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 Petit aperçu du cinéma d'horreur : Partie 2

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Saturnome
Gros gros beau gosse
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MessageSujet: Petit aperçu du cinéma d'horreur : Partie 2   Sam 28 Jan - 2:44

Shook Ones 3 N the morning Rock N Roll Part 2


The Black Cat, Edgar G. Ulmer, États-Unis, 1934.

Quel film étrange, bizarre et complètement irrationnel.

Universal s'était fait une spécialité du cinéma d'horreur à l'époque, les plus connus sont ceux mettant en vedette des «monstres» comme Frankenstein, Dracula, La Momie, l'Homme invisible, Le Loup-Garou... créant l'image iconique pour nombre d'entre eux. Mais ceux ne mettant pas en vedette des monstres mémorables sont moins discutés, comme The Old Dark House ou bien notre sujet du jour, The Black Cat.

Pourtant The Black Cat fut le plus gros hit commercial pour Universal en 1934, très avantageux étant donné le budget minuscule qui lui avait été alloué. C'est un peu comme Freddy vs Jason, un espèce de fan service où l'on décide de réunir les deux plus grandes vedettes du cinéma d'horreur dans un même film : Boris Karloff et Bela Lugosi. Il ne s'agit pas de Frankenstein vs Dracula par contre (ce genre d'idée ne viendra pas avant Frankenstein Meets the Wolf Man en 1943).

Nous sommes en Hongrie. Bela Lugosi incarne le docteur Vitus, qui se rend chez son vieil ami Poelzig l'architecte (Boris Karloff). Vitus, qui a été interné pendant 15 ans à cause de la guerre, veut revoir sa femme. L'on découvre rapidement que Vitus accuse Poelzig de lui avoir pris sa femme, et qu'il l'accuse même d'être responsable de la mort de centaines de hongrois. Vitus veut régler des comptes, mais il y a un problème, dans la forme d'un couple fade, bête et stupide (comme tout les couples quelconque de film d'horreur m'enfin) qui sont les invités de Poelzig suite à un accident.

Et euh... ça part dans toutes les directions. Poelzig pratique la nécrophilie et est un sataniste maître de messes noires. On ne voit pas ça tout les jours, et ça prouve bien que c'est un des dernier film pré-code Hays (le code de censure ultra-stricte du cinéma américain 30s-60s, qui a entre autre insisté sur ce truc bizarre que les couples devaient dormir dans des lits séparés. Ici notre couple dorment ensemble et y a même un peu de nichon, ça vous intéresse hein). Vitus quant à lui a une phobie des chats noir, qui fait l'effet un peu d'un symbole représentant la mort. Vitus a fait la guerre et cela le hante, Poelzig peut pas bander sans celle-ci.

À cela s'ajoute des défauts, des maladresses qui contribuent à l'atmosphère étrange. Les acteurs ne sont pas grandioses. Karloff et Lugosi sont légendaires, mais ils sont vraiment, vraiment loin d'être les grands acteurs de leur époque. Pourtant, cette stature, ces phrases jouées d'une manière étrange et ces mouvements de zombie contribuent à cette atmosphère étrange. Disons que Cary Grant et Clark Gable auraient mieux joués mais complètement tué cet atmosphère. Et puis une partie du plaisir du film est ce fan service mentionné tout à l'heure, ce plaisir de voir Karloff vs Lugosi, un combat qui culmine dans une torture sadique complètement folle et qui, dans la plus pure tradition des Universal, fait tout sauter le décor, mais cette fois-ci avec un nombre incalculable de morts.
Les autres acteurs sont tout simplement pires, mais notre couple étant le couple imbécile et naïf habituel, complètement dépassés par ce qui arrive, cela leur va à merveille.
Et il y a toutes ces scènes inexplicables, cet irréalisme total. Comment réagiriez-vous si, en plein milieu d'une conversation mondaine, votre interlocuteur massacrait un chat devant vos yeux? Selon ce film, la réponse est "hmm bon sinon vous avez vu, on perd trois degrés demain, l'hiver arrive."

