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 [old] Yasujiro Ozu !

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Saturnome
Gros gros beau gosse
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Messages : 416
Date d'inscription : 26/04/2011

MessageSujet: [old] Yasujiro Ozu !   Mer 2 Nov - 1:20

AVANT-PROPOS:
Cet article a été écrit il y a environ 2 ans sur d'autres forums. Ça date un peu du coup. J'ai adapté les codes de forum et corrigé quelques images, mais je n'ai pas vraiment relu le texte.




"mu"
Ce signe chinois venant du bouddhisme zen, signifie "rien". Ou plutôt, le concept de se fondre dans la nature, de ne faire qu'un avec l'univers qui nous entoure.
Et c'est tout ce qui est inscrit sur la tombe du réalisateur japonais Yasujiro Ozu, né en 1903 et mort en 1963, le même jour, le 12 décembre.

La restreinte et le minimalisme fut son art.

• Introduction
• Pourquoi Ozu c'est bien ?
◦ 1. Description
◦ 2. Fond
◦ 3. Mythe sur Ozu
◦ 4. Form
◦ 5. Intéressant mais tellement pas important: à propos de Yasujiro Ozu
• Commentaires sur une sélection de films







Introduction
Ozu est un réalisateur relativement obscur. Il n'a pas la popularité de certains autres réalisateurs de son pays, mais aussi certains autres maîtres du 7ième art de ce pays sont moins connus. Cela dépend de votre niveau de cinéphilie.
Pour ceux qui le connaissent cependant, trop souvent il n'est rien de moins qu'un dieu. Une adulation presque sans bornes pour chacun de ses films. Les fans d'Ozus ont presque une qualité d'adolescents qui découvrent quelque chose pour la première fois, soit une fâcheuse tendance à se faire visible. Et à énerver les autres.
Citation :
I still don't understand the Ozu mania that certain fanboys have.  It almost seems like a particular segment of film elitists found themselves feeling threatened by the increasing popularity of Kurosawa, and arbitrarily picked Ozu as the hot Japanese director to worship.
source


Hé bien les gens, je suis depuis longtemps victime de l'Ozu-mania. Il n'y a aucun remède et c'est très agréable. Ses films sont transcendants, me font un effet fou, il y a peu de films comparables.

J'ai découvert Ozu en 2007 je crois, sur une vieille VHS au vidéoclub, à une époque où, heureusement tiens, mon lecteur VHS fonctionnait encore. De ce que j'ai lu sur quelques forums, la passion pour Ozu vient progressivement. Mais je n'aurais jamais fait l'effort de chercher un autre de ses films si cela n'avait pas été le coup de foudre. Comme tout le monde, j'ai vu Tokyo Story, son film le plus célèbre (peut-être même, le seul connu hors du cercle des initiés). J'ai enchaîné avec Floating Weeds, puis I was born, but...


Donc voilà. J'ai décidé que ce réalisateur était quelqu'un dont l’œuvre artistique méritait d'être partagé. Non parce que je pense que ça va intéresser tout le monde, mais tout simplement parce qu'aucun cinéaste ne m'a autant parlé jusqu'à maintenant, tout en m'ouvrant les portes sur quelque chose de neuf. Et tant qu'à vous parler sans arrêt de cinéma, autant vous parler de ce que je trouve de plus beau. Je ne sortirais pas une expression usée du genre "la crème du cinéma", parce que le cinéma d'Ozu est un cinéma si unique, si particulier, qu'il ne peut représenter tout ce qu'il y a de bien dans le 7ième art.


Tokyo Chorus


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Pourquoi Ozu c'est bien?
1. Description
Les films les plus célèbre d'Ozu, et la quasi-totalité de ses films concerne la vie ordinaire de la famille typique, sa vie au quotidien à la maison et au travail. Les anciens camarades de classe se réunissent pour parler de la pluie et du beau temps, les parents visitent les enfants. Les évènement tragiques sont rares, et sont pris avec un grain de sel. Le synopsis d'un film pourrait tenir en quelques mots. Les films répètent souvent la même histoire, il y a souvent un veuf qui désire que sa fille se marrie quelque part. Ils utilisent presque tout le temps les même acteurs. Parfois les même décors. La caméra ne bouge pratiquement jamais, et à la fin de sa carrière, elle ne bougera plus du tout. Elle est toujours juste un peu plus haut que le sol. Une musique un peu nostalgique joue. Le générique est toujours le même. Le style visuel est pareil de film en film, les films débutent et se terminent tous de la même manière. Ils ont tous des titres minimalistes qui n'expliquent rien du film. "Printemps tardif", "Été précoce", "Printemps précoce", "Fin d'automne"...

Et aucun réalisateur ne fait de l'ordinaire quelque chose d'aussi extraordinaire. La qualité des films d'Ozu vient de cette simplicité formelle très stricte et pourtant si inventive, et de ce monde ordinaire pourtant si attachant, complexe et envoutant.



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2. Fond
La thématique de ses films tourne principalement autour de la famille. Des années 20 aux années 60, Yasujiro Ozu observe les liens entre les individus. Pendant ce temps, la société change. Chacun de ses films le mentionne, mais il est intéressant de comparer ses films et voir l'évolution de la société.
Étonnamment, il a fait des films sur les cols blancs, les familles nombreuses, la vie de pères, de grands-pères, de couples, les enfants dans ses films sont criant de vérités, ses films sont célébrés pour leur réalisme... Et Ozu n'a jamais rien fait de ces métiers, n'a jamais eu d'enfants, n'a jamais connu la vie de couple. Il n'a fait que travailler pour un studio de cinéma et était un alcoolique qui s'amusait à compter le temps passé sur ses scripts en bouteilles de saké. Il a vécu sa vie entière chez sa mère, et est mort peu après elle. Ce qui fait que ses films reposent entièrement sur son sens de l'observation, et cela est extraordinaire.
Les générations sont mises en contrastes dans ses films. Son observation est celle d'une société où la tradition est très forte, mais également constamment remise en question face au monde qui change. Certains films comme Voyage à Tokyo montre des dégâts de cette perte des valeurs. Cependant, au fil des ans, il gagne en sympathie pour la jeunesse et change de point de vue. Ses personnages dans ses premiers films sont également plus archétypes. Puis ces archétypes tombent, se mélangent, et l'on a de vieux enfants, des femmes indépendantes (inhabituel alors, dans ses films tardifs apparaissent des proto-féministes qui se heurtent à la société traditionnelle), des jeunes matures... Mais déjà même ces archétypes ne limitaient rien et plusieurs de ses films les plus frappants de leur humanisme et de leur beauté sont parmi ceux de sa première période de maturité (la fin des muets, 1932-1935).



