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 [ALT] Les enjeux de la réforme des retraites.

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Erfëa



Messages : 52
Date d'inscription : 24/12/2010

MessageSujet: [ALT] Les enjeux de la réforme des retraites.   Ven 24 Déc - 3:01

Un bien beau sujet hélas bien bâclé par notre beau gouvernement.


Il faut avant tout souligner que le système français est un système particulier, si bien que bon nombre d'économistes ont pu affirmer (en particulier avant la crise économique actuelle) que c'était une anomalie qu'il serait bon de supprimer.
Pourquoi?
Parce que le système de retraites français, mis en place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, repose sur la solidarité et l'altruisme intergénérationnel. Pour le dire simplement, le régime français est un régime de retraite par répartition : les cotisations sociales payées aujourd'hui financent les retraites aujourd'hui, ouvrant un droit à toucher demain une retraite payée par les salariés de demain.
Ce système s'inscrit dans la logique de l'Etat-Providence, puisque c'est lui qui garantit que ceux qui payent aujourd'hui toucheront bien demain leur retraite. Il protège de plus chacun contre les accidents de la vie, comme nous allons le voir. En revanche, il a le défaut de ne pas permettre à chacun de "maximiser" sa pension de retraite, puisqu'on ne peut pas, par exemple, décider de payer davantage de cotisations pour toucher davantage de pension (même si on a un système de retraite complémentaire par point annexe au système par annuité, lequel représente en quelque sorte un "plancher"). Néanmoins, bien que l'âge légal de départ à la retraite soit de 60 ans, il est possible pour ceux qui le souhaitent de travailler au-delà (comme Guy Roux, le héros du président Sarkozy)

Cependant, ce système n'est pas le seul, et on le distingue du système dit par capitalisation, qui repose lui sur l'arbitrage intertemporel des individus. On parle alors d'une retraite par capitalisation : au cours de sa vie, l'individu ne consomme pas tout son revenu et en épargne une partie. Cette épargne, une fois placée, servira à financer la retraite une fois que l'individu retiré de la vie active n'aura plus pour seule ressource que son épargne personnelle. Ce système a le mérite de permettre une individualisation des retraites, autrement dit, chaque individu maximise son revenu (et partant, son bien-être, puisque le bonheur est dans la consommation, comme le dit si bien la théorie économique), ce que ne permet pas le système par répartition. En revanche, il est soumis aux fluctuations économiques, puisque les rendements de l'épargne dépendent du taux d'intérêt en vigueur dans l'économie.

En France en réalité, le système est mixte, puisque les assurances complémentaires et autres mutuelles peuvent parfois permettre une certaine forme de capitalisation. Néanmoins, le régime de répartition est la norme pour tous. Certains économistes ont pu prôner l'abandon de ce régime au profit du régime par capitalisation, notamment au nom de la théorie du cycle de vie (je ne l'expose pas pour le moment, ce serait trop long) de Modigliani. Etrangement, on les entend beaucoup moins depuis que des fonds de pension américains se sont crashés, compromettant le versement des retraites de ses membres, ou que des cadres norvégiens ont perdu leur emploi et leur retraite future, le jour où leur entreprise fit faillite.


Pourtant, on entend sans cesse parler aujourd'hui d'une "crise du régime des retraites français" à venir, pourquoi?
Cela vient des projections actuelles faites sur le régime des retraites, qui sont très mal expliquées au grand public actuellement.
Ainsi, ce qu'ont en tête tous les types qui parlent à la télé de cette "crise", c'est (normalement, s'ils ne sont pas trop malhonnêtes) cette équation :

Cotisations = Prestations. L'équilibre du régime des retraites.

Ca a l'air tout simple, mais ça ne l'est pas tant que ça.

En effet, il faut voir ce qui détermine d'un côté les cotisations, de l'autre les prestations.

Cotisations = taux de cotisation x revenu moyen d'activité x nombre de cotisants.
Prestations = pension moyenne x nombre de retraités.

Le taux de cotisation, c'est la part qu'on prélève sur le salaire brut. Pour le reste, je crois que c'est assez évident.

A partir de là, on peut faire joujou avec les équations en faisant des produits en croix, pour trouver de nouvelles équations qui permettent de synthétiser tout ça.
Ainsi, on peut montrer que, à l'équilibre :

taux de cotisation = (pension moyenne/revenu moyen d'activité) x (nombre de retraités/nombre de cotisants).