Dans un incroyablement compact 65 minutes, The Black Cat se révèle non pas comme un grand film à l'image de ses cousins mieux connus, ni même comme le plus kitsch (cet honneur va à The Mask of Fu Man Chu pour moi), mais le plus dérangé ça oui, en bref un joyeux tour de montagnes russes qui vous fait voir plein de choses folles. Ne vous posez pas de questions et appréciez le tour.

Oh, en bonus, un gros plan sur Karloff, j'adore son look tout en triangles:

Et pour l'anecdote, le titre est basé sur une nouvelle d'Edgar Allan Poe et c'est mentionné au générique, car c'est difficile de se séparer de lui dans les premiers temps de l'horreur il faut croire (Voir The Avenging Conscience dont j'ai parlé plus tôt), mais le film n'a absolument aucun rapport. Un autre exemple de la logique de ce film!




La Main du Diable, Maurice Tourneur, France, 1943.


Il y a quelques jours j'avais l'intention de voir I Walked With a Zombie pour les années 40. Son réalisateur, Jacques Tourneur, est surtout connu parmi les amateurs d'horreur pour Cat People, un film incroyablement influent tant sa technique d'horreur fut plagiée. Mais en lisant un peu ici et là, je tombe sur son père, Maurice Tourneur, que je connais pour quelques films assez cool comme The Blue Bird (1918) ou encore The Last of the Mohicans (1920) qui lui n'est pas cool et vraiment ennuyant mais malheureusement trop souvent dans les bouquins pour son importance historique. Bref voilà que j'apprends que le père Tourneur a continuer sa carrière jusque dans les années 40, mais que l'on ne discute jamais de celle-ci. Non seulement ça, mais aurait-il réalisé un film d'horreur aussi, en France, pendant que son fils avait la gloire des studios américains. Ce film, La Main du Diable, me semblait plutôt intriguant, et puis je me suis dis que pour ce marathon d'horreur, ce serait pas mal de changer un film américain, comme il risque d'y en avoir plusieurs, pour un français.

Même en n'ayant toujours pas vu I Walked with a Zombie, je sais que je ne regrette pas du tout mon choix.
La Main du diable est un film de très haut calibre, à la fois juste assez sophistiqué et divertissant.
On a donc Roland Brissot, peintre symboliste abominable et aux idées stupides (un symboliste quoi), et par conséquent sans le sou. Un jour, il décide d'acheter un talisman magique au propriétaire d'un restaurant. Ce talisman, une main gauche dans une petite boîte, transforme la vie de Brissot : il peut soudainement accomplir tout ce qu'il désire par sa main gauche à lui. Elle peint des choses d'une grande beauté (Brissot n'étant même pas responsable des idées derrière les toiles, c'est assez fâcheux pendant les vernissages), manipule les femmes pour obtenir ce qu'il veut, défonce la gueule des gens louche... Brissot est célèbre. Mais un petit homme semble le suivre... Quel est le secret de cette main? Je ne peux en dire davantage.

Le scénario, même si il s'inspire d'histoires populaires, est particulièrement bien ficelé, le genre qui rend propice au revisionnement. L'atmosphère est un mélange particulier du genre du cinéma français d'avant-guerre et du gothique. Il y a aussi des touches expressionnistes, en particulier dans une scène particulièrement étonnante. L'étrangeté, l'incertitude et le danger mène le film avec le protagoniste auquel on peut facilement s'identifier (joué par un Pierre Fresnay admirable) et la chute psychologique est payante.
Il est vrai que Tourneur fils révolutionnait l'horreur aux États-Unis quelques mois plus tôt, mais Tourneur père montre sa grande maîtrise du langage et confectionne un film unique. Et spécialement étant donné le contexte historique du film ...