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3. Acteurs
Comme l'on peut supposer par cette tendance à répéter les mêmes histoires et les mêmes thèmes, ce qui intéresse Ozu n'est pas l'histoire, mais les personnages. Même histoire, nouveau personnages, nouveau film.
Une part de ce qui rend bien les films d'Ozu sont les acteurs extraordinaires qui y figurent, et la direction d'acteurs.
Ozu utilise une méthode de direction ultra précise où les phrases doivent être dites tel quel que sur le scenario, avec les intonations indiquées, et où il joue presque ses films à la place de ses acteurs. Il peut leur dire "regarde un peu plus à gauche après quatre pas et demi!", "baisse cet oeil la!," "attends 23 douzième de secondes, fais un demi-sourire et relâches-le, puis un vrai sourire!" ... Et les acteurs peuvent s'attendre à devoir jouer et rejouer une même scène aussi souvent que sur un plateau de Stanley Kubrick (très souvent).
À Hollywood, c'est généralement considéré comme du venin à relations entre acteurs et réalisateur, car les acteurs aiment avoir leur liberté d'interprétation. Ozu enfreint totalement les règles. Ce qui devrait pourtant donner des jeux d'acteurs robotiques donnent des performances naturelles grâce à ses acteurs. Malgré ce que l'on peut croire avec cette énorme intervention du réalisateur, les acteurs ont encore beaucoup à donner, et souvent, c'est ce qu'eux seuls peuvent donner, leur présence unique. Ce qui a donné des acteurs célèbres et très rentables à ne devenir efficaces que sous la main d'Ozu. Le réalisateur trouvait lui-même certaines de ses stars comme Chishu Ryu médiocre, et pourtant ajoutait "mais il est exactement ce qu'il me faut".
Chishu Ryu est l'acteur le plus intimement associé à Ozu. Il a joué son premier rôle dans un film du réalisateur, a travaillé pour ce dernier tout au long de sa carrière jusqu'à son dernier film (où il est le protagoniste principal). En l'espace de quelques films qui se suivaient chronologiquement, il pouvait jouer le grand-père, le père ou le frère dans une famille. Notamment dans un film il est le père d'un personnage joué par Setsuko Hara (Late Spring, 1949), puis dans un autre le frère du personnage joué par Setsuko Hara (Early Summer, 1951).
Setsuko Hara est l'actrice par excellence d'Ozu. Mais si elle n'a rejoins ce dernier que tardivement (elle joue dans un film de Kurosawa en 1942, puis joue principalement que pour Ozu a partir de 1949) elle est associé au réalisateur. Elle quitte subitement le cinéma en 1963, l'année de la mort d'Ozu, et disparaît complètement. Elle refuse toute entrevue, toute photo... Elle est toujours vivante aujourd'hui (ce qui est extraordinaire, considérant qu'elle fut la star d'un réalisateur mort il y a presque 50 ans, et la star d'un des tout premier film de Kurosawa) , et nul ne sait pourquoi elle a disparu aussi spontanément.
Takeshi Sakamoto est le premier grand collaborateur d'Ozu, acteur qui tiendra la vedette dans de nombreux classiques tel que Passing Fancy, Story of the Floating Weeds, avant d'obtenir des rôles plus mineurs comme jusque dans A Hen in the Wind, en 1947, tout juste avant le début de la phase tardive de la carrière du réalisateur.
Dans les rôles mineurs reviennent aussi de nombreux acteurs que l'on reconnaît de film en film. Parfois ses acteurs plus célèbres comme Chishu Ryu ont des rôles mineurs alors que d'autres obtiennent le grand rôle. Yasujiro Ozu travaillait pour Shochiku, une compagnie de films qui avait ses propres acteurs, donc cela était normal. Mais il y avait aussi des échanges d'acteurs. Par exemple, dans An Autumn Afternoon, l'on peut apercevoir Daisuke Katô, un acteur au physique incomparable que j'ai imméditament reconnu des films d'Akira Kurosawa (Yojimbo avais-je alors en tête), qui travaillait pourtant pour Toho. D'ailleurs, après la mort d'Ozu, Chishu Ryu a joué dans un Kurosawa, Barbe Rousse.



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3. Mythes
Ozu est un personnage énigmatique. Il est mort avant que le reste du monde le découvre.  Dans son pays, il a été de temps à autre un succès ou un échec commercial et critique. À sa mort, il était un vieillard dépassé. La nouvelle vague Japonaise, le nouveau cinéma moderne des années 60 pleine de style et éclatée, se revendiquait en se mettant en opposition au cinéma de papa à la Ozu. C'est dans les années 70 qu'il a été découvert hors de l'occident, et qu'il a gagné de nombreux fans à travers le monde, comme les cinéastes Wim Wenders ou Lindsay Anderson, ou l'écrivain George Perec.
Le manque d'information sur Ozu a mené à la création d'une sorte de version romancée du personnage. La vie d'Ozu par rapport à son oeuvre le rend mystérieux.
Son style unique et très strict, sa vie modeste, il s'est mérité très tôt le titre de "cinéaste le plus japonais du Japon". Une manière de le mettre en contraste par rapport à Kurosawa, dit un cinéaste occidental. C'était une manière naïve alors de suposer que son style était d'origine de la tradition japonaise. Une mauvaise lecture de ses films a aussi entraîné à croire qu'il était contre la culture américaine. Avec les années, de plus en plus de ses films sont devenus disponibles en occident, et l'on s'est aperçu de deux choses:
Son style s'est créé petit à petit. Dans ses premiers films, il montre qu'il maîtrise parfaitement le langage cinématographique standard. Plans subjectifs, flashbacks, longues scènes extérieures, mouvements de caméras novateurs, scènes d'actions (il y a un unique coup de feu dans la carrière d'Ozu). Puis, son style s'est rapidement resserré. Et après plusieurs années, mature complètement. Ce fut le fruit d'une longue recherche à pouvoir s'exprimer pleinement.
Ozu aime la culture américaine et en est influencé. Dès ses premier films l'on peut voir des références à l'Amérique. Ozu était un cinéphile, et a raté des cours pour aller au cinéma dans sa jeunesse (il a d'ailleurs de ce fait obtenu réputation de mauvais élève). Dans son journal personnel, il notait son avis sur les films qu'il voyait. Par exemple, moi et lui avons un film favori un commun: Scarface (Howard Hawks, 1932), le plus excellent film de gangster de la vieille Hollywood.
Conclusion: Le cinéma d'Ozu est un cinéma d'auteur, et non un cinéma national. Et pourtant, le mythe "Ozu = cinéma très japonais" perdure encore.

