte peut être découpé de trois manières dans les cellules de 8 temps :

• Hina-nori : 12 syllabes (perçues comme 7+5) sur les 8 temps. C’est la distribution ordinaire, en général utilisée dans les chants rythmés, et les scènes dramatiques et psychologiques.

• Chû-nori : 16 syllabes (perçues comme 8+8 ) sur les 8 temps. C’est la distribution utilisée pour les scènes de batailles ou des enfers.

• Ô-nori : 8 syllabes (perçues comme 4+4) sur les 8 temps. C’est la distribution qui correspond en général au paroxysme de la pièce, au point culminant de la tension dramatique. C’est une supposition personnelle, mais je pense que le fait que cette métrique d’apparence plus lente que les autres (seulement 8 syllabes sur 8 temps) s’explique notamment du fait qu’à la fin d’une pièce on peut arriver à des tempos extrêmement rapides. Du coup, le chant n’est pas pour autant lent, puisque le reste de la musique est plus rapide.

Les séquences sont, tout simplement, les agencements de cellules entre elles. Les compositeurs assemblent les cellules pour obtenir de nouvelles phrases musicales. Les cellules sont du coup rangées en 7 catégories, dont 5 qui correspondent à différentes fonctions dans l’agencement de phrases musicales : cellules initiales, cellules de 1ère jonction, cellules centrales, cellules de 2nde jonction, cellules terminales ; et les deux autres qui sont les cellules de début d’exécution, et les cellules de fin d’exécution.

La section, agencement de plusieurs séquences, est l’unité que nous avons évoquée plus haut. Une pièce de nô comporte 5 sections : divinité, héros, héroïne, fou, démon. De ce que j’ai compris, les kyûgen (pièces comiques) intercalés entre les sections ne font pas partie de la pièce, ce sont des genres d’entractes et on peut mettre n’importe lesquels.



Une dernière vidéo pour la route



Plusieurs extraits d'une pièce de nô. La qualité de son est pas mal pour une vidéo amateur.



La suite dans environ deux siècles. oui5
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Sam 13 Aoû - 20:33

Putain fabuleux là. J'osais même plus espérer la suite et la voilà qui me tend les bras!

Compte sur moi pour mettre plein de lien vers tes autres articles musicaux dans ce que tu as décrit dans l'article.

Il est toujours aussi intéressant moins historique mais il s'agit ENCORE d'une autre façon d'écrire et de concevoir la musique.
En occident que tu fasses du rock, du jazz ou de la musique classique, c'est toujours écrit sous forme de note.
Là apparemment au Japon c'est pas le cas donc c'est assez étrange.

Le comparatif de la musique avec les arts martiaux est assez bien trouvé, c'est exactement ça. C'est à se demander ce qu'ils font pour se détendre, ces Japonais, entre toute ces conventions et règles à respecter!

Je me pose une question par rapport au théatre No ceci dit. Tu dis qu'il y'a un type qui a fait pas moins de 200 pièces.... Mais elles racontent quoi?
C'est quoi le genre d'histoire qu'il peut y avoir? Nous au théatre, on a différent type genre le drame, la comédie et tout et tout.
Mais là au théatre No? Il s'y passe quoi? Déjà le coup des vies antérieurs c'est assez différent de ce que l'on a en occident c'est hyper intéressant alors je suppose que le reste doit être sympas aussi.
Les gens qui regardent le No ont un petit papier décrivant l'histoire comme à l'Opéra? Ou alors ils doivent se débrouiller pour comprendre? (Vu qu'il y'a pas de parole...)

Au niveau de l'article en lui même, il a quelques détails d'humour par ci par là, est très espacé et son seul défaut réside peut être en sa trop grande diversité de taille d'image. (Ouais je sais, c'est facile d'avoir toujours les mêmes tailles d'images quant on fait des reviews de jeux vidéo alors que toi tu as dû trimer aux quatre coins de l'Internet pour trouver tes images...)

En tout cas, boulot fabuleux Corn! Le style de musique est effectivement extrêmement particulier même si j'ai pas pu en écouter beaucoup, vu ma connexion Internet...

J'ai juste pu voir du Kabuki perso... Me semble que le No était pour les nobles et le Kabuki pour le peuple si je me souviens bien. (T'auras pas fait tes articles pour rien moai1 )
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Cornemuse
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Dim 14 Aoû - 16:19

Merci beaucoup !

Citation :

Il est toujours aussi intéressant moins historique mais il s'agit ENCORE d'une autre façon d'écrire et de concevoir la musique.
En occident que tu fasses du rock, du jazz ou de la musique classique, c'est toujours écrit sous forme de note.
Là apparemment au Japon c'est pas le cas donc c'est assez étrange.

Ca dépend des styles en fait, par exemple pour le shakuhashi les notes étaient clairement écrites (pas la même notation que nous évidemment, mais bon). Ici on fonctionne par motifs, donc des petits éléments de 4-5 notes, comme des petits thèmes qu'on assemble. Donc la partition est un assemblage de motifs. Le plus proche de ça chez nous est la notation des effets en musique baroque : certains effets sont des motifs de 4 notes qu'un seul signe suffit à décrire. Idem pour certaines notations médiévales où, par exemple, un motif "une note, puis une note plus grave, puis une note plus aigue" s'écrivait avec un seul signe.


