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 Delicatessen

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Weldar
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MessageSujet: Delicatessen   Sam 12 Jan - 20:08

Delicatessen


Bien avant son triomphe planétaire qu’était Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, le réalisateur Jean-Pierre Jeunet s’adonnait à une collaboration avec Marc Caro dans des courts métrages, ainsi que deux longs métrages : La Cité des enfants perdus (1995) et Delicatessen (1991).
Dans ce premier long métrage, Delicatessen projette le spectateur dans un univers étrange et burlesque, sorte de mélange de différents genres cinématographiques, à savoir l’horreur, la romance, la comédie noire, le fantastique et la science-fiction et plus exactement, du post-apocalyptique.


Au "Delicatessen", on mange bien!

A l’enseigne "Delicatessen", Clapet (Jean-Claude Dreyfus), l’inquiétant psychotique boucher obtient mystérieusement de la viande dans un monde en famine et en ruine. Ses seuls clients sont les locataires de son immeuble, mais certains habitants pensent en connaître l’origine de la viande en faisant le lien avec les disparitions subites de certains locataires…
L’atmosphère triste et monotone qui est bousculée, en général, par "l’événement" de la visite quotidienne du facteur (Chick Ortega) change avec l’arrivée d’un ancien clown au chômage, Louison (Dominique Pinon), qui deviendra l’homme à tout faire pour payer son loyer qui s’est récemment libéré…


"Oui bonjour, notre précédent locataire nous a quitté subitement. Gniark gniark." /////// "Comment, elle n'est pas fraiche ma bonne viande bien naturelle? Gniark gniark."

Avec Louison, le spectateur plongera dans cette atmosphère décalée en découvrant toute une galerie de personnages tordus. Seule la fille du boucher, la violoncelliste myope Julie Clapet (Marie-Laure Dougnac) semble être à l’écart de la folie ambiante de cet immeuble.

En effet, dès les premières images à travers un générique d’ouverture résolument immense, le spectateur sait qu’il découvrira un monde dont il n’en reviendra pas : le premier plan du film dévoile un immeuble délabré au beau milieu d’un terrain vague recouvert par un épais brouillard de poussière… Le décor est inquiétant, mais le spectateur reste fasciné par cette image et la caméra l’emmène dans la boucherie "Delicatessen", la porte qui s’ouvre délicatement et dévoile le boucher qui aiguise ses hachoirs dont le son de la lame semble animer tout le bâtiment…
Voyageant avec le son, on grimpe dans un conduit d’aération. C’est ensuite, dans un des appartements de l’immeuble, qu’on voit un étrange locataire, alarmé par l’arrivée des éboueurs, il se recouvre aussitôt de détritus avant de quitter la pièce pour se rendre dans la cage d’escalier de l’immeuble. Le jeu de la caméra avec ses très gros plans sur l’œil globuleux du locataire ou cette contre plongée quand il descend l’escalier provoque une atmosphère vraiment horrifique.

Le mystérieux fuyard réussit à se cacher dans une poubelle, mais un malheureux mégot dévoilera sa cachette et il se retrouvera dans l’atelier du boucher, sans s’en rendre compte comme le spectateur, en entendant au loin le bruit du camion poubelle qui s’en va. Cette fois-ci, comme à la fin d’un cauchemar, le locataire découvre avec horreur qu’il se retrouve face à face au boucher qui, dans un rire triomphal, abat son hachoir sur la tête du pauvre homme.


Les yeux globuleux de ce personnage m'auront toujours terrifié, surtout quand on sait ce qu'il devient... ////// "Surprise, mother fucker!!"

Cette superbe séquence d’ouverture, quasi muet, dévoile la direction particulière de Jeunet et Caro dans ses images et couleurs, le son très industriel et ce mélange de sinistre et d’humour lorgnant dans le noir et le surréalisme… On est happé par l’ambiance et on veut en savoir plus de ce qui se trame dans ce film.


Au "Delicatessen", un univers entre la poésie tendre et la cruauté macabre.

En effet, le contexte du film est très particulier. Comme il a été dit, on est dans une sorte d’époque post apocalyptique. Pourtant l’histoire filtre peu d’indices sur ce contexte, hormis qu’on laisse sous-entendre différents sous-entendus : un après-guerre, l’argent laisse sa place au troc, la famine. Pourtant l’univers du long métrage est loin de nager dans le futurisme et on se croirait plutôt dans les années 40 respirant le bon parisien, mais il conserve des éléments propres au moderne, voilà un genre plutôt incongru. Un cadre qu’on retrouvera avec plaisirs dans les autres films de Jeunet.

On l’aura bien remarqué, la griffe de Jeunet et Caro laisse une marque indéniable dans le paysage visuel du cinéma. La direction artistique est sublime avec de nombreuses trouvailles visuelles. Le jeu des couleurs tournant beaucoup sur l’ocre donne un ton très morbide et très singulier à l’environnement, propre à Jeunet, qu’on retrouvera dans ses autres films et même le Alien : Resurrection (bon, ok, c’était plus léger).


Au "Delicatessen", on rencontrera toute une série de personnages vraiment étranges...