Un autre mythe sur Ozu: qu'il était un conservateur face à l'évolution technologique du cinéma. Cela devrait aller de soit avec le personnage. Minimaliste, enfermé dans son univers qu'il recycle... Au contraire, Ozu était enthousiaste lorsqu'il s'agissait de nouveautés. Il est facile de s'étonner qu'il fait fait des films muets jusqu'au milieu des années 30 alors que le cinéma parlant a été adopté presque partout dans le monde en 1929. En Orient, le cinéma muet a continué pendant les années 30 (si vous vous souvenez de mon article sur le cinéaste chinois très obscur Sun Yu...), et Ozu a fait son premier film parlant en 1936... en même temps que tout le monde.
Aussi facile de penser qu'il n'a fait qu'une petite poignée de films en couleurs à la fin de sa vie... Pourtant je n'ai vu aucun autre film japonais en couleur datant des années 50 autre que ceux d'Ozu (La Porte de l'enfer, Jigokumon, un film Japonais de 1953, est le seul autre film célébré de l'époque et en couleurs). Akira Kurosawa ne fera son premier film en couleurs qu'en 1970, pas mal pour le plus occidental des cinéastes Japonais.
Finalement, Ozu n'a jamais adopté le format panoramique, préférant toute sa vie le format d'image carré. Hé bien voilà justement de quoi prouver qu'Ozu est peut-être même moins japonais que ses compétiteurs: le format panoramique a été adopté en masse au Japon (on parle de 2.35:1, plus large que vos écrans plats) parce qu'il correspondait bien à la mise en scène du théâtre Kabuki. Lorsque le caméraman d'Ozu lui présenta quelques tests tournés en panoramique, il nota la présence de distorsion sur les côtés de l'image. Ses films utilisent une lentille 50mm dans des cadrages précis qui ne créent aucune distorsion. Ce format ne convenait pas à ses recherches esthétiques. Avec le progrès technologique qu'il n'a pas connu, il aurait probablement adopté le panoramique.



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4. Forme
En 1985, Yuharu Atsuta, le caméraman d'Ozu pendant des décennies, montre au réalisateur Wim Wenders (Les Ailes du désir, Buena Vista Social Club) comment fonctionnait la mise en scène d'Ozu (ces images proviennent de Tokyo-Ga, un documentaire de Wenders pas très remarquable - avec une narration déprimante de Wenders lui-même - sauf pour l'interview d'Atsuta, où il éclate en pleurs en réalisant qu'il doit sa vie entière à Yasujiro Ozu, et que sans lui il n'est plus rien)

Disposition normale de la caméra en intérieur

Disposition de la caméra pour un gros plan. La caméra lève légèrement vers le haut.

Disposition de la caméra en extérieur. Le dispositif sous la caméra était surnommé le "crabe".

Puisque la caméra d'Ozu ne bougeait presque jamais (et à la fin de sa carrière, était immobile), le caméraman avait peu à faire. D'autant plus qu'Ozu choisissait ses plans et vérifiait lui même la caméra avant de tourner. Ces dispositifs étaient inventés par Ozu lui-même, afin de permettre de placer une caméra très basse, de la hauteur d'une table à café. Ozu a déjà expliqué quelque part (autrement il ne parlait quasiment jamais de ses films) que ce choix était dû à l'architecture des maisons japonaises: elles étaient mieux filmées ainsi, effaçant le plus possible le plancher, afin de créer des compositions avec les structures carrés des murs et fenêtres, et des gens assis ou en mouvement dans la maison.
Sa caméra ne change jamais de hauteur de plus que quelques centimètres (au besoin de filmer de l'autre côté d'un comptoir, par exemple). Ses compositions d'image sont toujours absolument époustouflantes. Malgré ce choix de style imposé, il réussi à varier énormément ses images.

Les objets sont souvent placés que pour donner un effet visuel intéressant. (Tokyo Story)

Mais certainement que l'aspect le plus célèbre de la cinématographie d'Ozu est de briser une règle si fondamentale du cinéma: la règle du 180° degré. En gros le premier jour de votre entrée dans une école de cinéma c'est la première chose que votre prof va vous crier aux oreilles. Si votre nom est Steven Spielberg, vous faites passer automatiquement vos gros dialogues en utilisant deux plans au-dessus de l'épaule de vos personnages. Pas très palpitant. Ozu lance le spectateur directement dans le milieu de la conversation. Les acteurs regardent directement dans la caméra pendant les dialogues. Si 6 acteurs se parlent autour d'une table, la caméra est au centre de la table.

Voici un exemple de plans dans une conversation entre deux personnages chez Ozu (Tokyo Story)

Autre aspect très important au style d'Ozu, voir essentiel à l'établissement d'une atmosphère dans ses films, sont ses plans de transitions. Qu'est-ce que c'est, des plans de transition? Il s'agit de plans, entre deux scènes, où il n'y a pas de personnages mis de l'avant, mais où c'est le décor qui l'est. Cela est utile pour indiquer au spectateur que l'on a changé d'endroit, ainsi que pour introduire le ton de la scène à suivre. Ozu en place aussi au début et à la fin de ses films, et en place plusieurs de suite. C'est souvent là où il est le plus inventif.

Plans d'introduction de Floating Weeds, du phare à la poste. On sait où on est. Notez la composition des images.