A partir de là, on peut continuer à faire joujou en décomposant le ratio de dépendance économique (nombre de retraités/nombre de cotisants), en mettant en évidence que les cotisants sont des actifs employés, tandis que les retraités sont des inactifs parmi la population en âge d'être à la retraite, mais ça complique peut-être alors la compréhension.

Que nous apporte cette équation?
On a dit que la cotisation ouvre un droit à la pension de retraite. Cependant, cela dépend ici du mode de calcul. Ainsi, alors que jusqu'au début des années 1990, le calcul de la pension correspondait à la moyenne des dix meilleures années de travail, on a réduit la pension en passant le calcul sur la moyenne des vingt-cinq meilleures années. Dans un contexte de détérioration de la norme d'emploi salarié au CDI à temps plein, ça a effectivement bien fonctionné.

Ensuite, on voit qu'avec le papy boom, la masse des retraités va augmenter, d'autant plus que ceux-ci vont vivre plus longtemps qu'auparavant. Si l'on veut maintenir une pension moyenne constante (autrement dit verser les mêmes retraites aux retraités de demain), il faut donc agir soit sur le terme de gauche, en augmentant le taux de cotisation (en gros, prélever davantage sur le salaire), soit sur le nombre de cotisants. On peut remarquer que l'augmentation du taux de cotisation est une solution alternative qui n'est pas du tout évoquée aujourd'hui pour un possible retour à l'équilibre. Pourquoi ce silence? Parce que cela implique de revenir sur le partage de la valeur ajoutée entre salariés et employeurs, partage qui ne va pas dans le sens des intérêts des lobbies qui soutiennent la droite, tout simplement...

On préfère donc (officiellement) accroître le nombre de cotisants, et pour ce faire, le gouvernement actuel veut agir sur l'âge du départ à la retraite (de 60 à 63 ans), qui permet à la fois de réduire le nombre de retraités (on part à la retraite plus tard), d'accroître le nombre de cotisants (même raison). Mais en fait, cela aura surtout pour conséquence de réduire la pension moyenne : les problèmes des seniors pour rester sur le marché du travail sont notoirement connus, d'où la mise en place des pré-retraites. Le levier sur lequel on joue donc indirectement est en réalité la baisse des pensions (malgré le déni du gouvernement).
Evidemment, on nous vend ça sous couvert idéologique : "on vit plus longtemps, il est donc normal de travailler plus longtemps" (c'est en plus parfaitement dans la logique de "travailler plus pour gagner plus", c'est chouette non?). Mais au final, ça n'en reste pas moins un bête problème d'ajustement économique entre différentes variables, à laquelle on préfère une solution "par le bas" plutôt qu'une solution "par le haut" (par exemple en favorisant la hausse des salaires).


Du coup, on voit bien qu'à l'évidence la question de la dette n'a a priori aucun rapport avec tout ça (d'autant plus que les comptes sont jusqu'à aujourd'hui globalement équilibrés). La question du régime des retraites peut néanmoins amener à des débats qui, au-delà des simples questions économiques, portent sur des questions d'ordre plus "sociétales" : faut-il réellement faire du travail une "valeur" centrale de la société, devant celles de la solidarité intergénérationnelle, par exemple?

Je signale au passage que le système actuel reste d'une opacité relative, la plupart des individus ne prenant connaissance du montant auquel ils ont droit qu'à l'approche de la retraite, voire au moment de la retraite. C'est pourquoi des initiatives de clarification ont pu être proposées par certains économistes tels que Thomas Piketty, favorables à la mise en place d'un système de "points" qui permettraient aux individus de connaître à tout moment le montant auquel ils ont droit. Il s'agit ainsi pour les individus de pouvoir faire valoir leurs droits devant l'Etat, ce que le système actuel permet difficilement à l'heure actuelle. Néanmoins, ce système aurait pour désavantage de produire une baisse sensible des pensions, en comparaison avec le système d'annuités et de points actuels. Ce qui est susceptible d'accroître les inégalités intergénérationnelles, d'autant plus que les retraités ne bénéficient pas du partage des gains de productivité (l'indexation des retraites se fait sur les prix et plus sur les gains de productivité).
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