En effet, les décors de Delicatessen nagent dans un genre glauque, parfois misérable et dérangeant, pourtant, en racontant comme cela, le film parait violent avec l'effrayant boucher et ses goûts pour la chair humaine, mais cette violence n'est jamais montrée dans le film qui se concentre plutôt sur le sous-entendu et l'imaginaire. De plus, les deux auteurs savent aller dans un autre sens, celui de l’enchantement. Le visuel du film l’aidant aussi, mais c’est surtout la présence de Dominique Pinon, par sa "gueule incroyable", offre au film un humour tendre et un ton léger au film. Sa bouille bien particulière donne au long métrage une dimension presque fantastique, pas étonnant qu’il deviendra l’acteur fétiche de Jeunet dans ses futurs films.

Son personnage de clown jouant de la scie musicale émet une dimension presque poétique à travers de nombreuses séquences drôles, surréalistes et même romantique. A sa seule présence, il perturbe le quotidien des locataires aussi effrayés qu’individualistes dans ce monde sournois. L’une des scènes mémorable présente l’activité quotidienne des habitants suivant un rythme très drôle entre le grincement du lit de Clapet (aidé par sa compagne), Louison qui peint, Julie qui joue du violon…etc.

Par ailleurs, les compositions de Carlos d'Alessio participent beaucoup à l’immersion dans l'univers.


Les petites histoires du "Delicatessen".


"Une journée normale chez Madame Interligator!" ////// C'est l'une des scènes qui dévoile le ton léger et poétique du film dans ce monde de violence.

Si le fil directeur semble se montrer timide avec un rythme plutôt lent, Delicatessen prend surtout son temps de présenter les différents habitants de l’immeuble. Ils sont tous aussi délirants les uns que les autres qu’inquiétants ou tordus. Certains personnages sonnent beaucoup dans le surréalisme au point de dégager une ambiance qui s’approche du cartoon.
Les locataires sont assez nombreux et variés créant ainsi une certaine diversité dans les situations de chez "Delicatessen". Les personnages sonnent volontairement dans la caricature pour la touche d’humour, mais on fera peut-être la remarque qu’ils manquent un peu d’épaisseur dans l’histoire. Cependant, ils participent beaucoup à l’ambiance générale du film et c’est un régal. Je ne préfère pas dévoiler chaque "famille" et vous en laisser la surprise de les découvrir, mais le long métrage dégage un aspect contemplatif où on s’amuse à observer le quotidien de ces différents groupes.

En revenant sur le contexte du film, bien que flou, il offre une seconde lecture intéressante qui se monterait presque d’actualité. En effet, l’univers de Delicatessen aborde une société en crise où la faim rend les gens égoïstes et fourbes (et fous), mais ce ton est fait avec humour et poésie grâce à ses personnages loufoques, parfois tendres et faussement innocents dans ce monde cruel.


La relation entre Julie et Louison fera avancer beaucoup de choses dans cet immeuble... ////// J'ai adoré les apparitions du facteur, comme le souci des détails dans l'image du film.

Le film n’en reste pas moins très particulier à aborder, de par son atmosphère, mais aussi il n’a pas de véritable rythme bien que le générique nous coupe le souffle et le dernier tiers du film permet enfin de faire évoluer l’intrigue. On aime ou pas cette dimension du film, après tout, on s’amusera surtout à observer la vie étrange des locataires de cet immeuble délabré dans une succession de "sketchs", parfois décousue, et l’intégration de Louison dans ce bas monde qui est en fait, la véritable fil directeur du film. Au final, le long métrage de Caro et Jeunet est assez difficile à définir dans sa structure narrative que de l’univers, c’est un OVNI en soi. Le film est peut-être lent, mais il n'est pas très long, seulement 1h37 à tout casser.




A titre personnel, je trouve ce premier film comme peut-être moins fort en terme d’émotions que La Cité des enfants perdus (j’avoue, j’ai vu ce film avant Delicatessen), mais cette fable offre une excellente expérience que ce soit visuelle comme narrative. Mine de rien, des films de Jeunet, mes préférés resteront ses deux premiers avec la collaboration de Caro.
Le film reçu pas moins de 4 récompenses à la cérémonie des César de 1992 : César de la première œuvre, César du meilleur scénario, César du meilleur montage et César des meilleurs décors. Un cinéma que j’aimerais bien retrouver plus souvent dans le paysage français. Si vous aimez les films assez étranges jouant dans l’humour noir, vous aimerez alors cette œuvre toute particulière du culte Delicatessen.


Dernière édition par Weldar le Dim 13 Jan - 15:05, édité 2 fois
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Capt C.