Plans de transition dans An Autumn Afternoon. Suivez la logique: poteaux électriques -> poteaux électriques et barils -> barils et enseigne de barbier (ayant déjà été vu auparavant dans le film pour présenter cette petite rue) -> enseigne de barbier enseigne de restaurant -> enseigne de restaurant et client -> le client s'en va et notre personnage arrive.

Voici autre concept plus enjoué de plans de transition dans An Autumn Afternoon: Le personnage à la fin de la scène précédente dit "et si l'on allait voir une partie de baseball?". L'on a des plans d'un stade de baseball par la suite. Puis un plan d'une télévision qui transmet le match. Puis en fait nos personnages sont dans ce bar et s'informe du match en demandant à ceux qui passe devant la télévision. Ozu introduit une petite observation sur les nouvelles technologies.

Cela rejoint un peu le concept d'ellipse chez Ozu. Entre les scènes, beaucoup peut se passer, et l'on apprends ce qui s'est passé que lorsqu'on personnage le mentionne. Un évènement aussi important qu'un mariage est sauté, car ce n'est pas ce qui est intéressant. Ozu n'est pas intéressé par l'histoire, mais par ses personnages.
Finalement, la musique. La musique est presque toujours extra-diégétique (c'est-à-dire qu'elle sort de nul part), ne dure que quelques secondes (souvent pendant les transitions), et est toujours nonchalante, joyeuse, naïve, même lors des évènements graves. Un élément clé dans ces films est le mono no aware, que l'on pourrait traduire en quelque sorte par "C'est la vie", que la musique essai de véhiculer.



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5. Intéressant mais tellement pas important: à propos de Yasujiro Ozu
- Le film qui a intéressé Ozu au cinéma est Civilization (1916) de Thomas H. Ince, tristement plus célèbre pour être mort d'une balle destinée à Charles Chaplin que pour ses films. Pourtant, certains films comme Hell's Hinges et The Italian (source d'inspiration pour Le Parrain de Coppola) jouissent encore d'une petite réputation de nos jours.

- Ses films d'avant-guerre ne récoltent pas assez d'argent et il est envoyé à l'armée. Son plus grand plaisir sera de voir les films américains réquisitionnés par l'armée. Selon ses notes, son film favori parmi tout ceux qu'il a vu était Citizen Kane, qui n'avait pas encore sa réputation actuelle.

- Parlant de la guerre, Ozu y perd un ami très cher: Sadao Yamanaka. Cinéaste que l'on peut tout à fait qualifier de légendaire vu qu'il n'existe plus que 3 de ses films dont un seul est circulation (et je l'ai vu, Humanity and Paper Balloons, et je n'exagère rien si je dis qu'il s'agit du meilleur film japonais d'avant guerre jamais fait), il décède à 28 ans. Il existe une photographie connue des amateurs d'eux ensemble.

- Ozu était très probablement un grand alcoolique, et trouva son compagnon de soirées arrosées en Kogo Noda. Ce dernier a écrit le scénario de son tout premier film (Sword of Penitence, un film d'époque, très inhabituel pour Ozu, film perdu aujourd'hui), et il sera co-scénariste avec Ozu sur 13 des 15 films d'après-guerre. Leur collaboration était si forte qu'il est aujourd'hui impossible de savoir qui contribuait à quoi dans le scénario.

- Aujourd'hui, auprès de la tombe d'Ozu, il y a en permanence des bouteilles d'alcool déposés autour. Ce sont les fans qui lui rendent hommage en lui offrant ce qu'il aime.

- Il a vécu sa vie entière seule, mais les rumeurs veulent qu'il aurait proposé à quelques actrices ayant travaillé pour lui au fil des années. Pauvre gars.

- Un de ses assistant est devenu un des grands réalisateur de la nouvelle vague Japonaise. Shōhei Imamura a souvent parlé en mal de l'oeuvre de son prédécesseur, et s'est mis en opposition avec son style, avant de se réajuster et de lui rendre hommage.



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6. Commentaires sur une sélection de films
Je réalise que cet article est long et gagne 10 fois en longueur avec ces commentaires. Ils ne font pas partie de l'article lui-même (d'ailleurs ça risque de répéter des éléments mentionnés ci-haut), mais constitue tout simplement de mes commentaires cinéma habituels. Les films d'Ozu dont j'ai déjà pu parler avant cet article ne seront pas mentionnés à nouveau. Cela comprends Tokyo Story (aka Voyage à Tokyo), Floating Weeds, I Was Born, But... et Tokyo Chorus.
Si vous cherchez simplement à avoir des recommandations, je vais vous sauver du temps: I Was Born, But... (Gosses de Tokyo ), Passing Fancy (Cœur capricieux), Late Spring (Printemps tardif) Tokyo Story (Voyage à Tokyo), Equinox Flower (Fleurs d'équinoxe), Floating Weeds (Herbes Flottantes) et An Autumn Afternoon (Le Goût du saké). Tokyo Story étant normalement le film par lequel tout le monde découvre le cinéaste. Pour la suite, regardez juste les images, elles sont jolies!



Wakaki hi (Days of Youth)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1929

Synopsis: De ces deux bons amis du collège, l'un est extraverti, dragueur et compétitif, l'autre est plutôt maladroit. Cependant, tout les deux sont attirés par la même fille et finissent par le découvrir.

Commentaire: Il s'agit des tout débuts de Yasujiro Ozu, et son talent et surtout son style s'est construit progressivement. Days of Youth est une comédie de jeunes adultes de bonne facture mais elle n'impressionnera personne. Quelques points méritent d'être soulignés: la structure du film est dans le style de la boucle, soit qu'il commence de la même façon dont il se termine, afin de souligner l'aspect banal, quotidien de cette histoire de triangle amoureux. Aussi, formellement, le film n'a presque rien à voir avec un Ozu: beaucoup de trucs visuels, comme de la caméra subjective (de quelqu'un qui tombe en ski, en plus), des fondus, des déplacements de caméra... Pourtant l'on reconnaît d'autres aspects: l'approche détachée du sujet, cette sorte de calme, ces moments d'humanité. Mais c'est brouillon encore. La fille n'est presque qu'un objet narratif. L'aspect le plus intéressant du film est de vivre la vie étudiante japonaise de l'époque, Ozu était jeune et près de cet univers alors, et il en ressort quelque chose de certainement véridique... Sous un petit filtre de fiction à l'américaine. Car l'on y reconnaît quelques trucs (notamment des blagues ici et là) issues du cinéma américain, et plus frappant encore les décorations made in USA partout, dont un poster de Seventh Heaven, un des chef-d'oeuvre absolu du cinéma américain de l'époque. Si ce n'est pas le film d'un Ozu débutant, c'est l'un en train de se développer.







