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 [récit en cours] Exil

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Gordon Blake



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Date d'inscription : 31/12/2010
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MessageSujet: [récit en cours] Exil   Lun 31 Oct - 3:30

Premier travail littéraire de véritable envergure que j'entreprends, Exil sera probablement un court roman d'une vingtaine de pages ou un peu plus. Tout en sachant qu'il est toujours en cours d'écriture, j'actualiserai ce post. Pour le moment, il s'agit d'un voyage initiatique teinté de mythologie grecque et de fantastique. Même si rien n'est encore achevé, n'hésitez pas à donner votre avis, fut-il même le plus critique possible. Je tiens à produire quelque chose de qualité et j'ai pour cela besoin d'avis constructifs.


- L'exil est une espèce de longue insomnie.
Victor Hugo

Exil

L'exil n'est en soit pas une fatalité. Il s'agit d'un nouveau commencement après la fin de quelque chose. Une autre vie, différente. Dans mon cas, l'exil était volontaire. Au sein de ma cité, je ne supportais plus la promiscuité, la stupidité de l'humanité et ses vices. J'ai donc choisi de partir. De tout abandonner et de recommencer autre chose. J'étais relativement jeune, mais je possédais déjà la mesure et la sagesse d'un homme bien plus vieux que moi et il est donc juste de dire qu'il ne s'agissait pas simplement du fruit de l'intrépidité de la jeunesse. En réalité, je ressentais le besoin de partir, ma vie m'était insupportable. J'avais vécu comme un homme honnête mais je n'avais jamais vraiment apprécié la compagnie des autres et cela me motivait à partir.

C'est avec cet état d'esprit et cette volonté de changement que j'ai décidé de m'éloigner de ma ville. La nuit tombée fut le moment parfait pour m'esquiver. Rien ne m'en empêchait, personne ne pouvait me remarquer. De toute manière, peu de gens remarqueraient ma disparition et encore moins s'en inquiéteraient. Quant à moi, j'avais le coeur léger, persuadé du bien-fondé de mon action et ma détermination effaçant tout sentiment de tristesse. J'avais pris de quoi subsister un certain nombre de jours à travers l'immensité du désert et face à l'implacabilité du soleil. La séparation avec mes possessions matérielles ne fut pas difficile, compte tenu qu'elles étaient pratiquement inexistantes. Quant à l'attachement émotionnel, j'ai déjà dit que je n'appréciais guère la compagnie humaine. Mes amis étaient les rares représentants d'une humanité en parfaite opposition avec la majorité du genre humain et sa propension aux plaisirs plutôt qu'à la réflexion. Étant donné cet état de fait, je suis persuadé qu'ils avaient compris les raisons de mon exil et peut-être même qu'ils l'approuvaient mais ne parvenaient à se résoudre eux-mêmes à prendre une décision aussi radicale.

J'ai dit que ma détermination effaçait toute tristesse en moi. Si cela était vrai lors de ma préparation et lors de mon trajet jusqu'aux portes de la ville, alors que je marchais sur ces dalles de pierre recouvertes de sable et appréciais le calme régnant enfin à travers la cité et la fraîcheur d'une nuit étoilée, mon sentiment changea légèrement une fois seulement que je finis par me retrouver seul face à l'immensité colossale d'un désert qui se prolongeait - ainsi me semblait-il du moins à ce moment précis - sur le reste du monde. Et c'est seulement après cette vision que je réalisais la gravité de ma décision. En parfaite honnêteté, je fus saisi d'une volonté de faire marche arrière. Après tout, il était encore temps. Mais mon impression vint à se dissiper lentement et finit par laisser la place à cette détermination que j'avais eue en premier lieu. Lançant un dernier regard à cet endroit où j'étais né, où j'avais étudié et où j'avais tour à tour su aimer et mépriser et que je quittais finalement, j'agrippais solidement ma canne, seul vestige de mon ancienne vie, avant de resserrer les liens du sac comportant mes rares provisions et finalement de me mettre en route, à travers ce désert encore frais que le regard d'Hélios ne tarderait pas à réchauffer, sans véritable idée quant à où aller.