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MessageSujet: Re: Delicatessen   Sam 12 Jan - 22:24

Chouette review Weldar, je suis un gros GROS fan de ce film qui est, pour moi, bien supérieur à La Cité des Enfants Perdus (Parce que c'est beaucoup mieux écrits surtout) et, par rapport aux émotions, je pense que les deux sont au même niveau. Enfin, ouais, c'est complet je suis plutôt d'accord avec ce qui à été même si j'émettrais mes réserves à propos des couleurs parce que bon une images toutes Marron c'est pas ce qui ce fait de mieux niveau photographie, mais ouais ça reste supportable parce que le film est très bon contrairement à certains trucs fait pas Jeunet.
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Weldar
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MessageSujet: Re: Delicatessen   Sam 12 Jan - 23:33

Je trouvais le rythme mieux mené dans La Cité des enfants perdus, mais d'une certaine manière, bien qu'ils gardent l'univers étrange (le dernier se rapprochant du steampunk!), ils sont assez différents. J'aimais beaucoup l'histoire autour du savant fou (et le personnage assez incroyable du cerveau en bocal doublé par Jean-Louis Trintignant!) et il y avait des séquences assez décalés comme dérangeantes (les cyclopes qui sont drogués).
Pour autant, j'adore autant les deux films de Jeunet/Caro, mais je garderais peut-être une préférence pour le second comme je l'ai vu en premier, sans doute par effet de surprise. Je suis d'accord aussi que Jeunet se montre moins génial par la suite, bien qu'un nouveau Jeunet restera souvent comme un film bien à part, ce qui me fera souvent plaisir.

J'aime beaucoup sa photographie, surtout pour ses couleurs. Le côté marron c'est sans doute pour faire le style de vieille photo jaunit, ce qui colle à l'univers qui fait très année 40. Et cela donne un style à son univers.

Merci du commentaire.
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MessageSujet: Re: Delicatessen   Dim 13 Jan - 1:28

Best film ever :@
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Capt C.

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MessageSujet: Re: Delicatessen   Dim 13 Jan - 2:09

Citation :
J'aime beaucoup sa photographie, surtout pour ses couleurs. Le côté marron c'est sans doute pour faire le style de vieille photo jaunit, ce qui colle à l'univers qui fait très année 40. Et cela donne un style à son univers.

Bah ouais peut être mais c'est tellement grossier que s'en devient risible ses manies de foutre un filte jaune/marron partout.
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MessageSujet: Re: Delicatessen   Dim 13 Jan - 20:01

Review du bg, bien construite et tout.
Pour une raison ou une autre, j'étais persuadé que Delicatessen était un obscur film gore allemand osefable, mais maintenant que je suis détrompé, je vais le mater très vite, je pense.
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Weldar
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MessageSujet: Re: Delicatessen   Lun 14 Jan - 17:52

Le film n'est pas spécialement "obscur", mais il reste plutôt particulier, mais particulier dans un sens que j'aime bien (l'étrangeté et toussa).
Merci du commentaire.


Couac =>
Je ne trouve pas spécialement grossier, c'est vrai qu'ensuite il change pas tellement par la suite, mais c'est un style que j'apprécie bien et qu'on reconnait au premier coup d’œil. Je trouve que ça choque pas tellement comme ça correspond bien à son univers qu'il veut retransmettre.
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MessageSujet: Re: Delicatessen   Mer 16 Jan - 5:13

Comme d'hab Weldar, tu trouves toujours des films qui m'intéressent. On a vraiment des gouts cinématographiques en commun! Un "tranche de vie" sombre avec une atmosphère attachante et même délirante, que demander de plus?
Oh, allez, je vais bien dire qu'il est dommage que tu spoiles trop la scène d'intro (d'autant que vu tout ce que tu dis après, c'était pas vraiment nécessaire). Eh, on ne se refait pas!

Et la patte "Weldarienne" commence avec ses inséparables images séparés de "////". J'aimais pas trop avant, mais plus le temps passe, plus je me dis que si tu arrêtais d'en faire, ça me manquerait. Bien sûr, il y'a toujours le défaut du ratio qui est problématique pour les films mais c'est pas moi qui suis tatillon au point de te le reprocher!

C'est une review vraiment bien écrite. Je sais pas où tu arrives à trouver tout ça à dire sur un film, tu trouves vraiment les bons trucs à analyser à chaque fois. D'habitude tu complètes avec pas mal d'humour mais ici, même si il y'en a moins, il y'a tout ce qui faut pour se faire une idée du film. (Moi qui ne savait même pas que le type d'Amélie Poulain avait fait autre chose... )

Bref, comme tout film, j'ai aucune idée de quand je vais m'y mettre mais tu as clairement réveillé mon intérêt.
Une excellente review Weldou.

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MessageSujet: Re: Delicatessen   Mer 16 Jan - 12:34

Merci Hagadou du coms.

J'ai spoilé dur le générique du film, mais ça m'a pas tellement gêné car on le voyait dans le top des films, donc je me disais que tout le monde l'avait vu ou entre perçu d'une certaine manière. Cela me permettait accessoirement de parler un peu du style du réalisateur et de faire un parallèle en me concentrant sur la scène la moins spoilante sur l'intrigue (vu que c'est une intrigue bien à part avec que deux personnages).

J'ai fais plus attention aux ratios des images. J'ai découpé un peu les images, du coup je pense pas que ça gêne tant que ça. On voit peut-être sur une ou deux images que ça semble étirer, mais à titre personnel, je ne trouvais pas que ça choque tellement. Après, si c'est le cas, faites le moi savoir.

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