Citation :
Le comparatif de la musique avec les arts martiaux est assez bien trouvé, c'est exactement ça. C'est à se demander ce qu'ils font pour se détendre, ces Japonais, entre toute ces conventions et règles à respecter!

Ils se détendaient en prenant le thé... Ah non en fait, la cérémonie du thé c'est encore pire ^^

Citation :

Je me pose une question par rapport au théatre No ceci dit. Tu dis qu'il y'a un type qui a fait pas moins de 200 pièces.... Mais elles racontent quoi?
C'est quoi le genre d'histoire qu'il peut y avoir? Nous au théatre, on a différent type genre le drame, la comédie et tout et tout.
Mais là au théatre No? Il s'y passe quoi? Déjà le coup des vies antérieurs c'est assez différent de ce que l'on a en occident c'est hyper intéressant alors je suppose que le reste doit être sympas aussi.
Les gens qui regardent le No ont un petit papier décrivant l'histoire comme à l'Opéra? Ou alors ils doivent se débrouiller pour comprendre? (Vu qu'il y'a pas de parole...)

Il y a des paroles, dans le chant (autant le soliste que le choeur). Quand il n'y a pas de paroles, il faut deviner. Mais la mise en scène et les symboles visuels sont aussi très codifiés et sont aussi importants que la musique, normalement. Le soucis c'est que je n'ai jamais vu une pièce de nô en entier, seulement des extraits... Il n'y a qu'un seul site internet qui vend des DVD de théâtre nô (avec sous-titres, un sacré bon point), mais il les vend 75€ chaque... Idem pour le kabuki ou le bunraku. Enfin bon, je pense que j'en achèterai un jour. Tout ce que je décris là, je l'ai appris majoritairement en lisant des bouquins et en regardant des trucs youtube de 5min, et je me sens ultra frustré de ne pas pouvoir appliquer tout ça sur une pièce complète.

Bref... Je suis aussi curieux que toi mais pour le moment, je n'en sais tout simplement rien...

Citation :

Au niveau de l'article en lui même, il a quelques détails d'humour par ci par là, est très espacé et son seul défaut réside peut être en sa trop grande diversité de taille d'image. (Ouais je sais, c'est facile d'avoir toujours les mêmes tailles d'images quant on fait des reviews de jeux vidéo alors que toi tu as dû trimer aux quatre coins de l'Internet pour trouver tes images...)

J'aurais pu les redimensionner cela dit... Mais wow la flemme les rs vont rser

Citation :

J'ai juste pu voir du Kabuki perso... Me semble que le No était pour les nobles et le Kabuki pour le peuple si je me souviens bien. (T'auras pas fait tes articles pour rien moai1 )

C'est bien ça :p Le kabuki est d'ailleurs plus accessible, et j'avoue qu'il me touche plus facilement. En fait c'est à peu près pareil, sauf que le kabuki est largement plus souple dans les règles à respecter, et plus grandiloquent (décors, costumes grandioses, beaucoup plus de musiciens et d'acteurs, etc.). Donc pour commencer, je pense plutôt m'acheter un DVD de kabuki, c'est une entrée en matière un peu moins hard.

Sinon, le top du top ça serait quand même d'aller aux fin fond du Japon assister à une représentation génial1
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Haganeren
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Dim 14 Aoû - 17:41

Ben encore une fois j'ai vu un spectacle de Kabuki avec des gens du Japon qui étaient présent pour montrer leur culture. Du Kabuki à La Rochelle, oui oui. moai1

C'était euh... Ouah... Un grand moment sérieux.

Bon, bien sûr il n'y a pas autant d'acteur que dans un VRAI Kabuki. Ils étaient relativement peu nombreux et on était dans une petite salle de merde pour assister à tout ça mais ça donne une très bonne idée de ce que c'est.

Ici ça racontait l'histoire du femme jalouse d'une autre et oui, il y'avait des mouvements très codifié, à un moment la femme se regarde dans son miroir de poche pendant longtemps tout en ruminant puis se mit à l'envoyer férocement vers l'autre femme, alors endormis.
Il fallait comprendre que sa jalousie l'avait emporté sur la raison et qu'elle en a assassiné sa rivale.

T'as beau avoir rien compris, le moment où elle jette son miroir est particulièrement cinglant. C'est assez magique.

Et sinon je savais pas pour les "cellules like" medieval, on en apprend tout les jours. moai1
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Lun 15 Aoû - 13:31

Bon, j'ai uploadé les images sur servimg mais il y'a une image, juste en dessous du titre qui n'apparait pas, qui n'existe pas, bref, que je ne peux pas réuploadé du coup.

Tu vois ce que c'est Corn? Histoire qu'elle soit présente tout de même.
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Cornemuse
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Lun 15 Aoû - 13:44

Mh ? Il n'y a pourtant pas d'images en dessous du titre, juste la vidéo... De quelle image veux-tu parler ?

En tout cas merci pour les upload !
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Lun 15 Aoû - 14:34

En fait c'est bon, j'ai trouvé, tu avais mis un "http" en trop dans l'adresse.

Bref tout va bien. moai1
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MessageSujet: Re: Musique traditionnelle japonaise   Lun 15 Aoû - 15:28

Woah même moi j'avais oublié qu'il y avait cette image à la base CODY FUCKING TRAVERS
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