*

Ainsi, il est honnête de dire que le début de mon voyage fut pour le moins laborieux. Ne sachant où aller, j'hésitais, ignorant vers quelle direction me tourner. Après quelques secondes passées à la réflexion, je sentis un vent frais caresser mon visage, n'étant pas trop chargé de la poussière du désert. Il venait de l'est. Considérant cela comme une sorte de signe et une invitation d'Euros, ce fut la direction vers laquelle je m'orientai. Même en ayant un objectif, le voyage parut long et exténuant. Le soleil se levait déjà et ses rayons dardaient le désert, Hélios réchauffant le sable et faisant perler la sueur de mon front. Pour me protéger de tout risque d'insolation, j'avais enroulé un chiffon autour de ma tête mais ainsi la chaleur ne parut que plus accablante. Le vent ne se faisait plus sentir que par un très léger souffle, déjà réchauffé par l'astre solaire. En dépit de ma détermination première, chaque pas était plus difficile que le précédent et je faillis défaillir à plusieurs reprises.

Le paroxysme de mon affliction fut atteint dès lors que je vis des colonnes de poussière se soulever après qu'un puissant vent fit soudain son apparition. Il s'agissait d'une violente tempête de sable. Les grains cinglaient mon visage, m'aveuglant et me brûlant tandis que je perdais la direction que je m'étais défini. Je manquai de peu de chanceler et de m'effondrer au sol et mes pas étaient irréguliers. Tout en protégeant mon visage avec mon bras, la pensée me vint que je venais de perdre mon objectif, et ce probablement définitivement, compte tenu de l'immensité de ces étendues désertiques.

Ce fut alors que j'escaladais maladroitement une dune que je pus soudain apercevoir une imposante forme sombre au loin. Comme pour m'accabler davantage et détruire les espoirs que cette vision faisait apparaître en mon cœur, la tempête redoubla de violence et le sable vint pratiquement à me faire suffoquer, cinglant si violemment mon bras qu'il en vint à saigner. J'eus l'impression d'avoir à faire face à la colère des dieux, comme si j'étais venu à contrarier leurs desseins en m'échappant de l'enfer de ma précédente vie et qu'ils me punissaient désormais par les plus infâmes tourments. Luttant pour avancer vers cette forme qui m'intriguait et m'attirait irrésistiblement, je mis toutes mes forces dans l'effort que me nécessitait le simple fait de marcher.

Après de longues minutes de lutte face à la tempête, avançant toujours davantage et apercevant toujours plus clairement cette sorte de monticule gigantesque, je parvins finalement à m'en extirper. Reprenant lentement mon haleine après l'épreuve que je venais de subir et à laquelle j'avais survécu contre toute attente, je vis également que le désert s'arrêtait ici. La joie qui m'envahit alors fut immense et le sentiment de libération n'en fut que plus grand. Bons dieux, je venais de quitter tout territoire connu par mon peuple et d'entrer dans l'inconnu ! Des terres ainsi qu'il n'en est mentionné qu'à travers les livres et les légendes et que seuls les rares voyageurs de passage en mon ancienne cité pouvaient décrire !

Je me tenais au pied de ce que j'avais pris pour un simple monticule, mais qui se révéla être une splendide et gigantesque montagne qui s'élevait par-delà les cieux et devait concurrencer la magnificence de l'Olympe. Ebloui par une telle beauté et le souffle toujours court suite à la périlleuse étape qu'avait été la traversée du désert, j'entrepris de me reposer. J'ignorais combien de temps cette traversée avait précisément prise et je brûlais du désir d'escalader jusqu'au sommet de cette montagne afin de contempler le monde depuis une perspective qu'aucun autre homme n'avait pu prétendre voir, mais le soleil disparaissait lentement derrière l'horizon, à l'Occident.

J'en vins à chercher un endroit où m'abriter d'éventuels prédateurs, ainsi qu'il était question dans les légendes et histoires de mon peuple, et je parvins à dénicher une petite grotte inoccupée. Bien trop euphorique pour payer la moindre attention à la rudesse des parois rocheuses, c'est alors que je repassais dans mon esprit les délicieuses visions de cette montagne et du soleil se dirigeant vers le couchant, tout en pensant aux évènements qui devaient arriver le lendemain, que Hypnos toucha mon âme et me conduisit vers le plus paisible des sommeils.