Gaumont, en sortant ce film sur Blu-Ray l'an dernier lui a rendu un grand service (le film n'avait jamais été édité sur DVD auparavant!). La Main du Diable fut financé par de l'argent allemand pendant l'occupation, ayant été produit par Continental-films, une création de Joseph Goebbels. Par conséquent censuré après la libération puis oublié, cette période du cinéma français était devenue tabou. Pourtant l'histoire de Continental-films est plus complexe que ça... Cette sortie a été une révélation un peu partout, et une preuve qu'en quelque sorte le passé est une chose qui se modifie, certaines oeuvres gagnent leur gloire, d'autres la perdent... La Main du diable a été réhabilité et l'on découvre donc un perle rare, un trésor caché.






Invasion of the Body Snatchers, Don Siegel, États-Unis, 1956.


C'est curieux que ce film ait été le sujet de trois remakes par la suite, tellement ce film semble ne pouvoir sortir que des États-Unis d'après-guerre, pourtant le sujet semble pouvoir s'adapter à plusieurs situations et au moins un des remake est quasiment aussi célébré que l'original.


notamment pour être responsable du meilleur pointage de doigt de l'histoire du cinéma

Invasion of the Body Snatchers est le classique de la paranoia. Petite ville américaine éloignée typiquement années 50, phénomène d'hystérie qui prend place : plusieurs personnes n'arrivent plus à reconnaître un de leur proche. C'est comme si quelqu'un d'exactement pareil, doté des même souvenirs, des mêmes habitudes, prenait place, mais sans ce qu'on pourrait définir comme une âme... leur regard est différent, leurs émotions semblent absentes... Notre protagoniste est un docteur qui reviens dans sa petite ville après une longue absence, et ce phénomène semble avoir commencé il y a 2 ou 3 semaines. Les choses prennent une ampleur catastrophique, mais plus le temps s'écoule, de moins en moins de gens sont prêts à croire le docteur que les choses ne vont pas comme d'habitude...

Le titre du film est typique des films sci-fi pop-corn et sans prestige des années 50 (Attack of the 50 Foot Woman, I Married a Monster from Outer Space, The Brain That Wouldn't Die, The Incredibly Strange Creatures Who Stopped Living and Became Mixed-Up Zombies!!? (sans blagues) mais mon titre préféré reviens à un film britannique, The Earth Dies Screaming! ) mais le temps a su nous faire voir que dans cette montagne de films fait à la chaîne se trouvait des films intelligents et bien foutus. Invasion en fait partie. Ce sens de la paranoia et de la crainte est contagieux, Kevin McCarthy, acteur inconnu, se débrouille au delà des patins de bois auquel l'on a droit habituellement dans ce genre de film et cela contribue énormément. Le talent de Don Siegel à la direction aide aussi. Une autre chose qui l'aide à se démarquer du reste est de délaisser les monstres et créatures étranges qui peuplaient la sci-fi et l'horreur de l'époque aux États-Unis, et aussi d'avoir une ville entière plutôt qu'un seul monstre. C'est terrifiant parce qu'il n'y a absolument rien à faire, aucun espoir, aucune solution.

Comme la plupart des plus célébrés films de ce genre et de cet époque, on pourrait y voir une allégorie, mais celle-ci reste terriblement ambiguë, ce qui contribue encore au film. Pendant la guerre froide, pendant l'époque du Maccarthysme, la plus grande peur de l'Américain moyen était que son voisin soit un espion communiste. Par conséquent, une invasion de gens qui ressemblent à votre voisin mais qui n'est plus votre voisin mais quelqu'un qui ne correspond pas aux idéaux américains et qui fait partie d'un étrange hivemind provenant de l'extérieur parle beaucoup. Le film ne pousse pas du tout cette interprétation (en laissant des indices propice à cette lecture par exemple), mais il en reste cette qualité absolument années 50 qui lui est difficile à contourner et qu'elle est absolument valide. Mais c'est là le plaisir, soit que le film n'essai en aucun cas de pousser au-delà de raconter une idée effrayante et originale, plausible et qui ne peut finir bien en aucun cas. Le fameux remake célébré de Philip Kaufman mise plus sur une aliénation clinique avec quelques zestes d'humour, ce qui permet à chaque film de tenir fièrement pour ce qu'ils sont chacun.