Dekigokoro (Passing Fancy)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1933

Synopsis: Kihachi est un vieil homme illettré et alcoolique qui vit dans la pauvreté, élevant seul son fils. Ce dernier est rejeté à l'école et n'aime pas son père. Une rude épreuve attends la petite famille lorsque le père décide de trouver toit à une jeune femme récemment congédiée qu'il trouve un soir dans la rue. Il est attiré par elle, mais son meilleur ami déteste subitement la femme...

Commentaire: Il s'en est sacrément passé des choses depuis Days of Youth de 1929. Son style a atteint la quasi-maturité et il a réalisé son premier chef-d'oeuvre en 1932 avec "I was born, but...". Passing Fancy est un Ozu, avec ses cadrages précis, sa thématique du drama... Passing Fancy commence léger, avec un peu de comédie qui se prend très bien, pour plonger dans le drame grâce à ses personnages intéressants et complexes. Dans ce film, juste par la mise en scène d'une fraction de seconde (par exemple, un personnage s'en va, la caméra coupe et on voit la porte se fermer, et l'autre personnage se retourne vers l'autre personnage de la pièce, c'est tout con mais voilà) on fait "ah oui ça va être intense là". Il y a quatre personnages principaux, et ils ont tous une scène que deux partage ensemble et ce sont les moments fort du film. Ozu, maître du conflit familial, mets en scène ici un père incompétent, un fils frustré, un homme qui a du mal à se résigner devant sa vieillesse, un jeune homme têtu et misanthrope et une jeune femme mal à l'aise et incomprise. Faites-les rencontrer, le reste va tout seul.

Passing Fancy n'est peut-être pas le deuxième chef-d'oeuvre d'Ozu, mais il passe proche de l'être, parce qu'il s'épuise avant la fin du film. À un moment le scénario prends une nouvelle tournure sombre mais étrangement loufoque en même temps, un peu ridicule. Elle permet de mener à terme certains bons éléments narratifs, mais j'ai trouvé un peu malhabile la situation, et elle prends de l'importance. Sauf ce point, ce film représente bien ce point de la carrière du cinéaste, qui utilise ici encore quelques travelling de caméra, mais uniquement dans un but esthétique (à noter, une excellente transition entre deux scènes utilisant uniquement un travelling dans des vitres). Excellent.






Ukikusa monogatari (Story of Floating Weeds)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1934

Synopsis: Kihachi fait partie d'une troupe de théâtre ambulant. Il revient dans un village où vit son fils. Ce dernier ignore qu'il est son père, car Kihachi souhaite que son fils ait de bonnes études et ne suive pas ses traces indignes. Mais sa maîtresse devient jalouse de la mère avec qui Kihachi passe son temps, et concocte un plan contre le fils...

Commentaire: Le film fit l'objet d'un remake par Ozu lui-même en 1959, un remix "tropical" du film (il voulait faire un remix "hivernal" aussi), qui est un sacré chef-d'oeuvre. L'original a ses charmes, il s'agit d'ailleurs probablement du mieux que l'on peut trouver en maturité du style d'Ozu avant sa période tardive. Plein de plans avec une composition recherchée, quasiment aucun mouvement de caméra (J'ai noté un travelling horizontal), et ici les têtes ne sont pas parfois bizarrement coupés au profit de la composition. C'est aussi la première instance d'une ellipse à la Ozu que je remarque (le maître du théâtre ambulant amène une fille dans la pièce d'à côté, au prochain plan elle tiens sa joue, il l'a frappé). Il y a aussi plusieurs de ces fameux plans sans acteurs qui apparaissent subitement, s'accrochant à un détail du décor, qui ajoutent sacrément à l'ambiance. C'est aussi une excellente interprétation par l'acteur habituel d'Ozu à l'époque, Takashi Sakamoto. Ce sont tout ces éléments à la Ozu qui font que ces scénarios qui paraissent si mélodramatiques ne le sont pas du tout, mais profonds, humains, uniques. Par contre, j'ai trouvé le film par moment un peu confus, un manque de clareté sur certains éléments narratifs, et le tout est moins engageant que le remake, et les autres films de l'époque du réalisateur.
Une chose aussi, après 15 minutes j'ai mis le film complètement muet (c'est un film muet). Le DVD que j'ai a une musique composée pour le film datant de 2004 par Donald Sosin, c'est absolument abjecte (Donald Sosin a un talent, mais qui serait mieux avantagé dans de très très vieux films ou des films romantiques, c'est la faute aux producteurs de l'avoir choisi) et l'on ressent vraiment mieux l'émotion du film sans.
Anecdote, le scénario du film est crédité à un certain "James Maki". C'est Yasujiro Ozu lui-même.






Banshun (Late Spring)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1949

Synopsis: Noriko approche la trentaine et vit chez son père veuf dont elle s'occupe. Mais son père, sous l'insistance de sa tante, se décide qu'il est temps que Noriko se marrie, et par conséquent qu'il vive seul. Mais Noriko refuse de quitter son père.

Commentaire: Nous sommes en 1949 il s'en est passé des choses. La guerre, le cinéma parlant, et Ozu a atteint sa maturité complète au plan artistique (chaque plan est éblouissant, déjà). Le film traite du Japon d'après-guerre, qui connaît un changement subitement, et donc les générations diffère d'entre elles. La nouvelle génération profite du temps présent et consomme. Mais aussi au plain individuel des gens en sont affectés: Noriko a vécu le choc de la guerre, et cherche la tranquillité. L'on sent donc ce Japon d'après-guerre partout, mais les personnages eux-même mentionne la guerre d'une manière très Ozu du style "Ouais la guerre ça a tué tout le monde que je connais. Tiens il fait beau aujourd'hui n'est-ce pas?". Mais le drame du film est provoqué par cette modernité confronté à la tradition, la fille qui doit se marier et quitter le foyer et tout ça. Tout le monde est déchiré, Noriko ne veut pas quitter la maison, le professeur Shukichi son père ne veut pas perdre son seul support, mais ils doivent le faire.