*

Aussi paisible que fut mon sommeil, le réveil fut, quant à lui, brutal. Des bruits de pas feutrés et un souffle chaud sur mon visage me réveillèrent. Ouvrant les yeux, dérangé dans mon sommeil, encore engourdi, je me retrouvai face à une créature prodigieuse et menaçante. Une sorte de lion des montagnes, probablement la progéniture du Lion de Némée qui s'était réfugiée ici, dont le pelage était d'un resplendissant jaune fauve.

Ses oreilles redressées, il me fixait avec un mélange de curiosité et ainsi que je le devinais, d'appétit. Ne pouvant détourner mon regard de cette créature si exotique et fascinante à mes yeux, nous nous fixâmes pendant de longues minutes qui parurent durer une éternité. Je sentais que d'une seconde à l'autre il allait se lasser de ce jeu et entreprendre de me dévorer sans plus de manières, mais un hurlement aigu retentit lourdement sur les parois de la grotte et l'animal s'en alla promptement, avec une agilité et une grâce que nul autre pareil ne possédait.

Inquiet quant à l'origine de ce cri, je me levai et sortis de la grotte avec mon bâton et mes provisions que j'avais déjà entamées. Un regard vers le ciel m'indiqua que le char d'Hélios se trouvait au zénith et que mon sommeil avait donc été long. Je n'eus cependant pas le loisir de contempler cette pensée plus longtemps que l'animal à l'origine du hurlement se profila devant moi. Il s'agissait d'une sorte de grand canidé, effroyablement maigre mais menaçant et mon coeur sembla jaillir de ma poitrine dès lors que je le vis esquisser quelques pas en avant et bondir vers moi, la gueule ouverte.

Persuadé de ma fin, quelle ne fut pas ma surprise en constatant que deux autres créatures avaient intercédé en ma faveur et s'attaquaient désormais à la louve ! Parmi elles, je pus reconnaître le lion des montagnes que le hurlement avait fait fuir et il semblait qu'il avait trouvé secours auprès d'un autre animal fantastique : une sorte de grand félidé sauvage et tâcheté qui plantait désormais ses crocs dans le maigre flanc de la louve tandis que l'étrange lion sembla vouloir la décapiter. Ne pouvant supporter cet horrible spectacle, j'entrepris de m'en aller avec mes rares possessions et enfin d'escalader cette fameuse montagne. Un petit cri aigu m'indiqua que la louve avait rendu son âme aux dieux et j'entendis désormais les murmures du combat entre le lonce et le lion. Levant les yeux vers le char d'Hélios, il me semblait qu'il observait cet affrontement meurtrier avec un intérêt non dissimulé puisqu'il avait stoppé sa course.

Cela raviva en moi quelques souvenirs de mon ancienne vie où un avare, un vaniteux et un débauché en étaient venus à s'entretuer pour quelque sombre motif. Par ironie, aucun d'entre eux n'avait survécu. Une divine comédie, en somme.

*

Cet éprouvant épisode passé, il me fallait désormais escalader cette montagne. A en juger par le fait que son sommet s'élevait au-delà des nuages puisque je ne pouvais le voir, l'ascension serait longue. Aussi m'assis-je au bord d'un lac juxtaposant la montagne que j'avais découvert après avoir marché quelques minutes dans l'optique de trouver l'endroit le plus praticable pour la montée. Le regard perdu dans les profondeurs du lac, je me reposais ainsi pendant quelques minutes tout en constatant que mon exil, aussi périlleux puisse-t-il être en la matière, était certainement la meilleure chose qui me fut arrivé. Loin des rumeurs de la ville, des intrigues, des complots, des trahisons, de la bêtise humaine, simplement être en phase avec la nature elle-même et observer la création des dieux, voilà qui formait désormais une vie saine et pure.