À Meia-Noite Levarei Sua Alma, José Mojica Marins, Brésil, 1964.
AKA Coffin Joe: At Midnight, I'll Take Your Soul


Là je vous déterre un trésor enfoui parmi les coins les plus obscurs du cinéma. Au début des années 60, le code de censure brésilien tombe. Pour José Mojica Marins, c'est l'occasion de réaliser ce film. N'ayant absolument aucun moyen, il emprunte de l'argent à ses parents, et ne trouvant personne d'intéressé par son film, joue lui-même le rôle titre. Le cinéma indépendant étant quelque chose de quasiment jamais vu à l'époque, c'est déjà quelque chose. Mais pas seulement ça, At Midnight, I'll Take Your Soul est aussi un film qui révolutionne le cinéma d'horreur. Et ça se passe au Brésil nom d'un chien

Le protagoniste du film n'est pas un héros, d'ailleurs il y en a aucun, mais il est le «monstre» lui même : Coffin Joe (appelé "Zé" dans le film) est le croque-mort d'un petit village brésilien. C'est un petit village très croyant et superstitieux, mais Joe n'en a rien à foutre, il déteste très fortement les croyances religieuses, pour lui il s'agit d'un frein au développement personnel, et tout ceux qui ne s'élève pas au dessus de ça est pour lui un faible irrationnel. En plus de cela, pour lui la vie n'a qu'une fonction et c'est celle de continuer sa lignée, et il lui est primordial de procréer. Sa priorité au long du film est donc de trouver la "femme idéale" (qui correspond à son idée de supériorité) et de se reproduire. Et celles qui refuseront seront violées (le film est complet avec une scène vraiment affreuse), et ceux qui se mettrons dans son chemin seront tués. Ce film est DINGUE.

Le film débute sur Coffin Joe qui parle directement à la caméra comme un démon possédé "QU'EST-CE QUE L'EXISTENCE? C'EST LA CONTINUITÉ DU SANG! QU'EST-CE QUE LE SANG? C'EST LA RAISON POUR LAQUELLE IL FAUT EXISTER!" Et vlan générique démoniaque plein de cris agonisants et de textes gothiques collés au ruban adhésif sur la pellicule du film. Après il y a une vieille femme folle qui nous fait un monologue incohérent nous suggérant de ne pas regarder ce film et que notre âme est maudite, qu'il est encore temps de sortir de la salle. Elle regarde une horloge, elle nous dit qu'il est trop tard, que nous sommes perdus, et puis le film commence. Putain.

Et donc pendant le film Coffin Joe blasphème, assassine les gens qui se mettent sur son chemin (et il se permet de mutiler les gens devant tout le village parfois, au début du film il arrache le doigt de quelqu'un dans une taverne, et sans émotions lui offre de payer sa visite à l'hopital), n'hésitant pas à s'en prendre à ses proches, et poursuit sa quête au point de mettre Dieu au défi, en criant au ciel comme un dément de lui donner un preuve de la damnation éternelle, en détruisant un cimetière en même temps.

Le psychotronique à son meilleur. Le film reste amateur et bas budget, le montage pourrait être plus resserré par endroits, certains cadrages pourraient être meilleurs, mais le film fait tout de même preuve d'une inventivité splendide à certains endroits. Nous sommes en 1964, pas en 1966, et José Mojica Marins nous invente le méga-gros-plan sur les yeux à la Sergio Leone (Le Bon la Brute et le Truand) avant que Leone ne le fasse. Je vous ai découpé en images une scène où Coffin Joe crève les yeux d'un mec (puis, sans trop s'en faire, le mets en feu) en guise d'exemple et pour conclure ce commentaire sur ce film débile, fascinant et novateur :

Et José Mojica Marins? Il amène At Midnight, I'll Take Your Soul dans les salles de cinéma qui acceptent de le diffuser, et c'est un gros succès qui lance sa carrière. En 1967 il tourne la suite, This Night I Will Possess Your Corpse, où Coffin Joe visite l'enfer. Un enfer psyché et filmé en technicolor qui pète les yeux.
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