Encore une fois les interprétations sont du tonnerre, avec les deux acteurs fétiches d'Ozu dans un rôle père-fille: Chishu Ryu et Setsuko Hara. Setsuko Hara joue cette adolescente de presque trente ans qui ne réussi pas à se donner une allure de femme, et il faut voir la joue de Chishu Ryu trembler malgré un effort de droiture devant sa fille. Ozu dans sa discipline et son minimalisme centre tellement son film sur ses fascinants personnages qu'il n'est jamais question de voir à l'écran l'homme que doit marier Noriko (qui, dit la tante, ressemble à Gary Cooper), et certains évènements cruciaux ne sont que mentionnés. Seul une scène assez longue de théâtre Nô semble se détacher un moment, moment un peu déconcertant vu la difficulté d'approche que l'on peut avoir envers cette forme de théâtre. Ozu arrive à faire tant avec si peu, et même malgré la fin absolument triste de ce film, l'effet Ozu opère et l'on se sent si bien après avoir vu le film. Chef-d'oeuvre.







Bakushu (Early Summer)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1951

Synopsis: Toute la famille cherche à marier leur fille, Noriko. Ils ont en tête un homme d'affaire réputé, elle a en tête autre chose...

Commentaire: Ce synopsis incroyablement simple et classique peut tromper mais à force d'apprendre à connaître Ozu l'on sait que derrière cela se cache tant. Le film est le deuxième dans la trilogie des Noriko-se-marrie. Le film commence avec le même type de situation, mais prend une toute autre tournure. Sorte d'univers alternatif, sauf qu'ici Noriko, joué encore par Satsuko Hara qui en fait ici une femme plus déterminée, vit dans une grande famille, avec les parents, le frère marié et ses enfants. Chishu Ryu qui jouait le père de Noriko dans Late Spring joue ici un rôle surprenant d'un frère sombre et pas très gentil (et en 1953 il joue le rôle d'un vieillard dans Tokyo Story, ce type est épatant vu comment les films d'Ozu demandent de créer des humains complexes et vraisemblables).

Le film mets donc en place beaucoup de personnages, pour créer un personnage unique qui est celui de la famille ensemble. Je dois avouer que je m'y perds toujours un peu dans les films avec beaucoup de personnages, mais Early Summer s'en tire bien avec son rythme. Il faut presque une heure avant que la tension éminente soit palpable. Le film m'a laissé l'idée qu'il est complexe point de vue narratif pour un Ozu, mais pas nécessairement à d'autres niveaux (.. pour un Ozu) - et c'est là que j'ai l'impression qu'il me faudra éventuellement le revoir pour avoir une opinion claire. Chose sûre, après la dévastation totale dans lequel Late Spring se termine, Early Summer est plus optimiste, confiant envers le futur, heureux de la liberté de la nouvelle génération, une plus individualiste, mais que les générations anciennes acceptent bien. Du coup il a une apparence plus légère. Je crois qu'en fait j'aurai apprécié plus de temps sur le conflit entre frère et soeur, car il touche certainement ce point crucial du nouvel individualisme. Et tant qu'à parler de ce sujet, mentionnons les enfants du frère, égoïstes à l'impossible, détestables mais absolument charmants en même temps. Ozu est certainement l'un des meilleur cinéaste à propos des enfants, bien qu'ils soient toujours vu sous l'aspect de la comédie.






Soshun (Early Spring)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1956

Synopsis: Un col blanc trompe sa femme.

Commentaire: Changement de thématique pour Ozu, par l'absence de conflit de générations (bien que, évidemment, le sujet des différences entre celles-ci passe ici et là), et énorme contraste par rapport à son film précédent, Tokyo Story, vu qu'il ne met qu'en scène de jeunes adultes. Ozu n'a jamais exactement connu la gloire mais Tokyo Story fut un succès surprise autant auprès du public que des critiques. Son studio a alors insisté pour qu'il se tourne vers un public plus jeune en obtenant de jeunes stars à la mode. Son Chishu Ryu chouchou garde un rôle mineur, mais tout le film est pris en charge par ces jeunes. La femme trompé jouée par Chikage Awashima est particulièrement notable.

Le film fait changement (enfin, quand on regarde en série du Ozu, car le thème est certainement commun, cela dit Ozu ne fait rien comme les autres), mais ce n'est pas déplaisant du tout, le film est une excellente incursion dans la vie du travailleur anonyme qui, déjà jeune, s'ennui et n'a aucun avenir. Le jeune protagoniste au fil des courtes années a pris sa femme pour acquis, ne pense plus à son fils mort, et ne s'intéresse plus qu'à sa vie d'employé, pour finir par s'embarquer dans une histoire d'un soir avec une collègue. Le film porte un message sur le danger de la mentalité collective qu'était en train de prendre le Japon alors, cette espèce de fourmilière corporative centré sur la réussite de sa carrière, un message que le Japon n'a certainement pas écouté. Un film de presque 3 heures, mais ce n'est rien 3 heures.






Tokyo boshoku (Tokyo Twilight)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1957

Synopsis: La vie de deux soeurs et leur père est soudainement affectée par le retour de leur mère longuement disparue.

Commentaire: Avortement, suicide, fuite, désespoir, séparation, mensonges, c'est le Ozu le plus noir. Brillant choix alors que d'en faire son dernier film en noir et blanc, et de le situer la nuit dans les ruelles sombres et peu recommandables de Tokyo, dans le plus cru de l'hiver. Cela sert la mise en scène, avec des personnages cherchant à se réchauffer, et une protagoniste froide et qui se sent abandonnée. Mais c'est aussi, avec autant d'évènements graves, le film le plus dramatique d'Ozu, moins près de son approche humaine et réaliste, en faveur de quelque chose de plus, huh, "cinéma". La tension dramatique se situe entre les deux soeurs (Setsuko Hara joue un rôle plus sec qu'à l'habitude, et pour une fois est la femme mariée et rangée du film, la jeune Ineko Arima est la protagoniste), ce qui en fait un film un peu comme le précédent, Early Spring, qui est axé sur la nouvelle génération. Tokyo Twilight est une des oeuvres très obscure du cinéaste, et fut un flop. S'il n'a pas toutes les qualités d'un Ozu (alors qu'il y réussi très bien pour certaines, soit l'image) il n'est pas inférieur au reste.