Sur ces méditations, je décidai de me lever et d'entamer cette fameuse escalade qui avait alimenté mes rêves. Ma canne en main, mes provisions chargées sur mon dos et ma gourde emplie de cette eau qui rivalisait avec l'ambroisie, l'air lui-même était exceptionnel, l'esprit dans un état de transport extatique face à la magnificence de ce que mon périple me laissait entrevoir, j'entamai l'ascension de cette montagne de roche noire qui s'élevait par-delà les cieux.

Ici, point de tempête de sable ou de chaleur accablante comme dans le désert : le climat était tempéré, peut-être un peu frais cela dit, et au sein d'un ciel parfaitement dégagé le soleil dardait toujours ses rayons sur moi, mais cette fois-ci cela sembla plus proche d'un encouragement divin que d'un acharnement des cieux à mon encontre. Le chemin lui-même n'était pas trop ardu malgré quelques pentes plutôt raides et la sensation que la montée se faisait dans une certaine lenteur. La seule inquiétude qui se formait dans mon esprit autrement libéré et en paix était que je ne parvienne pas à monter au sommet puis à redescendre avant la tombée de la nuit. En effet, rester coincé tout en haut de cette montagne alors que la température baissait drastiquement était une perspective qui saurait sans aucun doute m'être mortelle. Ainsi, j'entrepris d'accélérer mon allure, désormais plus soucieux.

Lorsque je fus à mi-chemin du sommet et à une certaine altitude, quelque chose frappa soudainement mon regard. Des formes étranges dans le ciel, des créatures ailées. Une profonde terreur envahit mon esprit à la pensée que celles-ci pussent être d'infâmes harpies, ces monstres qui dévoraient les humains après les avoir envoûtés de leurs chants. Toutefois, je n'entendais aucune musique, rien d'onirique, si ce n'est de puissants cris que ces étrangetés poussaient, et puis les harpies se trouvaient en mer. Avançant avec hâte, je pus bientôt distinguer ce dont il s'agissait. A ma grande surprise, c'étaient des chimères volantes, dont le corps n'était pas un savant mélange de lion, de chèvre et de dragon mais elles étaient plutôt des créatures à tête de bélier, au corps de griffon et à la queue de serpent.

A la différence des chimères terrestres habituelles, celles-ci étaient absolument pacifiques et étaient probablement des créations d'Hermès, Apollon et Asclépios. Leur vision ne fit que renforcer mon émerveillement car j'avais là la preuve que ce lieu était béni des dieux par la présence de ces créatures si originales. Cette idée ravit mon âme et me parvint à accéder encore plus rapidement au sommet.

L'air se raréfiait désormais et l'ascension vers les hauteurs faisait que le chemin traversait directement les nuages les plus bas, m'empêchant de voir clairement vers où je me dirigeais – la pensée me survint que je m'élançais peut-être dans le vide – mais l'angoisse que cela provoqua se dissipa rapidement après que j'eus traversé cette brume blanche qui m'embrassait, laissant de fines gouttes d'eau sur mon corps.

Ce que je vis alors est probablement impossible à retranscrire clairement par les mots. Je me tenais là, au sommet-même de cette montagne, par-delà la couche inférieure des nuages, contemplant l'immensité d'un monde qui se déployait sous mes pieds. J'eus alors l'impression d'être un Titan, d'être le grand Atlas moi-même, de supporter la voûte céleste et d'être devenu l'égal d'un Dieu. Ma canne reposant sur la roche sombre, je continuais ma contemplation pendant de longues minutes, savourant l'apothéose de mon ascension, ayant toujours la sensation d'être une divinité siégeant au Panthéon et observant l'infinité de la création aux côtés de ses divins camarades. Hélios lui-même se trouvait au-dessus de moi, son char camouflé par quelques nuages, la céleste Eos à ses côtés.

Face à un tel honneur – être directement observé par les Dieux ! -, ma seule réaction fut de m'agenouiller, levant la main droite, dirigeant ma paume vers les cieux, scandant quelques paroles admiratives envers les divinités pendant quelques minutes.

Hélios sembla acquiescer et le soleil reprit sa course vers l'Occident. Quant à moi, conscient que je devais désormais descendre, je restais là, ému, observant le paysage qui se défilait sous mes pieds et les gigantesques plaines qui le constituaient. Une aura se mit à chatoyer, révélant un village abritant un temple, proche de l'horizon, au nord, et je sus, de la même manière qu'Euros m'avait indiqué la direction, qu'il s'agissait de ma prochaine destination.

*

Une fois redescendu de la montagne, Hélios avait cédé sa place à la gracieuse Séléné et les esprits des anciens héros déchus scintillaient à travers le ciel sous leur forme d'étoiles. Une légère brume s'était installée dans les alentours, dissuadant les éventuels voyageurs de continuer leur chemin, mais mon périple au sommet de la montagne apporta une telle quiétude à mon âme et un tel sentiment de purification que je ne pus me décider à reporter au lendemain la suite du voyage. A mon sens, j'étais désormais ici depuis trop longtemps déjà. Après tout, cela faisait deux jours depuis le début de ce voyage.

Malgré le brouillard et la tombée de la nuit qui réduisaient grandement ma visibilité, je n'eus pas de problème à me diriger vers le village que je recherchais. La voie me paraissait claire, l'aura brillait toujours autour, comme si les dieux me la montraient clairement. Bientôt, je pus apercevoir quelques modestes bâtisses et les lueurs d'un grand feu de camp. Ignorant ma réticence à l'égard du contact humain, toujours inspiré par mes merveilleuses visions au sommet de la montagne qui faisaient disparaître tout sentiment de mépris, je m'en approchais.

J'eus une meilleure vision du village. Il n'y avait pas de gardes à l'entrée ou de sentinelles et je ne pouvais voir qu'une dizaine de petites cabanes faites de matériaux rudimentaires, tandis qu'une étendue de champs se dressait à l'est. Le village n'avait pas de délimitations, pas de remparts, rien qui ne put entraver la liberté, et la nature s'y mêlait avec allégresse.

Encouragé par cet aperçu, j'entrais dans le village anonyme. Ce qui m'avait semblé être un simple feu de camp ressemblait désormais davantage à un imposant brasier, voire un bûcher. N'ayant pas eu le temps de me demander en quelle occasion l'on pouvait bien allumer un tel foyer, des villageois remarquèrent ma présence et s'approchèrent de moi en me saluant avec une grande cordialité.

Ils m'invitèrent à me joindre à eux pour une célébration en l'honneur d'une de leurs divinités qu'ils nommaient Baal, ce qui expliquait donc l'origine du feu. Ils m'interrogèrent sur les raisons de ma venue, insistant sur le fait que ce village n'avait pratiquement jamais de visiteurs et je leur racontai mon histoire, mon voyage. Ils furent tout particulièrement intéressés par mon récit des évènements qui étaient arrivés sur la montagne, surtout au sujet des chimères et de l'illumination divine qui m'avait menée jusqu'ici.

Nous discutâmes ainsi pendant un certain temps, peut-être une heure ou deux, nous apportant un enrichissement culturel mutuel tandis que je les renseignais sur mes croyances et les dieux du Panthéon.

Ils paraissaient incapables de scepticisme et fervents croyants, peut-être même avec zèle et excès. Alors que je les interrogeais sur leur religion et la cérémonie qui avait lieu ce soir, il m'apparut de plus en plus clairement que ces cultes étaient fortement liés à la violence et au goût du sang, ce qui contrastait avec la nature cordiale de ces villageois. Le comble de l'horreur me saisit lorsque je les vis amener un enfant devant le bûcher.

Il m'apparaissait alors clairement que les dieux m'avaient mené ici pour sauver ce jeune homme d'un destin si cruel. J'en vins à m'interposer entre le bûcher et l'enfant, prêt à être sacrifié à sa place en l'honneur d'un dieu impie si telle était la providence. Clamant qu'il s'agissait d'une terrible erreur, que les sacrifices humains étaient abominables et les priant d'épargner l'enfant, leur affirmant qu'un tel acte sacrilège irriterait les dieux et attiserait leur terrible colère, j'offris de le prendre sous mon aile, comme disciple.