Les mouvements de caméra sont toujours rare chez Ozu (souvent avec un seul mouvement très significatif a un moment), mais c'est le premier (c.a.d. le plus ancien) où je n'en remarque aucun.



Higanbana(Equinox Flower )
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1958

Synopsis: Un père n'accepte pas le choix amoureux de sa fille.

Commentaire: Si vous voulez bien me pardonner, mon PC est tombé raide mort pendant le visionnement du film et j'ai attendu le retour du PC pour écrire la critique, donc le film date un peu. C'est un peu malheureux car ce film est magnifique. Le père ici est joué par Shin Saburi, pour faire changement de Chishu Ryu, et l'on change des papas gentil pour un papa traditionaliste très têtu. C'est le premier film en couleurs d'Ozu, et ce pas vers la modernité continue la tendance de sympathie vers la jeunesse. Cela fait un grand changement avec le film sombre précédent, et le père se doit d'accepter l'individualité de sa fille ainsi que ce nouveau monde qui l'entoure, qui ne ressemble rien à son monde qu'il a connu. Ce monde nouveau fait peur au père, et tient fortement à une chose qui lui reste: l'autorité qu'il a envers sa fille. C'est un film beaucoup plus heureux, avec des personnages fascinants, et la couleur va très bien au style d'Ozu. À noter comment il pose des couleurs douces, pour ensuite placer des objets d'un rouge vif.








Akibiyori (Late Autumn)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1960

Synopsis: Une mère et sa fille sont confrontés aux pressions extérieures tels que des amis de la famille concernant le mariage.

Commentaire:Setsuko Hara, autrefois la fille à marier, deviens ici la mère. Signe des temps qui changent. Apparition aussi de jeunes en cuir et lunettes fumées, mention d'Elvis Presley... Et Ozu qui sympathise complètement avec la jeunesse. Tout est si méticuleusement calculé chez le réalisateur, qui demandait souvent à reprendre une même prise pour qu'elle ait une chorégraphie parfaite. Les gens âgés semblent ainsi pris dans les rouages de la tradition, juste comment le mari jette sa chemise au sol en arrivant, la femme prenant le linge au sol pour le mettre sur des cintres, est parlant.

Ce qui est particulièrement intéressant dans Late Autumn est le trio de vieux qui ont tous été secrètement amoureux de la mère. Leurs faits et gestes sont marrants, et aide beaucoup à rendre le film dans la catégorie plus légère des Ozu. Shin Saburi est dans ce trio reprends un rôle similaire à celui d'Equinox Flower; il travaille même dans le même bureau! Et rendu à ce point dans les films du maître, une simple apparition au début puis à la toute fin de Chishu Ryu le rends difficile à oublier. Il donne a lui seul cette impression de cycle à l'histoire. Même les personnages mineurs, comme la femme responsable du lieu de commémoration, deviennent reconnaissables de films en films.

En 1960, l'architecture au Japon s'est modernisée, et pourtant, cela semble aller encore mieux au style d'Ozu. Le modernisme se mélange au traditionalisme, créant des décors très coupés au carré. Ozu les filme à merveille, dans sa caméra désormais absolument fixe mais si inventrice.







The End of Summer (Kohayagawa-ke no aki)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1961

Synopsis: Les filles d'un vieux père, ainsi que son entourage, s'inquiète de son attitude gamine et son état de santé.

Commentaire: Ozu parfois fait de la tragédie, parfois de la comédie, mais jamais il y a eu une combinaison aussi 50/50 dans ses films.
Cela s'explique par la thématique très forte de la mort (la famille a déjà souffert de nombreux décès) mêlée à l'attitude de certains personnages, comme les enfants ou le vieux père qui leur ressemble. Et surtout, malgré la tragédie que peut être la mort, dans ce monde qui change, il ne s'agit que d'un cycle, et les choses continuent.
Il s'agit aussi d'un film où il n'y a pas clairement de personnage central, plusieurs membres de la famille sont impliqués fortement dans l'histoire et ont leur temps à eux. Si j'ai déjà souvent mentionné que j'ai difficulté avec les films avec beaucoup de personnages, celui-ci ne perds pas du tout le focus grâce à sa simplicité et sa ligne directrice. Ozu est imbattable!

Depuis le début de ces commentaires, l'on a vu le Japon de la fin des années 20 et nous sommes à présent dans les années 60. Les fameux plans Ozu style présentent des néons, des américains caucasiens sont visibles ici et là, les gratte-ciels ressemblent à aujourd'hui et la mode est américaine. Ozu est dans ses derniers films, et étrangement la couche superficielle du monde qu'il analysait s'en va avec lui...

Note étonnante pour ce film est sa musique très différente de la norme. Dans les autres films, la musique a presque toujours quelque chose de joyeux, quelque chose d'un peu nonchalant, mais ici la musique prends une tournure très dramatique, cela étonne un peu puisque normalement Ozu ne force jamais le spectateur vers une émotion. Il faut dire que The End of Summer est un de ses rares films fait hors de son studio habituel, cela peut expliquer.







Sanma no aji (An Autumn Afternoon)
Japon,
réalisé par Yasujiro Ozu,
sorti en 1962

Synopsis: Papa veut marier sa fille. Pendant ce temps, fiston veut des bâtons de golf.

Commentaire: Le dernier film du maître avant sa mort est son dernier chef-d'oeuvre. Un film doux, l'un des plus sans évènement (ou utilisant brillamment l'ellipse pour les effacer)... La vision du monde d'Ozu est subtile, l'oeuvre d'un homme pleinement mature. Sa vision composée de certains archétypes d'autrefois est déconstruite, les adultes sont des enfants d'autrefois, les femmes sont indépendantes, la vie individualiste de tous ne leur fait remarquer le départ d'autrui que lorsqu'il est trop tard...