L'idée m'était venue soudainement et je me surpris moi-même à prononcer cette demande, mais je l'acceptais pleinement. Cet enfant serait sauvé et apprendrait d'autres valeurs que celles du sang et du fanatisme religieux. Une telle considération de la part d'un homme qui voyageait selon des influences divines peut paraître contradictoire, mais je soutenais simplement respecter et honorer les dieux qui me semblaient respectables et honorables, faisant preuve d'un certain esprit critique.

Ainsi, l'enfant, qui devait avoir un peu moins d'une quinzaine d'années et était plutôt un adolescent, fut libéré de la perspective d'être immolé pour un holocauste grotesque et m'accompagna depuis lors.

Les villageois en vinrent même à s'excuser, semblant impressionnés par la ferveur que j'eus déployé pour protéger cet enfant et ma tirade sur la colère divine que leurs exactions méritaient. Ils nous permirent, à moi et à mon nouveau compagnon de voyage, de rester pour la nuit au sein de leur village et de dormir chez l'un d'entre eux. Ils insistèrent même pour que nous acceptions des surplus de nourriture qu'ils possédaient et qui nous seraient utiles lors de la suite du voyage.

C'était l'occasion de remarquer que ces gens n'avaient point de hiérarchie sociale : ils vivaient en communauté, égaux les uns envers les autres, et malgré leur superstition à l'égard de la religion se révélaient des gens tout à fait serviables et aimables, à même de reconnaître leurs erreurs et tenant simplement à leur tranquillité et à leur bonheur, qu'ils espéraient obtenir par des sacrifices. Cette vision des choses était bien éloignée de celle de mon ancienne cité.

Avant de me retirer pour la nuit, j'obtins de ces campagnards qu'ils ne pratiquassent plus ce genre d'aberrants rituels et qu'ils honorent leurs dieux par des voies plus dignes et estimables.

L'enfant, quant à lui, semblait troublé et agité, bien qu'il daigna à peine me parler. Cela était sans doute dû à la perspective traumatisante d'être condamné à mort en étant si jeune puis d'être finalement sauvé par un étranger. Sentant cette méfiance en lui, je lui assurais que je ne lui voulais aucun mal et que je me doutais bien que ce village le dégoûtait à présent. Je parvins à le rassurer en lui affirmant que nous quitterions ce hameau dès le lendemain pour se mettre en route vers des contrées plus exotiques, bien que en ce qui me concerne tout m'était déjà dépaysant. L'idée de voyager parut lui plaire et je lui contai alors mon histoire et mon voyage, en exagérant parfois certains effets et en mettant l'accent sur l'exotisme et les évènements physiques plutôt que sur mes réflexions et ma propre quête personnelle.


*
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MessageSujet: Re: [récit en cours] Exil   Sam 5 Nov - 1:21

Mon avis est quelque peu mitigé.
Les défauts de style sont peu nombreux, y a quelques lourdeurs, quelques redondances. Le doublon "partir" au premier paragraphe.
L'expression "intercéder en faveur de" me semble impropre. A vérifier, par contre...

Sinon, globalement, le texte révèle une érudition d'intérêt. La symbolique est dense : trop à mon goût. Pour ce qui est des quêtes initiatiques, j'ai toujours préféré les trucs plus légers. Limite contes philosophiques quoi... La richesse de la symbolique noie un peu le lecteur. On est plus tant frappé par les images, tant elles sont abondantes. Le vocabulaire est d'une technicité un peu déplacée je trouve... L'innocence nécessaire à l'initiation ne parait que peu. On a l'impression que le personnage est déjà un putain de sage oufzor, un peu prophète dans l'âme...
Le choix de la mythologie grecque est certainement intéressant, mais je la trouve vraiment inadaptée aux milieux désertiques...

Bref, je ne suis pas vraiment convaincu par les partis pris. Mais étant ce qu'ils sont, ils ne sont que peu critiquables... J'ai l'impression que tu cherches ton style un peu. T'as du talent, c'est clair, mais recherche un peu de mesure, montre toi un peu plus... stoïque ! Libre à toi de suivre ces conseils ou pas.

Quoi qu'il en soit si t'as vraiment 16 ans et si tu continues à progresser mec, tu risques de violemment poutrer dans quelques années °°
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Gordon Blake



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MessageSujet: Re: [récit en cours] Exil   Sam 5 Nov - 7:00

Tout d'abord, merci de ta réponse et de ton argumentation éclairée.

Concernant le style, j'ai effectivement un certain problème avec les répétitions et j'ai tendance à être redondant ; je travaille pour gommer de tels défauts mais j'ai en général besoin d'une lecture extérieure pour les remarquer. J'ai beau m'être relu une dizaine de fois, je n'avais pas remarqué le doublon que tu as mentionné. Je change ça.

Quant à la symbolique, je peux comprendre que ça paraisse assez lourd déjà mais j'essaie de faire des références un peu plus subtiles. La légèreté manque peut-être un peu, oui. L'idée en soit du voyage initiatique c'était pour que le héros se réconcilie avec lui-même et avec l'humanité ; mon idée était d'en faire un misanthrope renfermé ne supportant plus l'humanité, romantique dans l'âme, reconquérant son innocence de jadis par le biais de son exil volontaire et des images qui le marquent et le font changer, sans compter des personnes qu'il rencontre et côtoie.

Au sujet du choix de la mythologie grecque, cette dimension théologique n'est apparue que par pure improvisation : je n'imaginais absolument pas l'inclure mais elle a fini par devenir l'une des composantes principales du récit et je dois dire qu'elle me plaît. Quant à un tel choix dans un milieu désertique, je comprends ton point de vue et je pense que tu penserais plutôt à une mythologie égyptienne que je ne connais hélas que trop peu, tandis que la mythologie grecque m'est beaucoup plus familière. Cependant, le héros ne restera pas éternellement cloîtré dans son désert : il voyage et continuera à voyager. Dans les quelques pages déjà écrites, il passe de sa cité qui l'ennuie à un village aux cultes qui lui sont étrangers, en traversant un désert et en contournant une montagne. J'ignore si au final le voyage ne sera pas d'un point de vue topographique un cauchemar de géographe mais je m'en soucie relativement peu pour le moment : à vrai dire, j'ignore véritablement où je vais, les idées apparaissent et j'écris comme si j'étais moi-même guidé par les Muses, sans savoir où cela va s'arrêter, d'autant plus que plus les idées viennent et plus les fins potentielles paraissent nombreuses.

Le monde que je crée se base sur des cultes et des concepts connus par d'anciennes civilisations ayant réellement existé, mais en soit il les réinterprète : dans la fiction, pourquoi un peuple vivant dans le désert n'aurait pas un certain respect pour les dieux du Panthéon Hellénique ? Après tout, la civilisation phénicienne n'est ici en soi représentée que par un simple village.

Sinon, j'ai toujours été très lyrique, mais je prends en considération l'idée d'une vue plus stoïque. Je trouvais cependant une expression lyrique comme plus représentative du romantisme qui m'inspire très grandement. Je suis aussi inspiré par Edgar A. Poe et je pense que ça peut se ressentir au niveau de mes tournures et de mes expressions.

Et quoi qu'il en soit, j'écris cela durant mon temps libre sans avoir d'autre volonté que de m'améliorer et sans la moindre prétention. Je pense d'ailleurs retoucher un certain nombre de points, notamment peut-être l'incipit et la dernière page à l'heure actuelle.

Et à nouveau, merci de ton avis, vraiment.
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MessageSujet: Re: [récit en cours] Exil   Sam 5 Nov - 14:28

Edgar A. Poe ! Ouais, y avait un petit air, sans que j'arrive à le qualifier, en effet !

Quoiqu'il en soit, ce projet mérite de l'attention.

Le côté déplacé que je trouvais à la mythologie grecque est sa qualité de mythologie d'aquarium... Enfin de mythologie marine quoi ! Toute la langue grecque va d'ailleurs dans ce sens, mais ça n'est pas un problème. Peut être qu'au fil des pages, cela me paraitra plus naturel.

Bonne continuation o/
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MessageSujet: Re: [récit en cours] Exil   Ven 16 Mai - 22:20

se mort ?
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MessageSujet: Re: [récit en cours] Exil   

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