Oui, encore un mariage de la fille du papa veuf. Mais Ozu nous a prouvé assez souvent que des films avec le même point central, peuvent être racontés 100 fois sans se répéter. L'accent est mis sur le père ici, contrairement au reste. Cela suffit à créer un tout nouveau film. Aussi ce n'est jamais le même scénario, seul ces "motifs" se répètent. D'ailleurs, il y a une deuxième histoire qui concerne fiston qui veut des bâtons de golf, mais son salaire lui en prive, et emprunte de l'argent.

Ozu joue avec ses restrictions. Un personnage propose d'aller voir une partie de baseball à un autre. Immédiatement l'on coupe vers des plans Ozu style d'un stade. Puis, un plan d'une télévision dans un bar qui montre la partie de baseball. Un plan plus éloigné, et voilà, nos deux amis sont en fait en train de boire. Malgré son attitude très minimaliste, Ozu maîtrise tout les aspects du cinéma.




APRÈS-PROPOS!
Plus de deux ans depuis cet article, que puis-je ajouter à cet article? Ma passion pour Yasujiro Ozu n'a pas diminué d'une miette, c'est la plus grosse claque que j'ai eu, ça m'a fait reconsidérer pas mal de choses sur l'art, je cris son nom partout comme si je faisais parti d'un culte. C'est pas bien d'imposer sa religion sur les autres, mais de toute façon quand elle concerne de vieux films de gens qui font rien qui est hors de l'ordinaire ce n'est pas aisé de gagner des adeptes. Depuis ce temps j'ai vu pas mal d'autres Ozu (particulièrement The Only Son, son premier parlant, qui a rejoint mon top ultime de ses films) et j'ai découvert plusieurs réalisateurs plus ou moins proche de lui comme Mikio Naruse (Pour qui Setsuko Hara joue également, ce qui me permet vraiment d'apprécier son immense talent d'actrice) et Hiroshi Shimizu...
Pour Ozu ces deux dernières années ont été bonnes, sa réputation à l'échelle internationale est toujours en train de grandir, et l'engagement de la British Film Institute de sortir tout ses films sur DVD et Blu-Ray sera sans doute bénéfique. Et bientôt il régnera impitoyablement sur l'univers tout entier tel qu'écrit sur le parchemin sacré des prophéties du temple des chevaliers d'Ozu.
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MessageSujet: Re: [old] Yasujiro Ozu !   Mer 2 Nov - 1:49

Oh putain win, un article sur Ozu, ça fait un bail qu'il m’intéresse ce mec , je lirais ça demain a tête reposé? BG la Sat' génial1

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Haganeren
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MessageSujet: Re: [old] Yasujiro Ozu !   Sam 5 Nov - 1:25

Cela m'a pris un certain temps, mais j'ai lu tout l'article que tu nous proposes.
J'ai eu un peu ce même sentiment que lorsque Cornemuse nous avait présenté Morton Feldman, celui d'un personnage excentrique, différent des autres de sa catégorie avec sa propre base de passionné (on va éviter le mot "fan") souvent eu après la mort.

Le manque d'information que l'on possède manifestement sur le personnage empêche cependant d'en savoir trop sur lui. Quelques passages, comme le fait qu'il recommence systématiquement les mêmes prises, comme le fait que son caméraman pleure en songeant qu'il ne vaut plus rien sans lui ou le fait qu'il ait dû parfois faire comme son studio de production lui disait de faire (Early Spring là) rend le personnage un peu plus humain, un peu plus atteignable que cet aura légendaire qui nous le rend si lointain. A la limite de l'élitisme.

Le fait de séparer ta review en deux, le personnage d'un coté, la filmographie de l'autre donne quelque chose de vraiment bien présenté. Y'a que le sommaire qui est franchement dégueulasse avec pas la même police et tout.

Je sais pas trop si je m'attarderais sur du Ozu ou si je peux supporter la contemplation. Ceci dit, cela ne m'a pas empêché de prendre un grand plaisir à lire l'article et ta passion pour ce cinéaste ainsi que de voir un peu ce que l'on peut avoir de planqué dans le cinéma qui sort des grands boulevards.

Je reprocherais deux choses cependant.
La première : Il n'y a pas de petite commentaire de Tokyo Story, tu le cites pendant tout le long en faisant genre on connait. Mais moi, j'ai jamais vu Tokyo Story, je sais pas à quoi ça ressemble et le fait de sauter ce film dont tu n'arrêtes pas de parler est un peu frustrant.
D'autant que je suis curieux de savoir pourquoi CE film a eu du succès et pas les autres.

Et la deuxième :
Sarturnome a écrit:
(si vous vous souvenez de mon article sur le cinéaste chinois très obscur Sun Yu...)
Je ne m'en souviens pas. moai1

Excellent article sinon.
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Saturnome
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MessageSujet: Re: [old] Yasujiro Ozu !   Sam 5 Nov - 2:48

Haha, comme je disais, je n'ai pas relu le texte... Et je ne pense pas pouvoir retrouver mon article sur Sun Yu en plus, malheureusement. Mais cela dit j'ai un avis assez mitigé sur son oeuvre (très propagandiste) alors bon rien de perdu à mon avis.

Pour Tokyo Story : Tout simplement, c'est le premier film qui a circulé hors du Japon. Pendant longtemps, avec son tout dernier film ce fut le seul. Résultat il y a un certain aura autour du film, plusieurs personnes vont le regarder car il est acclamé partout (c'est le seul film asiatique dans le top du «prestigieux» Sight & Sound, ceux qui sont responsable du culte autour de Citizen Kane), sans jamais considérer son auteur et si il a fait d'autres films. La plupart des Ozu ont été redécouverts/réévalués pendant ces 20 dernières années. Alors que Tokyo Story a presque 50 ans de culte. C'est aussi simple que ça... Bref l'importance de la diffusion et du partage des choses passées. Sinon elles meurent.
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MessageSujet: Re: [old] Yasujiro Ozu !   Ven 25 Nov - 1:26

Euh, je peux utiliser l'article sur le site, right? moai1
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MessageSujet: Re: [old] Yasujiro Ozu !   Ven 25 Nov - 7:59

ui
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MessageSujet: Re: [old] Yasujiro Ozu !   

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